Affichage des articles dont le libellé est ENTREPRISE. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est ENTREPRISE. Afficher tous les articles

2011/02/19

2011 02 19 MICHEL SALOFF COSTE VERS UNE ENTREPRISE INTEGRALE ? UNIVERSITE INTEGRALE 11


2011 02 19 MICHEL SALOFF COSTE VERS UNE ENTREPRISE INTEGRALE ? UNIVERSITE INTEGRALE 11 from UNIVERSITE INTEGRALE on Vimeo.



9h10-9h45 Michel Saloff Coste, Les enjeux de l’entreprise élargie et intégrale dans la période de transition actuelle.


Chers amis,

Le Club de Budapest France a le plaisir de vous convier à la onzième journée de l'Université Intégrale, sur le thème :

« Vers une entreprise intégrale ? »


 Samedi 19 février 2011
de 8h30 à 17h30

 Forum 104
104 rue de Vaugirard, 75006  Paris
Métro Montparnasse, Duroc ou St Placide


Dans notre monde en transition, l’entreprise est aujourd’hui au cœur du questionnement :  sa finalité, sa responsabilité, les valeurs qui l’animent, tout ceci sera vraisemblablement redéfini au cours de la décennie à venir. Comment accompagner cette mutation, nécessaire et difficile ?

Les entreprises du 20e siècle ont été fortement marquées par des préoccupations et des intérêts essentiellement économiques et rationnels avec des stratégies largement dominées par la nécessité de résultats trimestriels et donc par le court terme. Cette vision étroite de l’entreprise est directement liée à la pression qu’exercent les investisseurs, les « shareholders » avec leur exigence de retour rapide sur investissement.

Ce tropisme qui s’amplifie jusqu’aux crises écologique, sociale et économique du début du 21e siècle interroge radicalement les entreprises sur leur capacité à continuer à créer de la richesse économique à partir de ressources non renouvelables et collectives, donc également sur leur responsabilité sociétale et écologique. Un film comme « The Corporation », qui a été largement diffusé, montre bien comment cette vision de l’entreprise justifie des comportements qui sont souvent responsables des crises que nous traversons aujourd’hui et qui de ce fait remettent en question la vision classique et rationnelle du progrès.
L’entreprise du futur ne pourra plus fonctionner uniquement selon cet ancien paradigme, créateur de désarroi émotionnel. Il lui faudra se positionner de plus en plus face à des enjeux à moyen et long terme, écologiques, sociaux et spirituels.
Aujourd’hui l’entreprise est amenée à considérer l’ensemble de ses partenaires ou parties prenantes, les « stakeholders » !
Ce nouveau défi relève de ce que nous appelons l’entreprise élargie ou «entreprise intégrale».

Derrière cette évolution se dessine :
une entreprise capable de penser rationnellement mais dotée aussi d’une véritable intelligence collective, émotionnelle et de sens.
une entreprise qui replace l’humain et son épanouissement au cœur de sa stratégie, et considère cette ressource comme un facteur-clé de créativité et d’innovation.
une entreprise consciente de sa responsabilité écologique  et des impacts négatifs sur la biosphère qu’elle ne saurait faire porter à la collectivité et aux générations futures.
•       une entreprise qui soit en mesure de concevoir son business model et ses processus de production dans le respect total du « capital naturel » qu’offre notre planète.

Capable de dégager du profit autant que de traiter humainement ses clients et ses collaborateurs, cette entreprise intégrale aurait le souci de progresser en harmonie avec le Vivant.
Si la plupart des entreprises sont encore loin de ce nouveau modèle, la mutation est en cours et depuis déjà quelques décennies des réflexions et initiatives totalement nouvelles se déploient.

L’Université Intégrale qui a pour vocation d’accompagner et de stimuler ces mutations est heureuse de vous présenter ces initiatives et ces nouveaux acteurs qui élaborent l’entreprise de demain

Cette journée a été conçue et réalisée par Carine Dartiguepeyrou, Michel Saloff Coste, Bénédicte Fumey, Caroline Guidetti, et Dominique Marty du Club de Budapest France.
Veuillez trouver ci-dessous :
-          le programme de la journée
-          la liste des intervenants
-          les modalités d’inscription

1993/03/08

1993 03 08 « CREATION-COMMUNICATION » UN ARTICLE DANS LA TRIBUNE



La Tribune Desfossés
Lundi 8 Mars 1993

« CREATION-COMMUNICATION »,
 UNE NOUVELLE ERE EST ARRIVEE

INTERVIEW : Michel Saloff-Coste est chercheur. Son domaine d’étude : l’entreprise du futur. Selon lui, l’époque « industrie-commerce » va laisser la place à l’ère « création-communication ». Le conseil qu’il propose pour bien vivre ce tournant : cultiver notre génie propre.

La Tribune : Pourquoi parler de nouvel âge ?

Michel Saloff-Coste : L’entreprise dominée par l’engineering a été remplacée par l’entreprise orientée marketing, puis la finance a pris le dessus. Les années 90 voient une prise en compte de plus en plus importante du facteur humain. En fait, nous sommes en train de passer d’une société où l’activité dominante est industrielle et commerciale à une société où l’homme passe de plus en plus de temps à des activités de création et de communication.

LT : C’est la fin de l’industrie ?

MSC : Non, pas plus que l’agriculture n’a disparu au moment de la révolution industrielle. Au contraire, l’agriculture, en s’industrialisant, a multiplié sa productivité tout en libérant les hommes des tâches agraires. De même, l’univers industriel et commercial est en train de s’informatiser en rendant obsolètes les spécialisations d’antan. Et l’Homme est ramené à ce qui le distingue parmi les vivants : sa capacité à créer et à communiquer de nouveaux concepts. Déjà, le coût de production matériel d’un produit est inférieur au coût de sa conceptualisation (création) et de la sensibilisation du public (communication). Mais il manque encore beaucoup de génie pour relever le défi de création et de communication de la fin du siècle.

LT : Le génie, c’est « la ressource humaine » ?

MSC : Le passage du poste de directeur du personnel à celui d’animateur des ressources humaines est symptomatique. C’est une tentative de valoriser ce qui apparaît finalement comme la principale ressource de l’entreprise ; mais on s’enfonce encore plus loin dans une sorte d’instrumentalisation mécaniste des ressources de l’homme, comme on l’a fait pour les ressources minérales, végétales et animales. Or, ce qui est important chez l’homme, c’est plutôt son génie, sa capacité à créer de l’altérité, du différent, du nouveau. Une capacité que l’ordinateur ne peut concurrencer.
L'acte créateur est un saut dans le vide. Il vient d'un au-delà de l'ordre et du désordre, et s'inscrit dans un processus d'inspiration où il faut accepter de se perdre avant de se trouver. C'est le propre du génie d'apporter un regard venu d'ailleurs sur les choses.

LT : Est-ce la fin des spécialistes ?

MSC : L’humanité a connu quatre vagues d’activité : chasse-cueillette, agriculture-élevage, industrie-commerce, et aujourd’hui création-communication. A chaque fois, c’est toute la manière d’envisager le monde, qui s’est trouvée transformée. Mais, il reste des constantes. L’une d’elles, qui s’affirme d’étape en étape, est la diversification croissante et la complexification des tâches remplies par l’homme. Mais c’est à l’époque industrie-commerce que la notion de spécialiste est devenu à la fois explicite et fondement de l’intégration sociale.
Nous savons aujourd’hui que 90 % des métiers de demain sont inconnus et qu’il nous faudra sans doute changer plus de cinq fois de domaine au cours d’une vie active. Peut-on encore parler de mutation des métiers alors que ce sur quoi nous débouchons remet en cause la notion même de métier ? De même que l’âge industrie-commerce a obligé l’homme à se spécialiser, l’âge création-communication implique l’homme dans son génie.

LT : Le génie ?

MSC : Il s’agit d’être capable d’apporter au monde ce trait bien particulier qui fait que nous ressemblons à aucun autre être. L’essence de notre être au monde. Alors que les mutations ne font que déboucher sur des mutations de plus en plus radicales, il est fondamental pour survivre d’astreindre en soi ce point de non-retour où l’on accède à la plénitude de soi. On est loin des formations ou des écoles spécialisantes de l’âge industrie-commerce, qui avaient l’avantage de nous éviter de nous poser trop de questions sur nous-mêmes. C’est à partir de cet ancrage dans notre génie que nous serons capables d’inventer notre métier qui aura sans doute la curieuse caractéristique d’être unique.
Une des choses les plus dures, quel que soit le niveau d’étude de mes interlocuteurs, est la difficulté à intégrer en profondeur les différentes couches de leur personnalité. Si découvrir son génie propre semble être simple, encore faut-il s’y autoriser et accepter de se vivre comme différent dans son entourage. Or, on nous pousse à être le meilleur c’est-à-dire comparable, donc semblable. Et ce que l’individu d’aujourd’hui ne se permet pas à lui-même est évidemment ce qu’il n’autorisera pas à autrui. Dans l’entreprise, derrière le discours banalisé et incantatoire sur la nécessité d’innovation, la meilleure manière de se faire exclure est d’apporter une idée réellement nouvelle.
Il existe trois niveaux de conscience relativement distincts permettant de mesurer la plus ou moins grande intégration de la personnalité de l’être : le niveau un, intellectuel formel (logique binaire : oui ou non), le niveau deux, affectif turbulent (logique intégrative : oui et non) et le niveau trois, spirituel vide (logique paradoxale : ni oui, ni non).
L’éducation habituelle s’adresse surtout au niveau un. Dans les années qui viennent, un des grands enjeux de l’homme consistera à permettre de rendre accessible au plus grand nombre la maîtrise des niveaux deux et trois.

Propos recueillis  par Didier Pourquery