2015/11/28

2015 11 28 [Colloque] L'homme augmenté conduit-il au transhumanisme ?

[Colloque] L'homme augmenté conduit-il au transhumanisme ?

PUBLIÉ LE 19 OCTOBRE 2015  MIS À JOUR LE 27 NOVEMBRE 2015
DATE(S)
LE 28 NOVEMBRE 2015
10h-18h
LIEU(X)
CAMPUS SAINT-PAUL
UCLy
10 place des Archives
69002 Lyon


10 :00 : Accueil par le P. Thierry MAGNIN, Recteur de l’Université Catholique de Lyon, Académie des Technologies, Académie Catholique de France (ACDF)
Introduction par le P. Philippe CAPELLE-DUMONT, Président de l’Académie Catholique de France (ACDF) Première partie - De l’homme augmenté au transhumanisme

10:30 L’inexorable course à l’augmentation dans la quête de la singularité.
Conférence de Yves CASEAUAcadémie des Technologies, ACDF.
L’augmentation de l’homme à travers les outils et la technologie fait partie de condition humaine. Mais cette recherche de l’amélioration des performances et du dépassement de ses propres limites rencontre aujourd’hui une explosion des champs des possibles en matière de biologie, nanotechnologies et intelligence artificielle. La prospective scientifique conduit à prévoir un monde dans lequel les outils s’émancipent et échappent à notre contrôle. Cette vision est erronée, car elle ignore les barrières de la complexité du monde réel, mais elle pose de bonnes questions, car elle s’attaque à des barrières mentales, des préjugés sur qui nous sommes et ce qu’il est possible de faire.

11:00 Soigner à l’heure de la santé augmentée.
Conférence de Marie-Jo THIEL, Centre européen d’enseignement et de recherche en éthique, Université de Strasbourg.
L’objectif est d’observer le devenir de la médecine (sa définition, son champ) au contact des technologies convergentes(NBIC) et de la prétention du posthumanisme à éradiquer finitude et maladie (rendant inutile la pratique médicale et soignante ?!). Que répond l’expérience du corps humain, qui jusqu’à nouvel ordre, demeure fini, fragile et vulnérable ? Quels sont les enjeux éthiques de ces évolutions ? Comment prendre soin d’un humain à la fois fort et vulnérable ?

11:30 La médecine, référence ou alibi du posthumanisme?
Conférence de Jean-François MATTEI, de l’Institut, Académie de Médecine, ACDF.
La mission de la médecine a toujours été de réparer ou suppléer les déficiences du corps. Les progrès technologiques permettent, aujourd’hui, d’aller au-delà. Il ne s’agit plus, seulement, de rétablir les performances de ce corps mais de les améliorer. Les succès thérapeutiques rencontrés ouvrent de nouveaux horizons et laissent penser que le corps pourrait être transformé au point de susciter le rêve d’une post-humanité dans laquelle le rapport de la personne à son corps pourrait changer de nature.

12:00 La modification du génome humain: de projets sans techniques à des techniques sans projets.
Conférence de Michel MORANGE, Centre Cavaillès, République des savoirs, Ecole normale supérieure, ACDF.
Modifier la nature de l’être humain est un vieux rêve, devenu en partie réalité avec l’essor de la génétique. Pendant toute la première moitié du XXe siècle, le projet est là, mais la manière d’opérer reste problématique. Ces dernières années, les outils moléculaires permettant de modifier sélectivement le génome, de « l’éditer », ont été mis au point mais, paradoxalement, les raisons de développer un tel projet ont en partie disparu

Deuxième Partie - La légitimité de l’ambition transhumaniste

14:00 La signification de la mortalité du vivant.
Conférence de Chantal DELSOL de l’Institut, Université de Paris XII, ACDF
La fin ou la raréfaction de la mort induirait la fin ou la raréfaction de la naissance. Le renouvellement permanent des êtres signifie la naissance chaque fois d’une singularité inconnue et d’un destin inconnu. La fin de la mort stopperait ce renouvellement, et figerait le monde humain qui cesserait d’être une nature au sens du nascor. Récuser la mort revient à nier le renouvellement incessant des singularités personnelles. Et à immobiliser ce qui, essentiellement, devient. L’immortalité individuelle serait la mort du monde humain.

14:30 Transhumanisme et pensée apocalyptique.
Conférence de Jean-Pierre DUPUY, Université Stanford, Académie des Technologies, ACDF.
Le transhumanisme ne se pense pas comme simplement la fin de l’humanisme, mais bien comme son Aufhebung, c’est-à-dire son affirmation et son élimination, son affirmation par son élimination. C’est en particulier visible dans son rapport à la technique. Dans ses avancées présentes et à venir, celle-ci nous mène à l’apocalypse mais c’est par un surcroît de technique, et non par son ralentissement ou son blocage, que l’humanité post-humaine pourra voir le jour. La logique de cette homéopathie à fortes doses est particulièrement visible dans l’œuvre de Nick Bostrom, le professeur de philosophie d’Oxford qui a cofondé en 1998 la World Transhumanist Association. Même s’il a aujourd’hui pris ses distances, son œuvre exigeante et difficile reste un modèle pour les transhumanistes du monde entier.

15:00 Fragilité de l’individu et résilience du système.
Conférence de Xavier Le PICHON, Collège de France, Académie des Sciences, ACDF.
Fragilité de l’individu et résilience du système : deux fondements essentiels de la capacité évolutive de la société humaine et de l’environnement dans lequel elle évolue. Peut-on diminuer, voire éliminer la fragilité de l’individu, sans affecter la résilience du système ? C'est la question essentielle que soulève l'avènement de l'homme augmenté?

15:30 Réflexions théologiques sur le transhumanisme.
Conférence de Philippe CAPELLE-DUMONT, Université de Strasbourg, Institut catholique de Paris, ACDF.
La théologie n’a guère à ce jour produit de discours systématique sur le « transhumanisme ». Elle n’est cependant pas sans ressources pour en relever, à même sa complexité, les principaux enjeux anthropologiques et surtout pour en interroger, en dialogue avec les autres rationalités, notamment philosophique, les présupposés et les ambitions, les stratégies et les illusions. On éprouvera, en l’espèce, sa puissance d’inspiration et d’interpellation à l’aide de trois concepts fondamentaux qui fondent sa propre cohérence : « imago Dei », « événement » et « eschatologie », autrement dit : « création /révélation/rédemption » Ce ternaire théologique, place en effet devant un jeu de décisions premières où l’humain joue sa vie et où, rejetant l'idole, il est appelé à relier la puissance de son inventivité à la transcendance et de la promesse divine.

Troisième Partie - Quelle position et quelles actions pour défendre l’humanisme face au transhumanisme

16:30 Vers l’immortalité ? Le posthumain.
Conférence de Jean-Michel BESNIER, Université Paris-Sorbonne.
En l’espace de quelques années, il s’est passé quelque chose d’extraordinaire dans l’univers médiatique des sociétés modernes : on parle d’immortalité, non plus comme d’un fantasme mais comme d’une perspective ouverte par les technosciences. Il n’est plus déraisonnable d’imaginer de rendre la vie éternelle, grâce au changement continué des pièces de notre corps et à l’artificialisation de nos organes ou grâce au téléchargement de notre conscience sur des matériaux inaltérables. La seule mort envisageable serait liée à la décision de se déconnecter et de refuser de recourir aux miracles de la technologie.

17:00 Le respect du vivant et les visées transhumanistes.
Conférence de Thierry MAGNIN, Université Catholique de Lyon, Académie des Technologies, ACDF.
La biologie de synthèse permet aujourd’hui non seulement de modifier le génome mais aussi d’imaginer un « homme augmenté » au niveau de ses fonctions. A travers les effets d’annonce, un courant se dessine, entre possibilités et réalités, pour penser un homo novus, produit d’une forme de toute-puissance technologique. L’objectif de cette présentation est double : 1) Examiner, à partir d’une enquête de terrain (notamment dans la Silicon Valley), quelles sont les visées exprimées par les tenants de ces thèses dites transhumanistes, et les comparer avec celles qu’on leur porte dans la littérature européenne francophone.2) Montrer que, si l’on veut respecter le vivant comme vivant, l’humain en particulier, il faut tenir compte de sa « vulnérabilité » propre. On se demandera dans quelle mesure un tel respect du vivant remet en cause les visées transhumanistes et quels fondements se dégagent pour une éthique de la biologie de synthèse.

17:30 Le droit, une limite au transhumanisme ?
Olivier ECHAPPE, Institut Catholique de Paris, ACDF.
La question qui nous occupe peut paraître se résumer à un face à face tendu entre une science, sûre d'elle-même, et une éthique dont les diverses lectures peinent à canaliser le torrent d'un progrès scientifique apparemment sans limite. Le droit, en ce qu'il se distingue de la morale, peut-il s'inviter dans ce débat et y apporter sa pierre? Pour s'en tenir au seul droit français, le code civil consacre bien certains principes qui peuvent sans doute entraver la marche apparemment triomphale du transhumanisme : intangibilité du corps humain, consensualisme, responsabilité; et le code pénal ne serait sans doute pas en reste! Mais ces barrières courent le risque de ne paraître à l'usage que de papier. Plus sérieuse à cet égard peut paraître l'anthropologie qui se dégage du droit, et qui semble aller à l'encontre d'une humanité modifiée, manipulée, en quête d'immortalité. Sans doute est-ce poser là à nouveau la vieille et irritante question du droit naturel, opposé à un positivisme et à un légicentrisme indifférents à l'idée d'une nature humaine fixée dans son essence, et à laquelle les majorités dans nos systèmes démocratiques ne pourraient, sans que cela fasse débat, apporter des modifications. Mais qui ne voit, en rappelant cela, que ce n'est pas tant le droit, comme technique, mais comme chemin philosophique vers le bien et le juste en l'homme comme au sein des sociétés humaines, qui est directement concerné par les revendications transhumanistes

18 :00 Synthèse et Fin des travaux

ARGUMENT


L’homme augmenté doit-il conduire au transhumanisme ?
Le concept d’ « homme augmenté » est ancien, puisque toute technologie peut être vue comme une augmentation de l’homme. Ce qui mérite l’attention renouvelée est « l’accélération exponentielle » de la technologie, à laquelle nous assistons depuis quelques décennies. Nous avons vu apparaitre le domaine « NBIC » (nanotechnologies, biologie, informatique et sciences cognitives), dont les progrès spectaculaires, avérés et à venir, sont à la fois fascinants et inquiétants. Le mouvement transhumaniste propose plus qu’une « simple » augmentation et amélioration des capacités de l’homme : il s’agit d’échapper à la nature humaine d’aujourd’hui et de construire une nouvelle humanité. Pour dépasser les limites du corps, sa faiblesse, sa mortalité, le transhumanisme explore les hypothèses de la création d’un nouveau corps, organique ou inorganique. Ce colloque s’intéressera, selon différents points de vue, à la légitimité de cette ambition du transhumanisme. Sommes-nous suffisamment clairvoyants pour nous améliorer nous-mêmes ? La vision transhumaniste est marquée par la performance mesurable et par l’individualisme. Ce socle simpliste de ce qui constitue l’humanité pose tout de suite des questions sur la dimension sociétale de cette évolution, mais aussi sur une conception du bonheur et de la réussite de l’homme qui le réduit à un automate.
Vouloir lutter contre l’augmentation de l’homme par la technologie serait une quête vaine ; cependant il est nécessaire de témoigner des dangers d’une vision qui se présente dans la continuité de la démarche de progrès technologique, alors qu’elle représente une rupture fondamentale. Pour s’autoriser à faire toutes les manipulations nécessaires à l’exploration du champ des possibles, il est facile, et dangereux, de confondre l’homme avec une souris de laboratoire, voire avec une machine. En revanche, il est difficile de trouver les modalités qui peuvent permettre un encadrement normatif du progrès, alors que la science moderne est un processus « distribué » qui repose de plus en plus sur un principe d’expérimentation et d’émergence. Ce colloque a pour but de contribuer à l’engagement des intellectuels dans ce débat sur l’orientation éthique des recherches sur l’augmentation des capacités des hommes.

CONSEIL SCIENTIFIQUE
Jean-Michel BESNIER
Philippe CAPELLE-DUMONT
Yves CASEAU
Jean-Pierre DUPUY
Olivier ECHAPPE
Thierry MAGNIN
Michel MORANGE
Bruno PINCHARD