2015/12/26

Dette française : quarante ans de laisser-aller

Dette française : quarante ans de laisser-aller


LE SCAN ÉCO/INFOGRAPHIES - La dette de la France n'a pas arrêté de se dégrader depuis les années 1970 et s'est fortement aggravée depuis la crise de 2008. 2015 signera encore une année de records. La preuve en graphiques.
Fin septembre 2015, la dette publique de la France atteint 2103,2 milliards d'euros. Rapportée à la richesse créée dans l'Hexagone, elle atteint donc 96,9% du PIB. Et rapportée au nombre d'habitants en France, elle dépasse encore les 30.000 euros. 
• La dette publique française a dépassé les 100 milliards d'euros en 1981, les 500 milliards en 1993, les 1000 milliards d'euros en 2003 puis les 2000 milliards en 2014. 
• Rapportée au PIB, c'est-à-dire à la richesse créée dans le pays durant une année, la dette publique est sur le point d'afficher un nouveau record en 2015. 
• Rapportée au nombre d'habitants en France, la dette publique est également sur des plus hauts historiques. 
• La dette publique est le résultat d'une accumulation de déficits publics. Or en France, depuis 1975, pas une seule année ne s'est soldée par un budget positif (ni en équilibre). Ainsi la dette publique actuelle est-elle la somme de tous ces déficits publics successifs. 


Si la situation présente est préoccupante, elle est en réalité inquiétante depuis de nombreuses années, bien avant la crise de 2008, qui a révélé et amplifié une situation préalable structurellement déséquilibrée.
• Prendre en compte les cycles économiques
La situation des finances publiques n'a cessé de se dégrader au cours des 40 dernières années. Bien sûr, parfois, la conjoncture économique difficile justifie des périodes de déficits publics, pour compenser les effets d'une crise. Mais la conjoncture économique n'a pas toujours été difficile: l'économie est une affaire de cycle. «Si le déficit conjoncturel est acceptable, voire inévitable, la composante structurelle (celle qui est déconnectée de la conjoncture, NDLR) est beaucoup plus préoccupante, dans la mesure où il s'agit d'un déséquilibre indépendant des phases d'expansion ou de contraction de l'économie», explique Jean-Marc Daniel, économiste et professeur à l'ESCP Europe.
Depuis les années 1970 et les chocs pétroliers qui ont profondément affecté les économies développées, il y a eu plusieurs années difficiles: 1975, 1983, 1993, 2003 et 2009. Mais il y a aussi eu des années fastes, à la fin des années 1980 et à la fin des années 1990, qui auraient dû connaître un excédent budgétaire. Ainsi les années les plus inquiétantes ne sont-elles pas celles de fort déficit comme 1975, 1983, 1993 ou 2009, car elles correspondent à la période de récession du cycle. À l'inverse, les années qui posent problème sont les années où la croissance n'a pas été mise à profit pour reconstituer les marges de manœuvre de la politique budgétaire: il s'agit des années de 1988 à 1990, ou encore des années de 1998 à 2002.
• Pourquoi la dette a-t-elle augmenté?
Il existe deux grandes familles d'explications du niveau des dettes publiques en France. Selon la première, dans laquelle s'inscrit le rapport Pébereau -il s'intitule «Rompre avec la facilité de la dette publique» et a été remis par Michel Pébereau à Thierry Bretron, alors ministre des Finances, en 2005 -, la croissance de la dette publique serait la conséquence d'un biais dépensier et démagogique des gouvernements. Ceux-ci auraient tendance à faire trop de dépenses pour satisfaire certaines fractions de leur électorat, sans augmenter les impôts en contrepartie. Ils utiliseraient la politique budgétaire à mauvais escient, à des fins électoralistes et non à des fins de régulation. 
Selon la seconde, les déficits et les dettes publics sont en fait des conséquences de la situation économique, et non plus des causes. Les déficits résultent en fait de la faiblesse de la croissance économique en France depuis la fin des Trente Glorieuses.