2016/02/02

2016 02 01 Le « Do It Yourself » à l’université : apprendre en faisant soi-même par LAETITIA GÉRARD



Dans ce post nous allons parler des approches pédagogiques en Do It Yourself (DIY), littéralement « fais-le toi-même ». Je vais présenter deux exemples d’approches pédagogiques en DIY (la pédagogie par projet et la classe renversée) et un environnement d’apprentissage propice aux approches en DIY (le learning lab).



Le « Do It Yourself » à l’université : apprendre en faisant soi-même


Dans ce post nous allons parler des approches pédagogiques en Do It Yourself (DIY), littéralement « fais-le toi-même ». Je vais présenter deux exemples d’approches pédagogiques en DIY (la pédagogie par projet et la classe renversée) et un environnement d’apprentissage propice aux approches en DIY (le learning lab).
J’ai expérimenté une approche en DIY au Niger, au mois de novembre 2015. Je les accompagne dans la mise en place d’un centre de pédagogie universitaire et l’un des objectifs de ma 2ème mission là-bas était que les formateurs du futur centre soient capables d’animer seuls trois modules pédagogiques après mon départ. A noter que les formateurs sont des universitaires qui proviennent de disciplines très différentes, il ne s’agit pas d’experts en pédagogie universitaire. De ce fait, j’ai voulu tenter une approche en DIY, pour assurer une meilleure appropriation et pérennisation de ces modules, ainsi qu’une meilleure adaptation à leur contexte et à leur niveau de compétences en pédagogie universitaire. Les formateurs étaient divisés en trois groupes et chaque groupe avait comme tâche de construire un module, en suivant le cadre et la méthodologie que j’avais préparés, pas à pas, aidés par des ressources (base de données, ouvrages, polycopiés) et mon expertise/accompagnement. Un peu plus de 2 semaines plus tard, nous avons testé ces trois modules auprès des doctorants et j’ai pu constater que les formateurs s’étaient complètement appropriés leurs modules, ils les maîtrisaient parce qu’ils les avaient conçus eux-mêmes. 
L’étudiant apprend mieux lorsqu’il fait lui-même parce qu’il y a un traitement actif de l’information, il réalise des tâches cognitives de haut niveau : il manipule, analyse, résume, confronte, argumente, discute, évalue, etc. Attention, à mon sens, le DIY ne consiste pas à laisser l’étudiant se débrouiller complètement tout seul, un cadre/une méthodologie est indispensable, ainsi que l’accompagnement en continue de l’enseignant. 

L’EXPRESSION « DO IT YOURSELF » ARRIVE A L’UNIVERSITÉ

La culture du DIY a débuté dans les années 90 avec l’art, l’artisanat et les nouvelles technologies (Domingo-Coscollola, Arrazola-Carballo, & Sancho-Gil, 2016). L’idée est de faire soi-même : objets, recettes, recyclage, logiciels libres, édition, etc. On commence timidement à utiliser cette expression aussi dans l’enseignement supérieur. En 2010, Anya Kamenetz a écrit un livre sur le sujet « DIY U : Edupunks, edupreneurs, and the coming transformation of higher education ». Elle définit le Do It Yourself à l’Université (DIY U) comme une éducation en dehors des murs : gratuite, open source, professionnelle, expérientielle et auto-dirigée. Outre cet ouvrage, depuis 2014, trois universités en Espagne, Finlande et République Tchèque sont inscrites dans le projet européen DIYLab project et testent pendant trois ans des enseignements organisés sur le mode du DIY. L’objectif principal est de promouvoir un apprentissage tout au long de la vie et un apprentissage durable, en se basant sur trois principes : créer, partager et collaborer. En France, en 2013, on voit apparaître cette expression sur le blog de Jean Charles Cailliez qui l’utilise pour expliquer le principe de sa classe renversée (cf. vidéo ci-après).
Cette expression reste peu utilisée dans l’enseignement supérieur, mais je lui prédis une montée en puissance dans les mois à venir. Même si les enseignants n’utilisent pas (encore) cette expression, de nombreuses initiatives pédagogiques s’inscrivent, selon moi, pleinement dans cette culture du « faire soi-même », comme nous allons le voir maintenant. 

EXEMPLE n°1 D’UNE APPROCHE EN DIY: LA PÉDAGOGIE PAR PROJET, CRÉER SEUL OU A PLUSIEURS


La pédagogie par projet: qu’est-ce que c’est?
Il s’agit de pédagogie par projet « lorsque l’exercice vise à ce qu’un groupe d’étudiants, supervisé par un enseignant, arrive, au terme d’un laps de temps déterminé, à créer une réalisation concrète destinée à un public. Le produit final peut prendre n’importe quelle forme : modèles, maquette, production d’un journal ou d’un articles, prototypes, objets, expérience, études de marché, vidéos, cartes, offres de service, etc. » (Leduc, 2014). Dans la pédagogie par projet, l’étudiant est l’acteur principal de son apprentissage, il dispose de l’espace suffisant pour apprendre par lui-même et avec les autres par le biais du projet. 
Récit d’expérience
Avec Marie Chagnoux, de l’université de Lorraine, nous avons testé récemment la pédagogie par projet auprès de deux groupes de doctorants, nous gérions chacune un groupe différent. A la fin du module, les doctorants devaient notamment être capables d’utiliser quelques outils numériques. Dans un premier temps, nous leur avons demandé d’énumérer les difficultés qu’ils rencontraient dans leur parcours doctoral. Tous ont noté ces difficultés dans une mindmap collaborative (Marie) ou sur un mur virtuel collaboratif « Padlet » (moi). Ensuite, chaque groupe devait choisir une difficulté et trouver un moyen de la résoudre en utilisant des outils numériques. Nous avons été surprises de la qualité des projets, au vu du peu de temps alloué à leur réalisation.
Voici quelques exemples de projets : 1) la création d’un outil dynamique pour aider les doctorants à se repérer dans toutes les démarches administratives (outil: ThinkLink); 2) la création d’un wiki sur les droits des doctorants contractuels (outil : Wikia) ; 3) la création d’un forum pour réduire la solitude du doctorant (outil : forum actif) ; 4) la création d’un site web « Out of the box » pour discuter enseignement entre doctorants et s’entraider (outil : WordPress) ; 5) la présentation d’une application « Take a breath » pour sortir le doctorant de sa thèse (présentation Powtoon).

EXEMPLE n°2 D’UNE APPROCHE EN DIY: LA CLASSE RENVERSÉE, L’ENSEIGNANT JOUE L’ÉTUDIANT ET LES ÉTUDIANTS JOUENT L’ENSEIGNANT

C’est quoi la classe renversée?
La classe renversée n’est pas un synonyme de la classe inversée. J’ai déjà écrit un post sur le principe de la classe inversée, je renvoie donc le lecteur à cet article intitulé « Osez la classe inversée à l’université ». Je vais grossièrement et schématiquement expliquer la différence entre classe traditionnelle, inversée et renversée, pardonnez mes raccourcis c’est pour faciliter leur distinction :) :
– La classe traditionnelle : la transmission des connaissances se fait en classe et l’apprentissage se fait à la maison.
– La classe inversée : la transmission des connaissances se fait chez soi, via des lectures ou le visionnage de vidéos, et l’apprentissage se fait en classe, via du travail en groupe, des exposés ou d’autres activités de pédagogie active.
– La classe renversée : les étudiants jouent l’enseignant, ils construisent le cours eux-mêmes (DIY), les chapitres, le plan, les sujets d’examen. L’enseignant joue l’étudiant, il pose des questions, fait ses devoirs et répond aux questions d’examen.
Récits d’expérience
1. La première expérience que je vais citer ici, est celle de Jean-Charles Cailliez. Il a testé la classe renversée dans un cours de biologie moléculaire destiné à des étudiants inscrits en troisième année de Licence. Jean-charles nous explique plus en détails le fonctionnement de sa classe renversée dans sa conférence TED ci-dessous.
2. La deuxième expérience que je souhaiterais présenter est celle de Marc Nagels, il a testé la classe renversée dans un enseignement en ligne, auprès d’étudiants en formation continue.
—> Je vous invite à lire l’article sur son blog, intitulé « J’ai renversé la classe inversée ».

LES LEARNING LAB : DES ENVIRONNEMENTS D’APPRENTISSAGE PROPICES AUX APPROCHES EN DIY

What is un learning Lab?
Un learning lab n’est pas une approche pédagogique mais un environnement d’apprentissage, modulable et technologisé, qui vise à faciliter la créativité et l’apprentissage collaboratif. Les tables, les chaises et les murs sont mobiles et modulables, le lab est équipé de murs écritoires, de tableaux blanc interactifs, de vidéoprojecteurs, de visioconférences, d’ordinateurs, de tablettes en prêt et autres matériels innovants (cf. Photo ci-dessous). L’usage de ce type d’environnement va généralement de paire avec une approche pédagogique en DIY. En France, plusieurs universités disposent déjà d’un learning lab, notamment l’université de Lorraine, l’université catholique de Lille, l’université de Bordeaux et l’école centrale de Lyon. En rêvant un peu, on peut espérer que dans 20 ans toutes les salles de cours soient remplacées par des learning lab.
—> Je renvoie le lecteur à mon utopique vision de l’université en 2035 « de l’université au learning lab ».

Photo issue du site http://www.learninglab-network.com/
Récits d’expérience
1. La première expérience que je souhaite présenter ici est celle menée par Samuel Nowakowski auprès d’un public de L3 en info com. Sur son blog, il décrit l’approche pédagogique en DIY qu’il utilise dans ce type d’environnement : les étudiants définissent eux-mêmes les sous-objectifs pédagogiques du cours, propose des modalités d’évaluation et négocient pour attribuer à un groupe un sous-objectif pédagogique. Les étudiants construisent donc eux-mêmes le cours, de la définition de sous-objectifs à l’évaluation.
—> Je vous invite à lire l’article sur son blog, intitulé ELIE – une expérience pédagogique de cours autogéré en L3 Infocom à l’Université de Lorraine
2. La deuxième expérience est menée par Central à Lyon et EMLYON. La vidéo ci-dessous présente leur learning lab et la manière dont ils l’utilisent.

Conclusion

Selon moi, l’enseignement traditionnel est amené à disparaître au profit de nouveaux environnements d’apprentissage, tels que les learning lab, et de nouvelles approches pédagogiques inscrites dans la culture du DIY, tels que la pédagogie par projet, la classe inversée ou la classe renversée. A l’heure où les ressources ne sont plus rares, il est utopique de penser que le rôle de l’enseignant est encore uniquement celui de transmettre des connaissances. Sa posture doit évoluer (et elle évolue déjà!), il est désormais celui qui accompagne dans l’apprentissage, qui met en œuvre les conditions favorables à l’apprentissage, qui favorise la créativité et la pairagogie de manière à développer chez l’étudiant un apprentissage durable et un apprentissage tout au long de la vie. 

Pour aller plus loin

– Le projet Européen sur le DIY: Domingo-Coscollola, M., Arrazola-Carballo, J., & Sancho-Gil, J. M. (2016). Do It Yourself in education: Leadership for learning across physical and virtual borders. International Journal of Educational Leadership and Management, 4(1), 5-29.
– Méthodologie de la pédagogie par projet: Leduc, D. (2014). La pédagogie par projet. In L. Ménard & L. St-Pierre (Eds.), Se former à la pédagogie de l’enseigneemnt supérieur. Québec: Association Québécoise de Pédagogie Collégiale.
– Livre sur le DIY à l’université: Kamenetz, A. (2010). DIY U: Edupunks, Edupreneurs and the Coming Transformation of Higher Education. VT: Chelsea Green Publishing
classe renversée; classe inversée
Issue de mon site « La thèse nuit gravement à la santé » (www.PhDelirium.com)
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