2026/02/12

2026 02 12 Introduction à mon autobiographie illustrée publié en 2014

 Introduction à mon autobiographie illustrée publié en 2014 :


INTRODUCTION


Pourquoi écrire une biographie ?

J’écris car je vais mourir.

Demain, ou dans des années, qu’importe : la seule certitude qui s’impose à moi est cette mort inévitable et

pourtant, inimaginable.

Comment être présent à ma propre absence, justement ?

Pourtant je me sens rempli d’éternité, je suis l’éternité.

J’ai souvent eu l’impression que ma vie réelle n’était qu’un écho d’un roman futur qui serait mon autobiographie.

Comme si vivre ne servait qu’à rassembler la matière d’une œuvre, qui transcenderait enfin le temps, me permettant de

me hisser dans la seule dimension qui vaille : l’intemporel.


Ma vie a toujours été remplie du bruit de cette éternité. Comme si chaque geste, que j’accomplissais, était rempli

des chuchotements de tous les commentateurs futurs.

Ma grande œuvre est ma vie, dans son extension totale, car, pour moi, rien n’arrive par hasard et je vis chaque

instant comme l’empreinte spirituelle du « sens ».


J’ai beaucoup lu d’autobiographies, je suis un amateur de ce type de livre. Saint Augustin, Marcel Proust, Henri

Miller sont parmi mes meilleurs moments de lecture. Ce genre littéraire derrière la façade simpliste cache une immense

liberté et une grande complexité.


J’aime être libre et l’académisme m’ennuie, c’est pourquoi j’aime sans doute tant les autobiographies.

Je sais que, en parlant d’autre chose, on ne fait jamais que de parler encore de soi. Parler directement de soi fait

gagner du temps.


Ce qu’il y de plus précieux en nous c’est notre singularité : ce en quoi « je » suis unique dans mon altérité

inaltérable. L’autobiographie est une manière idéale de travailler sur cette singularité et de la mettre en valeur.

Ma vie a été très tôt orientée par une quête sacrée : la recherche de la Vérité. Cependant parler de la vérité est

parfois fort ennuyeux. Ce qui est captivant ce sont tous les voiles, les brouillards, les illusions qui cachent la lumière.

C’est en cheminant que le but du chemin se révèle. Raconter mon histoire, c’est une manière indirecte et plus humaine

de dire les vérités que j’ai expérimentées au fil du temps. Mieux que de les présenter d’un bloc, toutes nues, il est sans

doute plus captivant et intéressant de suivre le lent processus de dévoilement, qui lui-même n’est pas anodin quant à la

vérité en soi. Il est des vérités qui sont sublimes et intemporelles car elles sont paradoxalement éphémères comme les

roses.


Il se trouve que mon désir de connaître les essences, les points de vue, les positions, les cultures les plus diverses

m’a amené à voyager mais aussi à embrasser de nombreux métiers et positions.

Ma vie est riche de toutes ces péripéties.

Enraciné dans le passé, j’ai toujours été fasciné par le futur. Parler du futur c’est souvent ne projeter que son passé.

L’histoire du futur est ainsi encombrée de vision archaïque. Quant à moi, c’est l’une de mes qualités mais aussi

faiblesses, j’ai toujours vécu dans le futur. Ainsi raconter mon passé c’est, sans doute d’une certaine manière, raconter le futur. Une autobiographie est historique surtout par le fait qu’elle décrit une nouvelle relation de l’humanité à elle-

même. 


Alors l’intérêt lié à la singularité du sujet est doublé d’une meilleure compréhension de l’élan universel qui

anime l’humanité.

Pour écrire et rassembler les éléments de cette biographie il a fallu que je me plonge dans mon passé. J’ai relu mes

écrits anciens, numérisés mes photos et mes peintures. J’ai vu sous mes yeux comme dans un dessin animé, passé en

accéléré, toute une vie. Il n’est pas difficile de sentir et de voir comment ce processus, me mène vers mon

vieillissement et ma mort. Cela fait un choc, car j’ai tendance à oublier ce processus, pourtant évident. J’ai vite fait de

vivre comme si j’étais éternel. Pourtant quand je regarde ma vie et que j’essaye d’anticiper mon futur la seule chose qui

me semble être sûre, c’est que je vais mourir. Et pourtant, je continue à penser, quelque part, que je suis éternel. Au

plus profond de moi, je sens que je suis éternel. Je suis convaincu de mon éternité. C’est vraiment un étrange

paradoxe.


L’autre sentiment étrange c’est que je suis aussi les animaux, les végétaux, les pierres. Je suis le Cosmos tout entier.

Plus étrange encore, j’ai le sentiment d’être tous les temps. Finalement j’ai le sentiment de communier avec la totalité,

d’être la totalité de tout ce qui est, a été et sera. Tout cela vit en moi avec une présence extraordinaire. Finalement, j’ai

le sentiment que la seule chose qui existe vraiment, c’est cette totalité atemporelle, qui est pour moi, la substance de

(ce que j’ai tendance a appelé) Dieux et qui est aussi finalement ma propre substance.


Par ailleurs, ce travail historique m’a montré combien, d’année en année, j’étais différent, psychologiquement et

physiquement. Chaque année, je suis ailleurs, c’est étrange ! 


L’autre chose qui me semble vraiment curieuse c’est ma

manière de revenir sans cesse sur les mêmes sujets et pourtant d’oublier entre temps que ce sont des sujets sur lesquels

je reviens toujours. Je reviens dessus en ayant l’impression de les découvrir pour la première fois. Ces sujets

s’élaborent finalement tout au long de ma vie comme des ritournelles. Ces sujets sont : la vie, la mort, la vérité, Dieux,

les sentiments qui me traversent, l’illumination ; l’infinie distance de tout et son infinie proximité.


J’ai le sentiment que le temps passant je suis moins à fleur de peau et petit à petit je découvre « mes modes

d’emplois ». Je comprends mieux ce qui me convient et je m’accepte tel que je suis. Le travail que mon père a fait sur

nos origines russes m’a beaucoup apporté car beaucoup de traits de mon caractère son typiquement russes et je

comprends mieux mon sentiment de décalage dans le contexte Français. Par exemple, j’ai en moi un mélange de

violence, de mysticisme et de sauvagerie qui me semble être typique du sang cosaque qui coule dans mes veines.

Je suis rempli de grands espaces et de destins farouches taillés dans la fièvre de combats sans merci. J’ai

l’impression d’avoir toujours dû subir l’horrible stress : devoir faire des politesses dans un salon de thé en m’inventant

une identité de vieille dame polie. Mais mon identité de guerrier cosaque me fait peur et je ne sais pas comment vivre

cette identité sauf dans des situations limites qui sortent de l’ordinaire.


Je me suis mis au travail de cette biographie avec passion et facilité ensuite, j’ai eu un moment de nausée, un peu

comme un plat un peu trop consommé et puis finalement en creusant mon sujet le plus objectivement possible, j’ai eu

l’impression de traverser le miroir et de découvrir un étranger. Cet étranger est vraiment curieux. Toute ma vie

ressemble à un voyage dans un monde inconnu dont la logique m’échappe, cependant manifestement il y a une

logique, comme un message secret qu’il faut décoder. La logique change d’instant en instant et le jeu consiste à surfer

sur la vague de chaque instant dans sa singularité.


Je crois que ma vie a été très marquée par mon rapport à ma mère. Ma mère m’a très tôt parlé avec beaucoup

d’empathie et j’ai développé un rapport fusionnel avec elle. Elle n’était pas très heureuse avec mon père et dès l’age de

cinq ans, j’ai eu le sentiment qu’il fallait que je la sauve. Nous avons développé un rapport incestueux, dans la mesure

où, au lieu de rester un enfant, j’ai été projeté très tôt dans sa problématique d’adulte, en prenant le rôle de confident

et de « mari compréhensif » par procuration. Cela m’a déstabilisé en me faisant sortir de l’enfance précocement tout

t’en me maintenant dans une relation de fusion avec la problématique de ma mère. 


Mon père était souvent absent et

quand il était là, il était fatigué et parfois violent. Je me souviens de nombreuses fessées. Nous faisions trop de bruits !

Je crois que ce viol affectif par ma mère et l’absence de mon père a généré beaucoup de souffrances. Une grande

difficulté à exister, un mysticisme fusionnel avec Dieu en temps qu’ultime réalité maternante. 


J’ai un vertige morbide

de l’anéantissement dans l’infini. J’ai dû reconstruire mon devenir morceau par morceau en m’inventant un père, à

travers ma capacité à penser le monde. En me sauvant de mon désir d’anéantissement, j’ai finalement inventé une

logique pour comprendre le monde. J’ai le sentiment, à tort ou à raison, d’avoir découvert des bribes annonciatrices

des civilisations futures. Dans ma souffrance, j’ai trouvé des dons de création qui ont transformé ma vie en un

processus inattendu de dévoilement des mystères du monde. 


Comme un enfant ébahi, entre passion et désespoir, je crée sur le fil du rasoir, une vie dont le sens est un poème. Ecorché vif j’apprends à aimer ce destin à fleur de peau qui m’a révélé la couleur du sang des Dieux.


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2026/02/11

2026 01 01 Mon Parcours : Un Dialogue entre l’Art, la Pensée et l’Action Une vie en perspective, de 1955 à 2025.

 Mon Parcours : Un Dialogue entre l’Art, la Pensée et l’Action


Une vie en perspective, de 1955 à 2025 :


1955-1965 : L’enfant et le monde comme atelier


Je nais à Paris en 1955 dans un univers imprégné d’art. Mon grand-père, Roger Chastel, professeur aux Beaux-Arts, est une présence fondatrice. Mais ma première cathédrale est l’escalier monumental de notre maison : un théâtre pour mes rêves de vol et d’apesanteur. Mon frère aîné, chimiste passionné, m’ouvre un autre monde en transformant magiquement les couleurs dans des verres. Pourtant, l’école est un mur. Ma dyslexie me plonge dans un « ennui blanc », une sensation d’étrangeté au monde ordonné des mots. Cette difficulté, je le comprendrai bien plus tard, a forgé en moi une pensée non-linéaire, une manière de saisir les liens invisibles avant les lettres.


1965-1975 : L’appel de la liberté créatrice


Les années 1970 sont une libération. J’entre aux Beaux-Arts de Paris et je plonge dans la philosophie à l’université de Vincennes (Paris VIII), avide des cours de Gilles Deleuze qui bouleversent ma vision du réel. En 1970, un voyage à New York est une révélation : je rencontre Andy Warhol. Son approche du pop art, son effacement des frontières entre l’art, la culture populaire et le médiatique, sont un choc salutaire. C’est le début d’une exploration qui mêle photographie, peinture et ce qu’on nommera plus tard l’électrographie, notamment à travers des portraits de Deleuze et des autoportraits. Je cherche déjà à capturer non pas une apparence, mais une énergie, une idée.


1975-1985 : Premiers actes, premières synthèses


Je pose mes premiers jalons d’artiste avec des expositions, dont une au Centre Pompidou en 1981. Parallèlement, une autre intuition grandit : je veux comprendre et agir sur les mutations de la société. De 1985 à 1987, je dirige un atelier pluridisciplinaire au Ministère de la Recherche sur le thème du changement sociétal. Cette double casquette – artiste et chercheur en prospective – n’est pas un écartèlement, mais le fondement de ma méthode. Mes premières publications, comme Vêpres Laquées (1979) et Paris la nuit (1982), sont encore ancrées dans l’expression artistique, mais elles sondent déjà les atmosphères et les mutations culturelles de mon époque.


1985-1995 : Donner une forme à la complexité


Les années 1990 voient l’éclosion de ma pensée sur les organisations. Mon expérience au Ministère de la Recherche m'a convaincu de la nécessité d'outils nouveaux. En 1990, je publie Le management systémique de la complexité, posant les bases d’une gestion capable de naviguer dans l’incertitude. L’année suivante, Le management du troisième millénaire décrit le passage nécessaire des pyramides hiérarchiques aux réseaux et à l’intelligence collective. En 1993, je fonde mon cabinet de conseil, MSC ET ASSOCIES, spécialisé dans la gouvernance et le développement durable. Je cofonde aussi un fonds de capital-risque, New Cap Invest, pour accompagner l’innovation.


1995-2005 : Les horizons du futur et l’engagement collectif


Mon travail prospectif prend une dimension civilisationnelle. J’élabore une grille d’analyse structurant l’évolution humaine en quatre vagues : la chasse-cueillette, l’agriculture, l’industrie, et enfin la « création-communication » dans laquelle nous entrons. En 2001, avec Carine Dartiguepeyrou, nous publions Les Horizons du Futur, qui articule dix visions prospectives à long terme. Cette réflexion appelle un engagement collectif. En 2003, je deviens co-fondateur et initiateur du Club de Budapest France, un réseau dédié à une réflexion intégrale sur les enjeux planétaires. C’est également l’origine du projet de l’Université Intégrale à Paris, un espace de séminaires transdisciplinaires.


2005-2015 : Du personnel au planétaire


Cette décennie explore tous les niveaux de la transformation. D’un côté, un livre très personnel comme Trouver son génie (2005) propose à chacun de valoriser ses talents singuliers. De l’autre, face aux crises financière et écologique, j’écris Au-delà de la crise financière (2011) et Les voies de la résilience (2012). Le point de convergence de tous ces fils est le lancement en 2012 du projet « Design me a planet », une plateforme d’innovation ouverte pour co-créer des solutions aux défis planétaires. Cet engagement s’incarne aussi dans mes responsabilités académiques, comme la direction de l’Institut International de Prospective sur les Ecosystèmes Innovants à l’Université Catholique de Lille à partir de 2014.


2015-2025 : L’écosystème, nouvelle unité de civilisation


Ma recherche se cristallise autour d’un concept central : l’écosystème innovant. Je publie Les écosystèmes innovants (2019) puis Innovation Ecosystems: The Future of Civilizations and the Civilization of the Future (2022), voyant dans ces réseaux d’interactions créatrices la clé de notre avenir. En 2024, avec Carine Dartiguepeyrou, nous offrons un manuel opérationnel : La prospective en action. Aujourd’hui, mon travail se nourrit toujours de ce dialogue entre l’intuition d’artiste et la rigueur du chercheur. Je continue d’animer des rencontres prospectives sur des sujets brûlants, comme la géopolitique des semi-conducteurs, car comprendre les « forces longues » derrière l’actualité chaotique est plus nécessaire que jamais.


Mon fil conducteur : Qu’il s’agisse de peindre, d’écrire sur le management, de réfléchir aux vagues civilisationnelles ou d’imaginer des villes régénératives, je n’ai jamais cessé de faire la même chose : essayer de percevoir les connections invisibles qui transforment notre monde, et proposer des voies pour y participer de manière créative et responsable. C’est cette quête d’une vision intégrale qui relie toutes les décennies de mon parcours.


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1955 1965 AUTOBIOGRAPHIE REDIGEE EN 2026

 Chapitre I  (v6 claude)

— Volonté / Unité

1955–1965 — Les années de l'imprégnation

0 à 10 ans


Introduction : La naissance de l'axe

Les dix premières années de la vie humaine ne sont pas simplement un temps d'apprentissage ou d'adaptation. Elles constituent le moment fondateur où se construit ce que je nomme « l'axe » : cette verticalité intérieure qui permet à un individu de se tenir debout dans le monde, de dire « je », de se reconnaître comme sujet distinct et pourtant relié.

Cette période articule deux mouvements apparemment contradictoires, mais en réalité complémentaires :

La Volonté — l'affirmation du « je », l'émergence d'une énergie vitale propre, la découverte précoce du pouvoir créateur de l'individu. C'est le mouvement qui sépare, qui distingue, qui construit une identité.

L'Unité — l'expérience d'appartenance au monde, aux éléments, à l'invisible, à une présence qui dépasse le moi. C'est le mouvement qui relie, qui ouvre, qui inscrit l'individu dans un tout plus vaste.

L'enfance est le lieu où ces deux forces se mettent en place simultanément, sans se contredire. L'enfant affirme son « je » avec force (« c'est à moi », « je veux », « je peux ») tout en vivant des expériences d'union profonde avec le monde, avec la nature, avec Dieu, avec les autres.

Carl Gustav Jung a décrit cette période comme celle de l'émergence de l'ego — moment crucial où la conscience se sépare progressivement de l'inconscient collectif pour devenir un centre autonome de perception et d'action. Mais cette séparation n'est pas une rupture : elle est une différenciation qui permet, paradoxalement, une relation plus consciente au monde.

Dans une perspective prospective, on pourrait dire que l'enfance pose les fondations de ce qui fera de l'humain un acteur du futur — non pas un simple héritier passif, mais un créateur capable de transformer le monde à partir de sa propre vision, de sa propre volonté, tout en restant inscrit dans une continuité qui le dépasse.

Ces dix premières années sont donc celles où se joue, silencieusement, la question fondamentale de toute existence : comment habiter sa singularité tout en restant relié ? Comment être soi sans être seul ? Comment devenir un « je » sans se couper du « nous » ?


1. Naître à Paris, dans le huitième : lieu, symbole et ciel natal

Je suis né à Paris, dans le VIIIᵉ arrondissement, au 3, rue de Marignan, le 28 juin 1955 à 13 h 10.

Ma mère, Christiane, a voulu accoucher là parce qu'elle y avait grandi. Son père y possédait une maison de couture. Ce choix n'était pas anodin : le VIIIᵉ n'est pas un quartier ordinaire. C'est un espace de représentation, de façades maîtrisées, de lignes haussmanniennes. Tout y est tenu, cadré, policé. La beauté y est institutionnelle, presque silencieuse. On n'y vit pas dans le tumulte, mais dans une forme de contrôle esthétique et social.

Naître là, même pour un court instant, c'est naître dans un monde où la forme compte, où l'apparence est déjà un langage, où le visible porte des codes.

Cette naissance s'inscrit sous le signe du Cancer — signe de la matrice, de la mémoire, de l'origine. Le Cancer n'avance pas frontalement : il entoure, il ressent, il protège. Associé à un ascendant probablement Balance, ce ciel natal articule dès l'origine sensibilité intérieure et sens de la forme, profondeur émotionnelle et recherche d'harmonie.

Autrement dit : avant même de penser, je suis né dans une tension créatrice entre l'intime et le visible, entre le dedans et la forme qu'il prend dans le monde.


2. Montbard : la province comme enracinement

Très peu de temps après ma naissance, ma mère retourne à Montbard, en Bourgogne. C'est là que je grandis réellement, durant les dix premières années de ma vie. Nous habitons rue Jean-Jacques Rousseau, au pied du parc Buffon.

Montbard est profondément marquée par l'histoire des Lumières. C'est la ville de Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, naturaliste majeur du XVIIIᵉ siècle, dont le parc, les bâtiments et l'esprit scientifique imprègnent encore le paysage. Montbard n'est ni mondaine ni industrielle : c'est une ville de temps long, de nature observée, de rigueur intellectuelle calme.

Habiter au pied du parc Buffon, c'est grandir au contact immédiat des arbres anciens, des saisons, du silence, d'une nature déjà pensée, classée, regardée.

Les amis proches de mes parents sont les Aynard, propriétaires de l'abbaye de Fontenay. Fontenay est une abbaye cistercienne du XIIᵉ siècle. C'est un lieu de pierre, de dépouillement, de silence, d'équilibre parfait entre architecture, lumière et spiritualité.

Même sans en comprendre la portée, ces lieux — Montbard, Buffon, Fontenay — déposent en moi une empreinte durable : celle d'un monde où la spiritualité n'est pas spectaculaire, où la beauté naît de la sobriété, où le sens s'inscrit dans la durée.


3. Une maison habitée par la peinture

À l'intérieur de la maison, un autre monde m'attend : celui de la peinture moderne.

Mon père, chirurgien, collectionne des œuvres de Jean Lagrange, Charles Lapicque, Chastel. Il ne s'agit pas d'un décor mondain, mais d'un choix exigeant. Ces peintres appartiennent à ce qu'on appelle l'École de Paris — non pas un mouvement unifié, mais une constellation d'artistes qui, entre les années 1920 et 1960, ont fait de Paris le centre mondial de la création picturale.

L'École de Paris n'impose pas de dogme. Elle rassemble des peintres de toutes nationalités, de tous horizons, unis par un refus des académismes et une recherche de liberté expressive. Après les avant-gardes radicales du début du siècle — cubisme, surréalisme, abstraction —, l'École de Paris incarne un retour à une peinture plus humaine, plus sensible, où la couleur, la matière et l'émotion reprennent leurs droits sans renoncer à l'exigence formelle.

Ce n'est ni un réalisme fade ni une abstraction froide. C'est une peinture qui respire, qui vibre, qui assume la présence du peintre, son geste, sa vision personnelle du monde. Une peinture qui ne cherche pas à choquer, mais à toucher. Une peinture qui dialogue avec l'histoire de l'art tout en restant profondément ancrée dans le présent.

Charles Lapicque introduit dans notre maison une peinture structurée, intellectuelle, souvent inspirée par la science, la navigation, les tensions entre couleur et forme. Ses toiles sont construites comme des architectures colorées, où la rigueur géométrique n'étouffe jamais la vie chromatique.

Jean Lagrange explore une abstraction construite, où la rigueur n'exclut pas la sensibilité. Ses compositions jouent sur l'équilibre, la tension, le rapport entre le plein et le vide.

Chastel, figure plus intime, plus familiale, relie la peinture au geste, à la transmission, à une présence presque domestique de l'art. Sa peinture est chaleureuse, habitée, jamais distante.

Pour l'enfant que je suis, ces tableaux ne sont pas "compris". Ils sont ressentis. Ils agissent silencieusement. Ils apprennent à regarder sans expliquer, à sentir sans nommer. Ils installent une évidence : l'art n'est pas un luxe, ni une décoration. C'est une manière d'habiter le monde, de le percevoir autrement, de laisser entrer la beauté et la complexité dans l'espace quotidien.

La maison devient ainsi un espace où le sensible est légitime, où la perception est valorisée, où la réalité n'est jamais uniquement fonctionnelle. L'École de Paris, par sa présence murale, m'enseigne sans le dire qu'il existe une autre façon de voir — une façon où la forme et le fond ne s'opposent pas, où l'intelligence et l'émotion se nourrissent mutuellement.


4. Houat et Courchevel : mer et montagne

Les vacances scandent l'année et ouvrent deux paysages fondateurs.

L'été, c'est l'île de Houat, en Bretagne. Petite île battue par les vents, entourée par l'océan, sans artifice. Là, l'horizon est ouvert, le temps se dilate, la mer impose sa loi. Houat m'enseigne très tôt la présence, le silence, la force des éléments.

L'hiver, c'est Courchevel, encore station naissante, loin du symbole mondain qu'elle deviendra. La montagne y est rude, froide, exigeante. Le corps est engagé. Le monde est vertical. L'effort est nécessaire.

Mer et montagne : horizontalité et verticalité. Contemplation et action. Deux polarités qui, sans le savoir, structurent déjà mon rapport au monde.


5. Dieu comme présence intime

Enfin, il y a Dieu.

Dieu fait partie de la maison. Tous les dimanches, nous allons à l'église. La religion est présente, sans excès, sans dogmatisme spectaculaire. Mais pour l'enfant que je suis, quelque chose se joue ailleurs, plus discrètement.

Très tôt, je prends l'habitude de parler à Dieu. Le soir, avant de m'endormir. Sans formule. Sans théologie.

Je me sens souvent seul, parfois incompris. Alors je parle. Et Dieu écoute. Il devient, d'une certaine manière, mon meilleur copain — non pas une figure abstraite, mais une présence intérieure, disponible, constante.

Cette relation n'est pas encore une foi construite. C'est un dialogue intime, une manière de ne pas être seul avec ce que je ressens. Une première expérience de l'invisible comme relation, non comme concept.

Avec le recul, je comprends que cette pratique silencieuse installe très tôt une certitude fondamentale : il existe un espace intérieur où l'on peut parler librement, sans jugement, sans rôle à jouer.


6. Le petit prince à cheval

Vers l'âge de trois ans, mon grand-père par alliance, Roger Chastel, peint un tableau de moi.

C'est Noël. On vient de m'offrir un petit cheval à bascule. Je le chevauche, conquérant, dans cet élan d'enfance où le monde entier semble ouvert, disponible, prêt à se laisser parcourir.

Chastel me saisit à ce moment précis. Il ne peint pas un portrait conventionnel. Il capte quelque chose d'autre : une posture, un mouvement intérieur, une intensité.

Le tableau baigne dans une lumière dorée, presque sacrée. Les tons chauds — orangés, rouges, jaunes — enveloppent la scène d'une atmosphère à la fois intime et rayonnante. L'enfant blond — moi — se tient droit sur son cheval à bascule rouge vif, les mains agrippées aux rênes blanches. Le visage est tourné vers l'avant, déterminé. Le regard porte au loin.

Chastel ne cherche pas la ressemblance photographique. Il travaille par plans, par masses colorées, par géométries simplifiées. Le cheval lui-même devient une forme abstraite, presque totémique : rouge éclatant, traversé de touches violettes et blanches. Les jambes de l'enfant, bottées de noir et jaune, se découpent avec une netteté presque architecturale.

Derrière, on devine l'espace domestique : des lignes verticales qui suggèrent une porte, un cadre, une structure. Mais tout est baigné de cette lumière d'or qui transforme l'ordinaire en moment suspendu.

Ce que Chastel peint, ce n'est pas simplement un enfant sur un jouet. C'est l'instant où le jeu devient conquête, où l'imaginaire devient réalité, où le petit devient prince.

Le tableau s'intitulera Le petit prince.

Ce titre n'est pas anodin. Il porte déjà, en germe, une tension qui ne me quittera plus : celle entre l'enfance comme royaume préservé et le monde comme territoire à parcourir, à comprendre, à transformer.

Le petit prince de Saint-Exupéry — que je ne lirai que plus tard — est celui qui interroge le monde des adultes sans renoncer à son regard d'enfant, celui qui cherche l'essentiel derrière les apparences, celui qui sait que les choses importantes sont invisibles aux yeux.

Être peint ainsi, à trois ans, dans cette lumière dorée, dans cette posture de cavalier immobile et déjà en mouvement, c'est être inscrit dans une image, dans une projection, dans un récit. C'est recevoir, sans le savoir, une mission symbolique : rester fidèle à ce regard premier, à cette intensité, à cette quête.

Le tableau existe. Il reste. Longtemps après, il continuera de me regarder, de me renvoyer à cet enfant chevauchant son monde imaginaire, à la fois présent et déjà ailleurs, baigné d'une lumière qui n'appartient qu'à l'enfance et à l'art.


7. Le point lumineux

Le plus loin que je me souviens, je me rappelle avoir parlé avec Dieu. C'était reposant. J'avais l'impression qu'il me comprenait, lui, à contrario de mon entourage, y compris mes parents. Dieu m'écoutait au-delà des mots que je ne savais pas manier.

Une relation très simple s'est ainsi tissée, faite de dialogues et de silences. Silence de Dieu d'abord, qui semblait m'écouter sans vraiment me dire quoi que ce soit. Silence de moi, ensuite, écoutant la voix de Dieu.

Mais il arriva, vers l'âge de cinq ans, que je vis apparaître un point lumineux.

Un point lumineux qui avait une présence si intense que je l'identifiai immédiatement comme Dieu. Mais pourquoi Dieu, brusquement, cette Présence ? Ce point lumineux me faisait basculer dans une éternité, dans un infini qui me semblait être la signature même de Dieu.

L'expérience ne dura que quelques instants. Mais ces instants furent absolus. Le point n'était pas extérieur. Il n'était pas non plus uniquement intérieur. Il était là, quelque part entre le dedans et le dehors, porteur d'une certitude qui dépassait tout ce que je pouvais concevoir.

Je me précipitai vers ma mère en lui expliquant que j'avais rencontré Dieu.

Elle me regarda. Mais ce ne fut pas le regard d'une mère. Ce fut le regard d'un médecin observant un patient. Elle me regarda comme un docteur regarde un symptôme. Ce n'était plus ma mère, mais un médecin. Et cela me troubla.

Je ne compris pas immédiatement ce qui venait de se jouer. Mais quelque chose s'était déplacé. J'avais vécu quelque chose d'essentiel, d'intime, de fondateur. Et l'adulte face à moi ne l'avait pas reconnu. Elle l'avait observé. Elle l'avait mesuré. Elle l'avait peut-être même inquiété.

Ce décalage entre l'expérience vécue et l'accueil reçu marqua profondément ma relation au monde adulte. Il m'enseigna très tôt que certaines réalités ne peuvent pas être partagées, que certaines vérités ne trouvent pas d'écho, que le visible et l'invisible ne parlent pas le même langage.

Dieu, dès lors, demeura dans le silence. Non pas parce qu'il s'était retiré, mais parce que je compris qu'il ne pouvait être dit qu'à ceux qui savent écouter autrement.


8. À la recherche de la vérité

Lorsque j'atteignis l'âge de sept ans, mes parents m'annoncèrent avec une grande cérémonie que j'avais atteint l'âge de raison.

Ce fut comme un déclic en moi. Comme si on m'avait offert un nouveau jouet : la raison. Je voulais utiliser ma raison puisqu'elle m'était donnée, puisque mon cerveau était arrivé à un âge où il pouvait être utilisé d'une manière nouvelle, beaucoup plus sage qu'auparavant.

L'occasion d'utiliser ma raison arriva bientôt.

Un dimanche, à l'église, le prêtre expliqua qu'il suffisait de demander à Dieu quelque chose pour être exaucé. Maintenant que j'avais l'âge de raison, il me semblait légitime de demander quelque chose à Dieu en utilisant ce nouveau pouvoir que j'avais : la raison.

À l'époque, un de mes grands intérêts dans la vie était d'acheter, toutes les semaines, un Carambar avec la pièce que me donnaient mes parents comme argent de poche.

La première idée qui me traversa, évidemment, consista à demander à Dieu plus d'argent pour acheter plus de Carambars. Mais à la réflexion, en utilisant ma raison, je commençai à discerner que peut-être ce que je demanderais en demandant des Carambars était bien superficiel. Et peut-être n'était-ce pas utile de déranger Dieu pour une demande aussi superficielle.

La semaine entière, je réfléchis à ce qu'il fallait demander. Plus j'approfondissais la question, plus je me rendais compte que, n'ayant aucune idée de ce qui était important ou pas important, j'étais incapable de qualifier précisément ma demande.

Alors il me parut que la seule demande qui valait la peine, c'était de demander la vérité.

Si je connaissais la vérité, alors je pourrais demander des choses pertinentes.

Cette conclusion me sembla irréfutable. Elle avait la simplicité des évidences enfantines et la profondeur des questions qui ne quittent plus.

Le dimanche suivant, à l'église, je formulai donc ma demande : « Dieu, montre-moi la vérité. »

Je ne savais pas encore que cette question allait structurer toute ma vie. Qu'elle allait m'entraîner dans des chemins que je ne pouvais pas imaginer. Qu'elle allait faire de moi un chercheur permanent, quelqu'un pour qui la vérité n'est jamais acquise, mais toujours à explorer, à approfondir, à affiner.

À sept ans, j'avais posé la seule question qui méritait d'être posée. Et cette question, une fois posée, ne se referme jamais.


9. Le monde au-dehors : 1955-1965

Pendant que je grandis à Montbard, dans le silence du parc Buffon et la lumière des tableaux, le monde au-dehors traverse une décennie de bouleversements profonds.

Je nais en 1955, dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. L'Europe se reconstruit, mais elle se divise aussi. Le rideau de fer traverse le continent. Berlin devient une ville coupée en deux. La guerre froide installe une tension permanente entre deux blocs, deux visions du monde, deux systèmes qui se regardent en chiens de faïence.

En France, c'est le temps des Trente Glorieuses : croissance économique, modernisation, consommation de masse. Les réfrigérateurs, les voitures, les télévisions entrent dans les foyers. La société française change de visage. Mais cette prospérité s'accompagne de déchirements : la guerre d'Algérie (1954-1962) fracture le pays, oppose les Français entre eux, met fin à l'empire colonial. L'indépendance algérienne en 1962 clôt un chapitre douloureux et ouvre une France nouvelle, incertaine de son identité.

Ailleurs dans le monde, les empires coloniaux s'effondrent. L'Afrique accède à l'indépendance, pays après pays. L'Asie se transforme. Cuba bascule dans le camp communiste en 1959. En 1962, la crise des missiles de Cuba fait trembler le monde : pendant quelques jours, la guerre nucléaire semble possible.

En 1963, John F. Kennedy est assassiné à Dallas. Le choc est planétaire. L'Amérique perd son président jeune, charismatique, porteur d'espoir.

Au même moment, l'Église catholique vit sa propre révolution : le Concile Vatican II (1962-1965) ouvre les fenêtres, modernise la liturgie, dialogue avec le monde moderne. La messe en latin cède la place aux langues vernaculaires. L'Église cherche à se rapprocher des fidèles, à parler leur langue.

Et dans les universités, dans les villes, une jeunesse nouvelle grandit. Elle ne connaît pas la guerre. Elle refuse l'autorité traditionnelle. Elle cherche d'autres voies. Mai 68 se prépare, encore invisible, mais déjà présent dans les esprits.

Tout cela, je ne le vis pas directement. À Montbard, la vie suit son cours, protégée, provinciale, lente. Mais ces forces travaillent le monde dans lequel je grandis. Elles préparent le terrain sur lequel je marcherai bientôt. Elles dessinent un horizon qui, sans que je le sache encore, va radicalement changer au moment où j'entrerai dans l'adolescence.

L'enfant que je suis vit dans une bulle préservée — maison bourgeoise, tableaux modernes, vacances à la mer et à la montagne, foi tranquille. Mais cette bulle est fragile. Le monde qui vient ne ressemblera pas à celui de mes parents. Et moi, petit prince à cheval sur mon jouet, je suis déjà en route vers ce monde-là.


Lecture intégrale : Volonté et Unité, genèse de l'axe

Ces dix premières années sont celles de l'imprégnation.

Tout y est déjà présent : un lieu de naissance symboliquement chargé, un enracinement provincial profond, une exposition précoce à l'art de l'École de Paris, des paysages fondateurs qui articulent horizontalité et verticalité, une image peinte qui fait de moi un petit prince, une expérience mystique qui installe à jamais un écart entre ce qui est vécu et ce qui peut être dit, une question fondamentale posée à sept ans qui orientera toute une existence, et un monde extérieur en pleine mutation qui, bientôt, viendra frapper à la porte.

L'affirmation du « je » se construit silencieusement, mais puissamment. À trois ans, je chevauche mon cheval à bascule en conquérant. À cinq ans, je reconnais Dieu dans un point lumineux et je cours le dire à ma mère. À sept ans, j'utilise ma raison pour formuler ma propre demande, ma propre question. Chaque fois, c'est un « je » qui émerge : un « je » qui perçoit, qui ressent, qui pense, qui décide.

Ce « je » n'est pas replié sur lui-même. Il est relié. Relié à Dieu, avec qui je parle chaque soir. Relié à la nature, à Houat et à Courchevel. Relié à l'art, qui parle sur les murs de la maison sans que j'aie besoin de le comprendre intellectuellement. Relié à l'histoire, à travers Buffon et Fontenay.

La verticalité s'installe également. Verticalité de la montagne, où le corps s'engage dans l'effort. Verticalité du cheval à bascule, où l'enfant se tient droit, les yeux fixés sur l'horizon. Verticalité de la prière, où je parle à un Dieu qui n'est pas horizontal, mais qui vient d'ailleurs, d'au-dessus, d'au-delà.

L'énergie vitale circule librement. C'est l'énergie du jeu, de la conquête imaginaire, de la curiosité intellectuelle, de l'expérience mystique. Rien n'est encore contraint, normé, rationalisé. L'enfant vit dans un monde où tout est encore possible, où les frontières entre le dedans et le dehors, entre le réel et l'imaginaire, entre le visible et l'invisible ne sont pas encore fixées.

L'intuition précoce du pouvoir créateur de l'individu se manifeste dans cette certitude que je peux poser ma propre question à Dieu, que je peux formuler ma propre demande, que je peux ne pas accepter les questions toutes faites des adultes. À sept ans, je ne demande pas ce qu'on me dit de demander. Je cherche à comprendre ce qui mérite d'être demandé. C'est déjà une posture de créateur, de penseur autonome, d'acteur de sa propre vie.

Jung dirait que c'est le moment où l'ego émerge — où la conscience se différencie progressivement de l'inconscient collectif pour devenir un centre autonome. Mais cette émergence ne se fait pas dans la rupture. Elle se fait dans la relation. L'ego qui naît ici n'est pas un ego coupé du monde, mais un ego relié — relié à Dieu, à la nature, à l'art, à la vérité.

Dans une perspective prospective, on pourrait dire que ces dix années posent les fondations de ce qui fera de moi un acteur du futur — quelqu'un capable de ne pas simplement reproduire le monde tel qu'il est, mais de le transformer à partir de sa propre vision, de sa propre quête, de sa propre volonté. L'humain comme acteur du futur n'est pas celui qui nie son héritage, mais celui qui le reçoit consciemment, le digère, le transforme et le porte plus loin.

Avant les idées, il y a les formes. Avant les concepts, la présence. Avant la pensée, une vie intérieure déjà habitée — et déjà en quête.

L'enfance n'est pas un temps d'innocence vide. C'est un temps d'imprégnation silencieuse. Tout ce qui sera pensé, compris, choisi plus tard trouve ici sa matrice : la beauté comme évidence, la spiritualité comme relation intime, la vérité comme horizon, et le monde comme territoire à la fois donné et à conquérir.

L'axe est posé.

Il ne le sait pas encore, mais le petit prince à cheval est déjà debout.