2014/11/08

2014 11 08 CITE DE LA REUSSITE



Sylvain Kern, citoyen de la réussite

Par Paul de Coustin

     
  • Publié le 
Sylvain Kern -2DR-

Mois de juin 1988. Sylvain Kern révise chez son ami Jacques Huybrechts les examens de fin d’année universitaire. Lassés de travailler, les deux étudiants s’accordent une pause et allument la télévision. À l’image, un match de tennis. C’est même une finale, celle de Roland-Garros, à laquelle participe un Français, Henri Leconte. Malheureusement, Leconte est défait, et les commentateurs associent tout le pays à son échec. Les deux camarades besogneux ont alors «un déclic». Toute leur vie, eux, voudront parler de réussite. Avec Christian Auboyneau, troisième étudiant ambitieux de leur promotion de DESS en communication à Paris-I Panthéon-Sorbonne, ils ont un projet: investir les amphithéâtres de leur prestigieuse université pour y organiser des débats entre personnalités du monde politique, économique, scientifique et culturel autour d’un thème imposé, sous le regard et les questions des étudiants. Des échanges tenus lors d’une «Cité de la réussite», un nom trouvé tout de suite et qui ne changera pas.
«Nous voilà donc partis pour obtenir l’ensemble des amphithéâtres de la Sorbonne», explique Sylvain Kern. Ils se rendent auprès d’Hélène Ahrweiler, alors recteur de l’Académie de Paris. «J’ai d’abord refusé, explique cette universitaire de renom, car je ne connaissais rien de leur projet. Mais ils étaient très sérieux et j’ai finalement accepté.» Sylvain Kern se souvient dans un sourire qu’elle leur a dit, en référence aux manifestations étudiantes de Mai 68: «Ce sera la deuxième fois que des étudiants de la Sorbonne investiront les amphis, mais, cette fois, ils auront eu la courtoisie de les demander.»Vingt-cinq ans après, l’université parisienne reçoit ce week-end la 19e édition de l’événement. Et pour la première fois depuis 1989, tous les débats prévus sont complets avant même l’ouverture.

Un carnet d’adresses impressionnant

On rencontre Sylvain Kern à cette occasion. Un homme énergique, élancé, aux cheveux mi-longs, coiffés en arrière, avec une barbe de trois jours. Le regard bienveillant, cerclé par des lunettes rondes, l’homme se raconte en citant beaucoup les autres. Pour expliquer sa philosophie de vie, il cite ainsi Robert Fitzpatrick, ancien PDG d’Euro Disney. «Chaque fois que je vais faire quelque chose, je me demande en quoi cela sera différent de ce qui existe?» Pour exprimer son opinion politique, il se repose sur un néologisme: «Je suis de drauche», entendu auprès de Franz-Olivier Giesbert. Les noms cités sont très variés, mais atteignent souvent les sommets des entreprises, des médias et des États. Il semble, quand il les évoque, être lié d’amitié avec ces personnes de tous milieux et de tous bords. «Sylvain a un entregent relationnel absolument incroyable», confirme Jean-Marie Cavada, grand journaliste reconverti en politique, qui a aidé dès 1988 les trois étudiants à créer la Cité de la réussite. «J’aime les gens», assume franchement l’intéressé, même si cela peut «faire gnangnan». «Je préfère donner que recevoir, écouter que parler», explique-t-il. 
Cet attrait pour l’autre lui a permis de se constituer un carnet d’adresses impressionnant. Pour Hélène Ahrweiler, «c’est un gentilhomme», c’est même «le dernier aristocrate laïc». Son réseau, Sylvain Kern l’a également tissé grâce à une bonne humeur communicative et un réel enthousiasme. Il n’est pas avare de gestes, ni de superlatifs. Tel événement a été «fantastique», telle rencontre a été «formidable», telle personne est «extraordinaire». Son ami et associé Jacques Huybrechts parle d’une «nature optimiste», d’une «capacité à voir le côté positif des sujets et des enjeux». 

« TOUTE MA VIE N’AURAIT PAS ÉTÉ CELLE-LÀ SI JE N’AVAIS PAS ÉTÉ À LA SORBONNE »

Toutes ces facettes lui permettent effectivement de réunir, tous les deux ans à la Sorbonne, des personnalités variées: Sharon Stone, Carlos Ghosn, Simone Veil, Raymond Devos, Jacques Chirac ou encore Shimon Pérès, pour n’en citer que quelques-uns. Comment faire pour harmoniser les débats? La réponse de Sylvain Kern peut surprendre: l’important, c’est «le plan de table!»«Quand vous organisez un dîner, vous vous dites: “Je vais inviter des gens, je vais mélanger, et je voudrais que ça se passe bien.”» «Il a un excellent sens de l’organisation» confie Jean-Marie Cavada, qui reconnaît que toutes ces qualités ont été déterminantes dans le succès et la longévité de la Cité de la réussite.
Sylvain Kern assure que s’il est aujourd’hui un «homme heureux», c’est d’abord parce qu’il a été un «enfant aimé». Né en juillet 1963 à Neuilly-sur-Seine, de parents français tous deux enfants d’immigrés, il est l’aîné d’une fratrie de deux enfants. Au lycée Molière, il obtient son baccalauréat avec une moyenne de 12,5. Honorable, mais pas suffisant pour intégrer Dauphine, où le jeune homme ambitionnait de poursuivre des études d’économie et de gestion. Ce sera donc la Sorbonne, où il rencontre Jacques et Christian dès la première année de licence. Quatre ans après, les trois jeunes gens se décident à sauter le pas et créent leur société d’événementiel, CHK, pour lancer leur projet. Commence alors «une belle histoire d’amitié, humaine puis professionnelle» comme la décrit Jacques Huybrechts. «Toute ma vie n’aurait pas été celle-là si je n’avais pas été à la Sorbonne» explique Sylvain Kern. Peut-être serait-il devenu journaliste? «J’aurais adoré faire ce métier, très vite j’aurais aimé être patron de médias.» Peut-être se serait-il marié, avec des enfants? «Je suis un célibataire heureux», confie-t-il. Avant d’avouer sans regrets s’être «tellement investi», avoir été «tellement pris», qu’il n’a pas eu le temps d’y penser. «Il est passionné d’une manière quasi charnelle», explique Hélène Ahrweiler, quand Jacques Huybrechts glisse qu’il est «marié avec (leurs) projets». Un mariage qui dure. 
Vingt-six ans après la défaite d’Henri Leconte à Roland-Garros, «la Cité» reçoit ce week-end, entre autres, Marion Bartoli, victorieuse l’année dernière à Wimbledon.