2014/09/01

2014 09 01 Analyse du livre "Le capital du XXIe siècle" Thomas Piketty par Robert Branche .

1 SEPT. 2014

SO ?

Pour le retour en live de mon blog, dernier retour sur le livre Thomas Piketty : qu'est-ce j'en retiens personnellement ?
Le capital du XXIe siècle (23)
Tout d’abord et essentiellement, l’intérêt des séries longues et des remises en perspective. Comment en effet réfléchir dans l’instantané ? Comment distinguer ce qui est courant de fond ou rupture réelle, de ce qui n’est qu’évènementiel ou écume provisoire autrement ? Chaque méandre fait par la Seine ne veut pas dire qu’elle change de destination !
Deuxièmement une forme de contradiction interne quand il prône à la fois la méfiance par rapport à la mathématisation du monde, et qu’il n’hésite pas à dire que telle ou telle équation est incontournable – comme par exemple β = s/g. Il tombe lui-même dans le piège qu’il dénonce à juste titre : le monde est trop complexe, et les phénomènes humains ne suivent pas des équations – pour reprendre l’expression de Daniel Kahneman, nous ne sommes pas des « Econs », mais « Humans » –, aussi les mathématiques doivent être utilisées avec circonspection, en la matière.
Troisième limite, le peu de poids qu’il donne à l’innovation technologique et aux ruptures techniques. Il est vrai que dans le passé – celui qu’il a observé dans ses séries longues –, les grandes ruptures ont d’abord été celles provoquées par les conquêtes et les guerres, mais, depuis les dernières décennies, nous vivons une accélération des mutations techniques, tant dans le rythme de leur succession que dans la vitesse de propagation. Elles sont et seront, j’en suis persuadé, une source croissante de décomposition et de recomposition du capital, et donc des inégalités. Il suffit par exemple d’avoir en tête les évolutions de valeurs des entreprises comme IBM, Microsoft, Motorola, Nokia, Apple, et plus récemment Google et Facebook pour s’en persuader.
Ces limites posées, il n’en reste pas moins que Thomas Piketty met l’accent sur quelques données majeures que tout responsable politique doit garder en tête :
- Imaginer que nous pourrions revenir à un taux de croissance très élevé comme pendant la période des Trente Glorieuses, est très probablement une illusion dangereuse.
- Les inégalités en capital comme en revenu, atteignent un niveau qui risque de faire exploser le consensus social sur lequel repose toute société.
- Le maintien d’un équilibre entre volonté de transmettre à ses descendants – et donc la nécessité de maintenir un droit à l’héritage – et capacité au renouvellement par les nouvelles générations est essentiel.
- L’importance prise par les finances internationales et la sophistication des outils employés conduisent à un enrichissement des plus riches, déconnecté d’une réelle prise de risque et d’un engagement entrepreneurial.