Paris, vers 1977. Je ne saurais plus dire exactement où Richard Pinhas m’avait donné rendez-vous, ni même si c’était vraiment un rendez-vous. À cette époque, les rencontres importantes commençaient souvent sans prévenir. On entrait chez quelqu’un pour écouter un disque, on parlait toute la nuit, puis on ressortait avec une autre idée du monde.
Richard me fit écouter sa musique. Voir l'album Rhizossphere 1977 . Ce n’était déjà plus tout à fait du rock, pas davantage de la musique électronique au sens où on l’entendait alors. La guitare ne racontait rien, elle creusait l’espace. Les synthétiseurs produisaient des nappes, des boucles, des bifurcations. La musique avançait sans centre, revenait sur elle-même, changeait de direction, proliférait. Je ne connaissais pas encore le mot qui permettrait de comprendre cette construction, mais je l’entendais déjà : rhizomatique.