2014/06/05

2014 06 05 « Changer ensemble,… la Co-révolution est en marche »

Hackers et makers dans un monde qui bouge,… co-révolutionnaires !

Note de  Jean-Charles Cailliez, 12 juin 2014


Texte complet avec illustrations en PDF à télécharger sur : Hackers et makers,… co-révolutionnaires #FCE2014
Télécharger le document sur les « Forces de proposition » du #FCE2014 : Force de Proposition FCE#2 (3)
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La deuxième édition du Forum « Changer d’ère » a eu lieu à la Cité des Sciences et de l’Industrie (Paris) le 5 juin 2014 sur la thématique « Changer ensemble,… la Co-révolution est en marche ». La particularité cette année par rapport à l’édition 2013 a été de co-construire par ateliers collaboratifs une « force de proposition ». Celle-ci sera bientôt téléchargeable gratuitement sous licence Creative Commons (CC). L’animation du forum 2014 a été réalisée par la jeunesse des membres du FLOW (Fluidité, Liberté, Ouverture, Génération Why), groupe de jeunes hackers et makers « force de proposition » présidé par Joël de ROSNAY et Véronique ANGER-de-FRIBERG. La journée a été déclinée en quatre grands moments d’inspiration, suivis l’après-midi d’ateliers créatifs. Ce fût donc un événement particulièrement stimulant qui permit aux participants de passer du think tank au do tank, en mixant le public avec des personnalités dites « inspirantes ». L’interaction sur Tweeter avec #FCE2014 a permis aux followers ne pouvant se déplacer de participer en « Live ». Voici en quelques notes et avec mon regard, ce que j’en ai retenu.
Utopie. Claudie HAIGNERE, Joël de ROSNAY et Véronique ANGER-de-FRIBERG, ainsi qu’un message de bienvenue de Ségolène ROYAL, accueillent les participants au #FCE2014. Le décor est planté et l’ordre du jour est limpide. La philosophie du forum est qu’il faut changer le monde (changer d’ère) et le faire ensemble. Les organisateurs ont imaginé le moyen de nous inciter à coproduire une force de proposition à destination des décideurs politiques et économiques, dans une utopie constructive telle que l’a décrite Thomas MORE : « N’ayons pas peur de parler d’utopie : l’utopie, c’est les hommes qui prennent en main leur destin » (Utopia, 1516).
Hackers et makers. Nous sommes dans un changement profond du monde, mais surtout dans un changement de paradigme. C’est une nouvelle rupture comme l’humanité en a déjà connu, mais cette fois-ci vraiment disruptive. Elle nous conduit vers un nouveau modèle, peut-être un nouveau paradigme, lui-même de durée de vie limitée. Nous sommes les acteurs de ce changement, à la fois butineurs, communicateurs, personnes inspirées, décideurs, citoyens qui doivent déstabiliser l’ensemble de nos modèles verticaux, pyramidaux et déjà dépassés. Hackers (détourneurs et bidouilleurs) et makers (faiseurs ou do-eurs) sont aujourd’hui celles et ceux qui tentent de changer les choses tout en partageant ce qu’ils font. Ils arrivent à nous convaincre que l’on peut passer de l’utopie à la réalité. Rien n’est plus comme avant. On construit aujourd’hui le changement par des micro-expériences, des actions déstabilisatrices, des propositions qui construisent une société plutôt collaborative avec des citoyens qui se font confiance. On se dirige vers une montée du capital social qui se réalise forcément par une intensification du lien humain. On assiste dans le même temps à une déhyérachisation de l’entreprise. Celle-ci commence à se libérer. Elle laisse ses collaborateurs s’exprimer davantage, en enlevant progressivement tous les intermédiaires. C’est donc aussi un processus de désintermédiation qui participe à la mise en place d’une corégulation citoyenne avec l’engagement de personnes qui partagent les mêmes valeurs pour construire ce nouveau futur. L’objectif clairement proposé par le #FCE2014 est de produire un livre « force de proposition », non pas un simple manifeste, pour inspirer les politiques et économistes, tout en guidant la société à s’engager résolument dans ce changement d’ère.
LES HACKERS ET LES MAKERS VEULENT CHANGER LE MONDE.
Des bits aux atomes ! De nouveaux acteurs sociétaux, profilés génération Y, prennent les choses en main. Ils nous montrent l’exemple pour changer le monde. Ces nouveaux aventuriers sont des hackers ou détourneurs, ceux qui bidouillent ou décident de contourner les institutions. Ils sont aussi makers ou faiseurs, ceux qui se retroussent les manches pour expérimenter. Ce qui est important pour eux est de faire différemment et de le faire ensemble. On évolue du DIY (do it yourself) au DIWO (do it with others). Cela se passe dans les ateliers, les fablabs, les fabriques, les paillasses, les cantines, les fonderies et autres lieux créatifs… toujours plus nombreux et qui se disséminent dans l’ensemble du territoire, créant à chaque occasion de nouveaux groupes, de nouvelles communautés. On passe très facilement des bits aux atomes ! On se déplace des réseaux et des échanges aux lieux d’expérimentation et de fabrication. De l’idéation au prototypage ! On entre dans l’âge du FAIRE !
Le monde est open. Dans ces nouvelles communautés de hackers et demakers, on favorise l’utilisation de « matériel ouvert » (open hardware) ou de ressources « libres » (open scienceopen knowledge). Tout se partage gratuitement de pair à pair, en P2P (peer-to-peer). On respecte l’éthique des lieux, parfois définie dans un manifeste. On passe de la création d’idées à leur mise en œuvre. On profite de l’expérience des autres que l’on partage et on avance en apprenant. On met en place des outils d’apprentissage à la fabrication, au bidouillage et à la création comme par exemple un MOOC (Massive Online Open Course) de fabrication numérique sur la plateforme FUN ou le logiciel libre de programmation Arduino transformé pour l’occasion en Educaduino et qui permet de faire rentrer maintenant ces nouvelles pratiques éducatives à l’école.
Avancer en contournant. Cette révolution passe par une stratégie du contournement des institutions, celles bien établies par de véritables « dinosaures » les ayant mises en place en pensant qu’il serait toujours possible de diriger le monde en le planifiant. Nos co-révolutionnaires, scrollers ou adeptes du clavier, ont donc choisi le contournement plutôt que l’affrontement pour changer le quotidien de leurs concitoyens. La stratégie adoptée par lesmakers est celle d’utiliser pleinement la révolution numérique et de la mettre au service d’une nouvelle économie,… une économie davantage participative et qui s’affranchit de tout contrôle hiérarchique. Ceci est un véritable changement par rapport au pouvoir habituel, une nouvelle forme de démocratie qui s’affiche clairement participative. C’est aussi le système politique pyramidal et sclérosé qui est visé. On parle d’open government dont les mots-clés sont la transparence, la collaboration, la fin de la logique pyramidale, le décloisonnement et la participation. A titre d’exemple, une plateforme « Parlement et Citoyen » a vu le jour sous la forme d’un outil collectif de résolution de problème à usage des politiques. Cette première dynamique vraiment originale est supportée par six parlementaires appartenant à six courants politiques différents et qui ont accepté de relayer les idées produites auprès du sénat et de l’assemblée nationale. La plateforme en question contient déjà plus de 12.000 contributions, publiées sans aucune forme de modération, qui proposent d’avancer encore et toujours vers une nouvelle forme de transition démocratique. La révolution numérique est une opportunité qui permet de continuer à travailler pour le commun collaboratif. C’est la thématique du dernier ouvrage de Jérémy RIFKINS (The Zero Marginal Cost Society : The internet of things, the collaborative commons, and the eclipse of capitalism). Il propose de continuer à avancer pour transformer le monde. On dit que l’attractivité d’un réseau est telle que sa croissance est égale au carré de son nombre d’utilisateurs. Cela a été parfaitement compris par celles et ceux deshackers et makers qui se sont engagé(e)s dans cette révolution.
DE L’EMPOWERMENT A LA GOUVERNANCE REINVENTEE.
L’empowerment. Dans cette réflexion qui engage chaque citoyen, il s’agit de se prendre en main face et de faire des propositions face aux enjeux sociétaux présents et futurs. A celles et ceux qui regrettent toujours le passé, les co-révolutionnaires proposent plutôt de penser que « c’était mieux aujourd’hui,… voire demain » ! Des mouvements citoyens non officiels ont déjà marqué l’histoire par leur capacité à se mobiliser (hippies, art urbain, smart mob, flash mob,…) et à utiliser leur propre pouvoir. Aujourd’hui, chaque internaute possède une part de pouvoir en ce sens qu’il se transforme en un véritable media et cela dès qu’il devient bloggeur. De plus, avec l’open data et le big data, presque toutes les données s’ouvrent aux citoyens. Elles leur permettent de se connecter, de se reconnecter entre eux et avec les institutions,… d’utiliser les méthodologies de l’intelligence collective pour être mieux comprises. Nous sommes ainsi entrés dans une ère nouvelle, celle que nous pouvons plus ou moins guider par notre énergie et notre capacité à faire bouger les choses,… notre empowerment.
Des états-nations aux entreprises-états. Il s’agit non seulement pour les citoyens de commencer à se faire entendre, mais aussi de penser à réinventer la gouvernance. Il existe des tensions entre liberté et organisation, entre participation au pouvoir et concentration des pouvoirs. On commence à penser différemment et à expérimenter à ce sujet. C’est le cas par exemple des « équipes flottantes » qui se mettent en place par projet et qui proposent un changement d’organisation à l’articulation entre gouvernance globale et initiative individuelle. Au niveau mondial, le pouvoir peut aussi commencer à échapper aux institutions politiques classiques. Cela est symbolisé par la montée en puissance de GAFA (Google-Apple-Facebook-Amazon), quatuor d’entreprises-états qui a fait du big data la plus grande ressource économiquement exploitable et qui a ainsi développé un pouvoir mondial non contrôlable par les états-nations.
De nouveaux leaderships. Les entreprises, dans leur très grande majorité, sont restées silotées. Leur organisation verticale avec une hiérarchie presqu’exclusivement pyramidale les rend contre-productives dans le monde d’aujourd’hui. Comme le souligne Emmanuelle DUEZ, co-fondatrice de The Boson Project, laboratoire de développement du capital humain qui s’intéresse à l’intergénérationnel, la stimulation de la créativité et l’intrapreuneuriat, ces entreprises devraient s’ouvrir aux outils du numérique et comprendre qu’il s’agit d’un outil formidable (et non d’une fin) pour leur développement. En interne, elles doivent apprendre à mobiliser leurs collaborateurs, dont les plus jeunes, de manière à ce qu’ils réinventent l’entreprise. C’est une révolution qui doit se jouer de l’intérieur et avec l’accompagnement de la direction. En ce sens, elle est très différente de ce que l’on entend par « révolution » et qui a toujours été le modèle de l’affrontement d’un clan contre un autre (celui qui détient le pouvoir). Ces nouveaux modes de management, issus de la co-révolution, amèneront les nouveaux leaderships. Ils permettront aussi de sélectionner différemment les leaders de demain.
Epidémies d’idées. Le numérique permet aussi de baisser les coûts, dont les coûts marginaux. Rien n’est gratuit, mais on peut s’en approcher dans certains cas, tout au moins éviter de laisser les prix s’emballer au fur et à mesure que les intermédiaires s’accumulent et dont certains en profitent pour s’enrichir plus que la normale. Il se développe de nouveaux business models dans lesquels les clients internautes laissent des pourboires à la plateforme à laquelle ils se connectent au lieu de payer le service. C’est l’exemple de HelloAsso, plateforme de découverte et de collecte pour le secteur associatif, qui permet de découvrir de nouvelles associations et d’en prendre part en participant à des événements, en devenant adhérant ou en faisant un don. Entre capitalisme et socialisme, on peut imaginer la place du « capital social », celle qui permet la coexistence avec les mondes nouveaux, ceux qui affrontent aujourd’hui les anciens paradigmes. C’est le thème du nouvel ouvrage de Jérémy RIFKINS. Les licences de type « Collaboration Commons » permettent déjà cela. Dans cette logique d’évolution, pour ne pas dire de révolution, il ne faut pas essayer de convaincre les tenants de l’ancien monde, les défenseurs acharnés des anciens paradigmes. Cela serait une perte de temps. Il faut procéder par petites expérimentations, toujours plus nombreuses et communiquer à leur sujet. Il faut provoquer de véritables « épidémies d’idées » pour reprendre une expression de Jacques MONOD. L’innovation doit se propager de manière virale,… comme une pandémie salvatrice !
Plus intelligentes de l’intérieur. Les entreprises partagent toutes la même préoccupation, celle de survivre. C’est leur instinct qui les oblige à s’adapter face aux mutations sociétales et à imaginer de nouveaux modèles, plus fluides,… plus agiles. La compréhension de ces enjeux est présente dans leurs réflexions stratégiques,… mais elles n’ont pas le temps, ni souvent les moyens, pour faire bouger les choses aussi vite qu’elles le souhaiteraient ! Force est de constater que c’est le grand public qui amène à changer le monde et non les entreprises. Il faut que ces dernières puissent s’en inspirer et accompagner les citoyens dans ces réflexions. Pour cela, de nouvelles collaborations doivent être imaginées,… expérimentées. Enfin, les entreprises s’aperçoivent que leurs collaborateurs sont bien plus innovants et modernes à l’extérieur de leurs murs que pendant le temps de travail. Elles doivent alors trouver le moyen de renverser la situation, au moins de la rééquilibrer. Il faut rendre l’entreprise plus intelligente de l’intérieur en l’incitant à se libérer, notamment en se déhiérarchisant au niveau des cadres et cela ne peut se faire qu’en encourageant le travail collaboratif et la participation de tous aux réflexions stratégiques. Par la suite, les décisions prises par la direction n’en seront que mieux éclairées.
Les pingouins sur leur banquise. Les politiques pour leur part n’ont pas cette capacité (ni même cette volonté) à s’adapter au changement de monde, à se réformer, à se renouveler. C’est ce qui les distingue de la société en général et des entreprises en particulier. On dirait « des pingouins immobiles sur une banquise qui fond » ! Ils se cantonnent dans des « rapports de forces » (affrontement de type militaire) et non des « rapports de flux » (comme dans un réservoir qui se remplit ou se vide en fonction des échanges). Or, pour sortir des paradigmes de l’ancien monde et construire une société plus fluide, il faut accepter de prendre des risques. Cela n’est pas dans les habitudes des politiques qui sont bien plus proches des « dinosaures » que des hackers ou des makers. Le système politique est composé en grande majorité de personnes qui en font leur métier. Ce sont des professionnels. La sélection des élites en France se fait toujours de la même manière, bien qu’il y ait eu quelques petits changements dans les réservoirs de production : on est ainsi passé des Rois aux Bourgeois,… puis aux Grandes Ecoles !). Aux Etats-Unis, ce sont les entreprises qui gouvernent. Aujourd’hui, celles qui profitent du big data comme GAFA voient leur pouvoir se décupler… Il supplantera bientôt celui de la NSA ! A noter que ces entreprises se rangent plutôt dans la mouvance du Transhumanisme et que leur intérêt commun est très certainement de nous faire vivre le plus longtemps possible pour nous fidéliser comme clients jusqu’à… l’immortalité !
De la diversité à l’intégration. Les digital natives (ou génération Y) forment une génération de plus en plus individualiste (mot pris en ce sens qu’ils décident de leurs propres modes de fonctionnement), mais cela ne veut pas dire qu’ils sont égoïstes. Au contraire, cet excès d’individualisme les pousse à communiquer davantage entre eux et à collaborer ! Peut-être même de manière plus efficace que les digitals immigrants ou les réfractaires au numérique ! C’est cela qui les différencie des générations précédentes. Les individus cultivent leurs particularités dans un monde de plus en plus mondialisé. C’est leur diversité ainsi protégée qui favorise l’intégration. C’est une loi biologique que l’on retrouve appliquée à la sociologie. L’union différencie, comme le pensait justement Teilhard de Chardin. Ce qu’il faut en retenir est qu’il est plus facile aujourd’hui de travailler en mode collaboratif et que cela est plus efficace car on le fait avec des profils (des personnes) de plus en plus différent(e)s.
Millions of little brothers. Joël de ROSNAY a imaginé deux néologismes à considérer si on veut réellement changer le monde : la « cybversion » et la « disruption ». Pour le premier, cela veut dire qu’il faut utiliser tous les outils numériques de manière à faire entendre sa voix. Une illustration est celle du « panoptique inversé ». On peut en effet surveiller en retour ceux-là même qui nous surveillent. C’est le concept de la « sous-veillance » ! Face à Big Brother qui nous observe (ou face aux little sisters, ces entreprises qui surveillent leurs collaborateurs), nous constituons des « millions of little brothers » ! Notre nombre fait de nous une véritable force. Il faut donc profiter de la puissance de cette démultiplication numérique et produire sur toutes sortes de blogs, forums, tweeter et autre réseau social afin de nous exprimer.
POUR UNE FRANCE QUI INNOVE ET DES CITOYENS QUI AGISSENT.
Les interventions d’Anne LAUVERGEON, Adrien AUMONT, puis  Gilles BABINET, binôme « décadrant » et voix prospective, constitués pour l’occasion, ont donné quelques éclairages et réflexions complémentaires à ces premiers débats comme :
-       L’innovation est très certainement la seule façon collective pour s’en sortir ! Une majorité d’entreprises a compris cela, même si elles ne le mettent pas encore en pratique.
-       La France est historiquement et par nature un pays créatif, quoi qu’on en pense. C’est elle notamment qui a inventé le mot « entrepreneur ».
-       Les entreprises françaises cherchent d’abord à avoir un leadership hexagonal, voire éventuellement par la suite européen (pour les plus ambitieuses). Dans d’autres pays en Europe (scandinaves, par exemple), c’est le niveau mondial qui est visé d’emblée, et ceci dès les premières années d’activités.
-       Le rapport à l’échec en France est stigmatisant. Cela vient en partie de l’école (surtout de l’éducation) qui ne permet pas d’avoir des rêves. Cela commence avec la dictée où l’on compte les fautes qui enlèvent des points, plutôt que de compter les mots justes qui devraient en donner. On crée donc un manque dans l’égalité des rêves et ceci dès le plus jeune âge ! L’école devrait au contraire former des gens plus ambitieux, qui prennent des risques pour réaliser leur projets et non des craintifs qui ont peur de perdre la face au moindre échec.
-       Nous sommes passés de l’ère industrielle à celle des réseaux. Le numérique a permis la globalisation. Toutes nos problématiques sont mondialisées. Les citoyens avec l’usage d’internet commencent à constituer un vérifiable contre-pouvoir, tout au moins avec une certaine efficacité. Le numérique a aussi permis d’accroître les gains de productivité, mais cela est essentiellement vrai pour les plus riches. Il a donc creusé les différences dans le partage des richesses. Aujourd’hui, les cent familles les plus riches au Royaume-Uni ont vu leur fortune multipliées par six ces dernières années.
-       Il est impératif de rénover nos processus éducatifs, de les faire évoluer. Il faut notamment apprendre à apprendre, mais aussi apprendre à « ne pas savoir », à se confronter à d’autres cultures, apprendre à « désapprendre » car les savoirs évoluent, à définir clairement ce qui est transcendant, savoir que tout peut être remis en cause (même les plus grandes découvertes scientifiques), contester le réductionnisme (le laisser aux machines) et œuvrer pour la pensée systémique et la pratique de la transdisciplinarité. Nous sommes passés d’une société de la connaissance à une société de la conscience. Nous devons donc passer d’une perception réductionniste à une perception synthétique.
QUELQUES NOTES PHILOSOPHIQUES. L’intervention de Vincent CESPEDE, juste avant les ateliers participatifs, nous invite à croire qu’il est inimaginable, voire impossible, de changer d’ère sans parler de philosophie. L’ethno-technologie est une science en pleine croissance. Elle influence nos existences. Idem pour la nexologie qui s’intéresse, comme son nom l’indique, aux liens humains. Nous sommes entrés dans une civilisation connectique où ce qui est important se mesure au nombre de liens (nombre de like ou defollowers). Il « faut » maintenant absolument être connecté pour exister ! C’est une connexion des cerveaux que l’on observe croissante, mais paradoxalement « sans les corps »…
Changer d’ère, c’est changer de paradigme philosophique. La nécessité abyssale de l’être humain est de partager (le co- est le propre de l’homme), ce que le robot ne sait pas faire. Il faut juste inventer de nouveaux modes d’échanges, de partage, davantage collaboratifs, dans lesquels tout le monde participe et sans aucun liens hiérarchiques ou alors avec une hiérarchie recomposée, repensée, desorchestrée… peut-être une « jazzification » de la hiérarchie ?
AUX ARMES CITOYENS,… LA CO-REVOLUTION EST EN MARCHE !
Nos vieux modèles ne sont plus viables… plus enviables ! Tous les compromis ont été faits pour la croissance et il est nécessaire maintenant de penser autrement. C’est une révolution qui se dessine dans laquelle nous devons faire preuve d’esprit collaboratif et que l’on ne peut aborder qu’en utilisant les outils numériques. Non seulement nous avons besoin de « collaborer », mais nous sommes obligés de le faire. Le numérique est pour cela un formidable catalyseur. C’est un accélérateur d’empathie. Il nous donne confiance et on peut le laisser à distance temporairement, si on le souhaite.
Les individus s’affranchissent aujourd’hui de leurs autorités. Ils n’hésitent plus à défier les lois. Ils choisissent d’avancer en « imperfection », loin d’un modèle dans lequel il convient d’être parfait. Ils s’organisent en groupes et communautés (en réseaux) dans une société qui devient progressivement celle du lien. A l’image des Barbares qui défiaient l’Empire Romain (celui qui a chuté !), ils pratiquent un mode d’organisation et une rationalité incompréhensibles par d’autres qu’eux-mêmes. Cela ne les empêche pas d’avancer. Aujourd’hui, le numérique progresse un peu de cette manière. Il se dissémine partout dans l’économie, en mode « d’invasions barbares » !
Un mode de fonctionnement novateur pour engager les entreprises dans cette révolution est peut-être celui d’opérateur comme le « Digital Society Forum » d’Orange qui privilégie les critères suivants : être ensemble dans des logiques différentes, mais avec une vision pluridisciplinaire et des modes d’actions transdisciplinaires, ne pas rester cantonné dans le monde virtuel en retournant régulièrement faire des essais sur les sites, utiliser son pouvoir d’agir (empowerment) et « sortir de l’épaisseur du trait », c’est-à-dire mettre en place tout ce qui permet d’accélérer. Il existe aujourd’hui une multitude de lieux d’innovation où ces préceptes sont appliqués (La Ruche, La Grappe,…).
Refonte du capitalisme ? D’un point de vue économique, on doit aussi imaginer de nouvelles mécaniques d’investissement et de nouveaux modes de financement pour les entreprises. La révolution numérique a un impact très fort sur l’évolution des modèles entrepreneuriaux. Elle permet d’imaginer de nouvelles voies pour le capitalisme et la création de valeurs. Peut-être même conduira-t-elle à la disparition de certaines institutions historiques,… comme les banques ? Une refonte du capitalisme pourrait naître à partir d’idées vraiment innovantes comme par exemple d’imaginer des « sociétés non anonymes à passion illimitées » sur la base de l’engagement d’individus qui seraient alors rémunérés, le « droit rechargeable à la richesse », une variable redistribuée et neutre qui nous donnerait trois vies rechargeables tous les 25 ans en mettant le compteur à zéro après redistribution des richesses entre tous ou des « banques nomades » obligeant celles actuelles à se déplacer vers les gens, leurs clients directement sur leurs lieux de travail et d’habitation ? Pourquoi pas ?
De la Bible à Wikipédia. Dernière réflexion pour conclure ce regard,… il est peut-être temps aussi de se poser la question de la transformation de notre rapport à la société ? Entre individualisation et socialisation, il existe vraisemblablement une forme hybride qui soit celle de l’associativité ? C’est cette nouvelle façon de fonctionner qui a déjà impacté notre monde de la connaissance (notre monde scientifique) et de la culture, ce qui explique qu’après la Bible et l’Encyclopédie, c’est aujourd’hui Wikipédia qui est devenu notre livre de référence ! Internet n’est pas seulement un outil. Il offre de nouveaux champs du possible en inspirant notre société, de l’éducation à l’économie en passant par l’information, la communication, la politique, les loisirs, etc.  Il permet à chacun d’apporter aujourd’hui sa pierre à cette co-révolution sociétale tout en restant responsable des innovations qu’il a envie de mettre en place et en s’affranchissant, quand cela est possible, des politiques institutionnelles.
N.B. : Pour plus d’informations, l’ensemble des présentations et débats du Forum « Changer d’ère » 2014 est accessible sur :http://www.forumchangerdere.fr ou sur Tweeter en tapant #FCE2014.
Note de de Jean-Charles Cailliez, 12 juin 2014