2026/02/12

2026 02 12 Introduction à mon autobiographie illustrée publié en 2014

 Introduction à mon autobiographie illustrée publié en 2014 :


INTRODUCTION


Pourquoi écrire une biographie ?

J’écris car je vais mourir.

Demain, ou dans des années, qu’importe : la seule certitude qui s’impose à moi est cette mort inévitable et

pourtant, inimaginable.

Comment être présent à ma propre absence, justement ?

Pourtant je me sens rempli d’éternité, je suis l’éternité.

J’ai souvent eu l’impression que ma vie réelle n’était qu’un écho d’un roman futur qui serait mon autobiographie.

Comme si vivre ne servait qu’à rassembler la matière d’une œuvre, qui transcenderait enfin le temps, me permettant de

me hisser dans la seule dimension qui vaille : l’intemporel.


Ma vie a toujours été remplie du bruit de cette éternité. Comme si chaque geste, que j’accomplissais, était rempli

des chuchotements de tous les commentateurs futurs.

Ma grande œuvre est ma vie, dans son extension totale, car, pour moi, rien n’arrive par hasard et je vis chaque

instant comme l’empreinte spirituelle du « sens ».


J’ai beaucoup lu d’autobiographies, je suis un amateur de ce type de livre. Saint Augustin, Marcel Proust, Henri

Miller sont parmi mes meilleurs moments de lecture. Ce genre littéraire derrière la façade simpliste cache une immense

liberté et une grande complexité.


J’aime être libre et l’académisme m’ennuie, c’est pourquoi j’aime sans doute tant les autobiographies.

Je sais que, en parlant d’autre chose, on ne fait jamais que de parler encore de soi. Parler directement de soi fait

gagner du temps.


Ce qu’il y de plus précieux en nous c’est notre singularité : ce en quoi « je » suis unique dans mon altérité

inaltérable. L’autobiographie est une manière idéale de travailler sur cette singularité et de la mettre en valeur.

Ma vie a été très tôt orientée par une quête sacrée : la recherche de la Vérité. Cependant parler de la vérité est

parfois fort ennuyeux. Ce qui est captivant ce sont tous les voiles, les brouillards, les illusions qui cachent la lumière.

C’est en cheminant que le but du chemin se révèle. Raconter mon histoire, c’est une manière indirecte et plus humaine

de dire les vérités que j’ai expérimentées au fil du temps. Mieux que de les présenter d’un bloc, toutes nues, il est sans

doute plus captivant et intéressant de suivre le lent processus de dévoilement, qui lui-même n’est pas anodin quant à la

vérité en soi. Il est des vérités qui sont sublimes et intemporelles car elles sont paradoxalement éphémères comme les

roses.


Il se trouve que mon désir de connaître les essences, les points de vue, les positions, les cultures les plus diverses

m’a amené à voyager mais aussi à embrasser de nombreux métiers et positions.

Ma vie est riche de toutes ces péripéties.

Enraciné dans le passé, j’ai toujours été fasciné par le futur. Parler du futur c’est souvent ne projeter que son passé.

L’histoire du futur est ainsi encombrée de vision archaïque. Quant à moi, c’est l’une de mes qualités mais aussi

faiblesses, j’ai toujours vécu dans le futur. Ainsi raconter mon passé c’est, sans doute d’une certaine manière, raconter le futur. Une autobiographie est historique surtout par le fait qu’elle décrit une nouvelle relation de l’humanité à elle-

même. 


Alors l’intérêt lié à la singularité du sujet est doublé d’une meilleure compréhension de l’élan universel qui

anime l’humanité.

Pour écrire et rassembler les éléments de cette biographie il a fallu que je me plonge dans mon passé. J’ai relu mes

écrits anciens, numérisés mes photos et mes peintures. J’ai vu sous mes yeux comme dans un dessin animé, passé en

accéléré, toute une vie. Il n’est pas difficile de sentir et de voir comment ce processus, me mène vers mon

vieillissement et ma mort. Cela fait un choc, car j’ai tendance à oublier ce processus, pourtant évident. J’ai vite fait de

vivre comme si j’étais éternel. Pourtant quand je regarde ma vie et que j’essaye d’anticiper mon futur la seule chose qui

me semble être sûre, c’est que je vais mourir. Et pourtant, je continue à penser, quelque part, que je suis éternel. Au

plus profond de moi, je sens que je suis éternel. Je suis convaincu de mon éternité. C’est vraiment un étrange

paradoxe.


L’autre sentiment étrange c’est que je suis aussi les animaux, les végétaux, les pierres. Je suis le Cosmos tout entier.

Plus étrange encore, j’ai le sentiment d’être tous les temps. Finalement j’ai le sentiment de communier avec la totalité,

d’être la totalité de tout ce qui est, a été et sera. Tout cela vit en moi avec une présence extraordinaire. Finalement, j’ai

le sentiment que la seule chose qui existe vraiment, c’est cette totalité atemporelle, qui est pour moi, la substance de

(ce que j’ai tendance a appelé) Dieux et qui est aussi finalement ma propre substance.


Par ailleurs, ce travail historique m’a montré combien, d’année en année, j’étais différent, psychologiquement et

physiquement. Chaque année, je suis ailleurs, c’est étrange ! 


L’autre chose qui me semble vraiment curieuse c’est ma

manière de revenir sans cesse sur les mêmes sujets et pourtant d’oublier entre temps que ce sont des sujets sur lesquels

je reviens toujours. Je reviens dessus en ayant l’impression de les découvrir pour la première fois. Ces sujets

s’élaborent finalement tout au long de ma vie comme des ritournelles. Ces sujets sont : la vie, la mort, la vérité, Dieux,

les sentiments qui me traversent, l’illumination ; l’infinie distance de tout et son infinie proximité.


J’ai le sentiment que le temps passant je suis moins à fleur de peau et petit à petit je découvre « mes modes

d’emplois ». Je comprends mieux ce qui me convient et je m’accepte tel que je suis. Le travail que mon père a fait sur

nos origines russes m’a beaucoup apporté car beaucoup de traits de mon caractère son typiquement russes et je

comprends mieux mon sentiment de décalage dans le contexte Français. Par exemple, j’ai en moi un mélange de

violence, de mysticisme et de sauvagerie qui me semble être typique du sang cosaque qui coule dans mes veines.

Je suis rempli de grands espaces et de destins farouches taillés dans la fièvre de combats sans merci. J’ai

l’impression d’avoir toujours dû subir l’horrible stress : devoir faire des politesses dans un salon de thé en m’inventant

une identité de vieille dame polie. Mais mon identité de guerrier cosaque me fait peur et je ne sais pas comment vivre

cette identité sauf dans des situations limites qui sortent de l’ordinaire.


Je me suis mis au travail de cette biographie avec passion et facilité ensuite, j’ai eu un moment de nausée, un peu

comme un plat un peu trop consommé et puis finalement en creusant mon sujet le plus objectivement possible, j’ai eu

l’impression de traverser le miroir et de découvrir un étranger. Cet étranger est vraiment curieux. Toute ma vie

ressemble à un voyage dans un monde inconnu dont la logique m’échappe, cependant manifestement il y a une

logique, comme un message secret qu’il faut décoder. La logique change d’instant en instant et le jeu consiste à surfer

sur la vague de chaque instant dans sa singularité.


Je crois que ma vie a été très marquée par mon rapport à ma mère. Ma mère m’a très tôt parlé avec beaucoup

d’empathie et j’ai développé un rapport fusionnel avec elle. Elle n’était pas très heureuse avec mon père et dès l’age de

cinq ans, j’ai eu le sentiment qu’il fallait que je la sauve. Nous avons développé un rapport incestueux, dans la mesure

où, au lieu de rester un enfant, j’ai été projeté très tôt dans sa problématique d’adulte, en prenant le rôle de confident

et de « mari compréhensif » par procuration. Cela m’a déstabilisé en me faisant sortir de l’enfance précocement tout

t’en me maintenant dans une relation de fusion avec la problématique de ma mère. 


Mon père était souvent absent et

quand il était là, il était fatigué et parfois violent. Je me souviens de nombreuses fessées. Nous faisions trop de bruits !

Je crois que ce viol affectif par ma mère et l’absence de mon père a généré beaucoup de souffrances. Une grande

difficulté à exister, un mysticisme fusionnel avec Dieu en temps qu’ultime réalité maternante. 


J’ai un vertige morbide

de l’anéantissement dans l’infini. J’ai dû reconstruire mon devenir morceau par morceau en m’inventant un père, à

travers ma capacité à penser le monde. En me sauvant de mon désir d’anéantissement, j’ai finalement inventé une

logique pour comprendre le monde. J’ai le sentiment, à tort ou à raison, d’avoir découvert des bribes annonciatrices

des civilisations futures. Dans ma souffrance, j’ai trouvé des dons de création qui ont transformé ma vie en un

processus inattendu de dévoilement des mystères du monde. 


Comme un enfant ébahi, entre passion et désespoir, je crée sur le fil du rasoir, une vie dont le sens est un poème. Ecorché vif j’apprends à aimer ce destin à fleur de peau qui m’a révélé la couleur du sang des Dieux.


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