Résumé
La théorie des Champs de Réalité de Michel Saloff-Coste, dont la formulation initiale remonte à l'expérience fondatrice du ministère de la Recherche en 1986, a connu une maturation intellectuelle de quatre décennies. Cet article en retrace la genèse biographique et conceptuelle – depuis la révélation proustienne d'une réalité stratifiée jusqu'à l'armature deleuzienne des systèmes de signes. Il distingue deux moments dans son élaboration : le premier (1990), contenu dans Management systémique de la complexité, élabore une « grammaire » opérationnelle destinée aux acteurs économiques et politiques ; le second (2026), exposé dans deux publications de juillet 2026, transforme cette grammaire en une épistémologie prospective de plein droit, en récusant la hiérarchie implicite des niveaux au profit d'une circulation récursive, et en définissant le Vide comme une « dimension de non-clôture » et une disponibilité générative. Nous démontrons que ce geste théorique, nourri par les apports de Gilbert Simondon sur la métastabilité, permet à Saloff-Coste de se démarquer à la fois du constructivisme radical de von Foerster et de l'ontologie plate de Latour. L'actualité de ce cadre est testée sur l'irruption des IA génératives dans les champs professionnels, qui révèlent la nécessité vitale de maintenir la circulation entre les strates du réel.
Mots-clés : Champs de Réalité, Michel Saloff-Coste, épistémologie systémique, métastabilité, Gilbert Simondon, disponibilité générative, prospective, intelligence artificielle, constructivisme, Deleuze, Proust.
