2026/05/10

2026 05 10 Vie de Michel Saloff-Coste écrit a la première personne a la manière d'un poème de Rimbaud sous forme de sonet






NAISSANCE

Je naquis dans Paris, sous les plafonds d’orage,
Parmi l’or des tableaux, les icônes du feu ;
L’enfance avait l’odeur d’un monastère bleu,
Et Dieu marchait pieds nus dans mon premier visage.

J’ai bu dans Fontenay le silence sauvage,
J’ai griffé l’absolu sur des cahiers fiévreux ;
Rimbaud brûlait mes nuits, et mes rêves nerveux
Fendaient l’école en croix d’un lumineux naufrage.

Puis Paris m’avala — ses néons, ses enfers —
Warhol, Deleuze, Babel, les futurs entrouverts ;
Je peignais l’invisible au bord des capitales.

Prophète aux mains de suie, arpenteur d’horizons,
J’ai cherché dans le monde, au cœur des mutations,
L’homme à venir debout sous les nuits fractales.

IVRESSE

J’ai couru les métros comme on traverse un songe,
Le Palace était temple aux vitraux de stupeur ;
Sous les flashs du siècle et l’acier des pudeurs,
Je volais du futur dans les miroirs du mensonge.

J’ai dormi dans New York comme en une fleur d’éponge,
Avec l’ombre argentée des saints de la rumeur ;
J’y vis l’art consumé devenir sa vapeur,
Et l’homme en néon froid sous l’empire du change.

Alors je pris la route où l’esprit bat plus fort :
Ministères, déserts, conseils, naissances, ports ;
Je fis du chaos même une méthode ardente.

Car je voulais unir la machine et le lys,
L’économie brutale aux semences d’esprit,
Et planter l’avenir dans la faille du temps.

SILICIUM

J’ai sondé les écrans, les peuples, les empires,
Les réseaux de silicium, les marchés sans sommeil ;
J’ai vu l’ancien pouvoir vaciller au soleil
Des codes enfantés dans l’acier des désirs.

J’ai porté dans ma voix mille éclats à saisir :
L’écologie blessée, l’homme, et son grand réveil ;
Je cherchais l’unité sous le multiple orgueil,
L’arbre dans le chaos, l’âme au cœur des circuits.

J’ai fondé des vaisseaux de pensée et d’aurore,
Club, livres, continents — pour qu’un monde explore
Ses propres profondeurs au miroir planétaire.

Et toujours l’enfant peint sous mes tempes demeure,
Celui qui voit dans l’art la première lueur,
L’œuf sacré du cosmos fendu dans la matière.

DEMAIN

Je vieillis sans vieillir — car mes fièvres nomades
Boivent encore aux torrents des possibles ouverts ;
Je marche avec demain dans mes songes d’hiver,
Comme un veilleur d’étoiles aux frontières des mondes.

J’ai connu les splendeurs, les doutes, les ruades,
Les palais du savoir, les silences amers ;
Mais je garde en mon sang des alphabets de mers,
Et des soleils brisés dans mes mains vagabondes.

Je suis fils du chaos, du pinceau, du cristal,
Un passeur de saisons, un artisan fractal,
Qui relie par l’esprit la cité, l’homme et l’ange.

Et lorsque tombera ma parole de feu,
Qu’on lise dans mes toiles et mes livres fiévreux :
J’aimai trop l’avenir pour n’être qu’un seul âge.

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