1976/01/01

1976 01 01 Crucifixion en tant qu'ascèse

 Je reviens sur les termes de cette crucifixion en tant qu'ascèse. Le chemin de croix de cette crucifixion, bien qu'elle soit unique, est pour chacun de nous, différent car nous sommes chacun perdu à un point différent de la circonférence.

 

Nous avons choisi chacun, pour nous enfoncer, des pôles différents parmi les multiples contradictions de ce monde. Le chemin de retour vers la maison du père ne peut donc se faire que dans la solitude. Chacun de nos frères a infiniment à nous donner dans sa différence en tant qu'il nous remet en question et fait surgir la contradiction dont nous avions oublié un des pôles et est terriblement dangereux dans la mesure où il nous comprend. En fait, il faut aimer nos ennemis plus que nos amis car nos amis nous tuent et nos ennemis nous donnent la vie. Dans le monde formel, il ne saurait y avoir d'accord sinon mortel. Il n'y a de communion qu'au centre dans la maison du père. L'union, la communion, tout, tant que l'on n'a pas atteint ce centre, doit être vécu uniquement symboliquement Dès l'instant où elle se fait autour d'une idéologie, d'un but commun, elle devient au niveau spirituel négative, elle devient un confort comme si on était déjà arrivé.

 

Faut-il le rappeler ? Ce que nous appelons la communion est symbolisé avant tout par la mort du Christ. La distribution du pain est notre éparpillement. Nous ne communions justement que par la pleine conscience de cet éparpillement, dislocation du corps christique. Jésus ne nous laisse aucune idéologie autour de laquelle nous rassembler.

Constamment, au contraire, il réhabilite celui que l'on rejette idéologiquement : la prostituée, le samaritain, le dernier. Il rejet te ceux qui appliquent l'idéologie : le pharisien, le premier, etc…

 

Par la parabole du bon samaritain, il nous montre que notre prochain est celui qui est idéologiquement le plus éloigné de nous : celui qui nous recevra, c'est le samaritain et non le pharisien, si nous sommes de droite, c'est celui qui est à gauche, et si nous sommes à gauche, il est à droite ; et si nous sommes l'intellectuel perdu dans les nuées, celui qui fait un avec la terre. Mais en aucun cas, ce ne sera le chef de l'idéologie que nous suivons : lui nous perd si nous ne laissons pas les autres nous sauver. 

 

L'Église Catholique, je veux dire celle qui se montre aux yeux de tous, n'est que le reflet formel, et par là même déformé, du corps christique insaisissable que constituent ceux qui ont effectué une mise en croix authentique : ils nous attendent dans la joie au-delà de toutes les institutions, associations, sociétés formelles au centre de la maison du père qui est informelle. Seule notre idolâtrie de la forme nous empêche de les voir car ils sont aussi mêlés à notre vie de tous les jours que l'air que nous respirons.

 

Nous ne sommes loin d'eux que par notre laisser-aller, notre bonne conscience, notre confort. Malgré cela, plus que jamais, nous cherchons et tombons dans le confort idéologique et matériel. Nous nous y agrippons paranoïaquement, jetant de l'huile sur l'enfer. Nous préférons tuer l'autre, celui qui est différent, celui qui s'oppose plutôt que de le laisser nous réveiller et nous donner le pôle qui nous manque et qui, synthétisé avec le nôtre, nous fera dépasser la contradiction. La véritable force diabolique, c'est celle qui nous fait rester sur notre position paranoïaque, qui nous fait sentir comme agression le jaillissement même de la vie, nous faisant voir Satan alors que c'est Lucifer, le porteur de lumière qui vient à nous. Nous sommes à la fin d'un cycle : plus que jamais, l'arbre de la vie est luxuriant et nous appelle. Plus que jamais, nous chutons en voulant goûter à l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

La connaissance qui coupe en deux le monde, le disperse. Le fruit nous fait chuter parce qu'il pose un faux problème dont la résolution obligatoirement fausse nous éloigne de la source de la vie. L'homme à travers les multiples idéologies qui se développent à l'heure actuelle, n'a jamais autant cru arriver à la connaissance du bien et du mal que maintenant et pourtant le monde n'a jamais été aussi proche de sa fin.

Celui qui dit ceci est mal et ceci est bien, celui-là chute car il goûte à la connaissance du fruit du bien et du mal. Le mal, c'est notre terrible aveuglement qui nous fait confondre l'arbre de vie avec l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Le bien, c'est quand, au-delà de toute idéologie du bien et du mal, nous accédons à la source de la vie et arrêtons d'obscurcir l'homme par nos religions. Mais le bien, c'est aussi le jaillissement effréné de la vie par le développement de toutes nos illusions qui sont autant de possibles de Dieu.

 

Le mal, c'est aussi celui qui arrête le jaillissement effréné de toutes les illusions, qui glorifient, chacune, une facette de Dieu.

 

En vérité, il n'y a qu'un monde. Pour les morts, ce monde n'est que contradiction, putréfaction et ténèbres. Ils sont rongés par le ver de la connaissance et il leur faut apprendre la vie par ce ver, gagner leur pain à la sueur de leur front.

 

Pour les vivants, ce monde est une immense symphonie et tous sont dans la jubilation. Les morts doivent cesser de s'enterrer dans leur confort ; la bêtise, le parti pris, ils s'exténuent à rejeter la lumière en nommant Satan et par là-même, goûtent orgueilleusement aux fruits de l'arbre de la connaissance au lieu de laisser pousser en eux l'arbre de la vie. L'homme primordial est le fruit de la connaissance du bien et du mal. L'homme qui mange ce fruit au lieu de le laisser pousser en lui, chute, meurt tout simplement parce qu'il se dévore lui-même. Nous n'avons pas à juger du bien et du mal tant que nous sommes loin du centre. Et pourtant, nous avons besoin de juger du bien et du mal que tant que nous ne sommes pas au centre. Car au centre, tout est bien.

 

En vérité, ce qui est bon pour nous, c’est tout ce que nous rejetons et ce qui nous semble mauvais. A la fois apprendre ce qui est à faire et à aimer ce que nous rejetons. Le Christ est insaisissable parce qu'l n'est absolument rien qu'il n'est aimé. Il a aimé chaque homme et chaque femme, les vivants et les morts, la lumière que donnent les morts aux vivants, l'obscurité dans laquelle restent les vivants pour les morts. Il a tout aimé parce qu'il a tout vécu et par là-même, a tout fait. Dès l'instant où je deviens réellement créateur, je m'aperçois que ce que je construis ainsi est en absolue harmonie avec le monde.

 

Le monde se crée à mon image et je me crée à l'image du monde. Au fond de moi, il y a Dieu et au fond du monde, il y a Dieu : tout est harmonie par Dieu ; il n'y a qu'à jouir : Dieu jouit, le monde jouit, je jouis. Il n'y a que les morts pour ne pas voir ça. Ils sont la semence que produit cette jouissance déposée dans la terre pour devenir en florissant le lieu de la jouissance à venir. Les morts sont des graines appelées à se dresser et à fleurir. 

 

La chute, c'est la graine qui tombe de la fleur, c’est la fleur de la plante qu’a donnée la graine.

 

Nous sommes conscients : sous la terre, là, s'enfonce la graine, c'est en enfer. Bien peu de graines survivent. Quelques-unes grandissent et se lèvent: alors apparaît la lumière.

 

Enfin la plante fleurit et c’est la plénitude de lumière : toute la création est un symbole et montre le chemin de l’homme. Nous sommes la semence de dieu, nous devions croître, grandir, sans jamais nous arrêter en essayant de comprendre et d’aimer tout ce qui se donne à nous. Chaque évènement, les meilleurs comme les pires, sont une nourriture spirituelle que nous offre Dieu. Chaque évènement, même s'il semble concerner tous les autres, est préparé exprès pour nous ; absolument rien n'est laissé au hasard par Dieu. Il faut avoir ses sens éveillés, toute l'intelligence, tout ce que nous pouvons posséder individuellement comme qualité pour saisir les occasions. Chacun a sa chance, rien n'est déterminé bien que tout soit déjà écrit. Chacun doit se centrer sur son propre cheminement, comprendre les autres, sans pour ça rejeter son acquis, savoir que c'est celui qui lui semble le plus satanique qui a encore le plus à lui apprendre. Ne pas forcer les autres à rentrer dans le même chemin que nous, nous transformant alors en Satan pour l’autre; dans les années qui vont venir, la majorité va faire exactement le contraire de tout cela et ce sera bien malgré que ceux qui le feront en souffriront terriblement : eux seuls seront une cause de l'enfer dans lequel ils vivront.

 

Les contradictions vont devenir de plus en plus effrayantes. L'agressivité va se généraliser car tous seront terrorisés par ces contradictions mêmes. Non contents d'être décentrés en ayant nié un terme de l'équilibre. Ils voudront détruire définitivement cet autre terme de la face de terre.

 

Pourquoi tout cela ? Parce que l'homme atteint le plus bas de sa chute le fils est très loin du père, la droite s'éloigne à droite, la gauche à gauche, le bas atteint son bas, le haut s'élève. Le monde même est crucifié : c'est une crucifixion de gloire; la crucifixion n’est déchirement qu’au niveau du monde physique, déchirement du corps du Christ, de l’humanité , déchirement de la terre ; mais ce qui est explosion au niveau du corps est implosion au niveau de l'esprit. Dans l'anarchie absolue, tout ce qui n'est pas au centre ne peut pas survivre. La putréfaction est le plus grand appel à cesser de mourir pour vivre. Rien de ce qui est formel ne peut, en dernière analyse, être bon. Seul Dieu est bon et parce que Dieu est parfaitement bon, toute la création est bonne ; mais chaque partie en soi, en tant qu'elle se sépare de Dieu, devient mauvaise.

 

L'amour de l'autre, de celui qui est le plus loin de nous, nous permet seul de comprendre, de prendre avec, le pôle qui, en nous manquant, fait que nous nous enfoncions dans l'obscurité du déséquilibre : c'est aussi la seule chose que nous puissions faire pour l'autre.

 

En effet, sentir que nous sommes aimés tels que nous sommes, crée la sécurité dans laquelle peut s'opérer la découverte de ce qui nous manque. Constamment, nous nous branchons à l'envers, nous demandons à l'autre de nous aimer en lui jetant à la figure tout ce qui lui manque. En faisant ça, nous nous fermons à l'immense amour de Dieu et nous enfonçons l'autre dans le sentiment d'insécurité qui va lui faire rejeter pour jamais ce que nous pourrions lui apporter.

1975/05/01

CARNETS A DESSIN


Sketch book by Michel Saloff Coste

"TOUS CES GENS QUI COURENT VERS MOI"


Entre 1970 et 1980 j'avais l'habitude de m'exprimer dans des petits carnet à dessins auxquelles
j'ai confié mes pensées, mes poèmes et mes dessins de vie.
Il y en a environ 30 carnets de cette époque.

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Between 1970 and 1980 I used to illustrate little sketch books showing my thoughts,
my poems and drawings telling my life.
There are about 30 sketch books of this kind from these years.

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Zwischen 1970 und 1980 habe ich regelmaessig Skizzenbuecher verwendet, um meine
Gedanken, Ueberlegungen, meine Gedichte und meine Zeichnungen festzuhalten.
Es bestehen ca. 30 dieser kleinen Buecher aus dieser Zeit.

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Envoyé par nextedition dans MICHEL SALOFF COSTE GALLERY le 5/24/2012 02:01:00 AM

1975/01/01

1975



Suite des études à l'ENSBA et à l'Université de Vincennes. Première exposition personnelle dans le cadre de la Galerie Françoise Théret à Paris de vingt peintures à l'huile sur toile. Exploration des œuvres de Jean Baudrillard, Félix Guattari, Claude Lévi-Strauss, René Guénon, Mircea Eliade, Carlos Castaneda, Ivan Illich, Michel Foucault. C'est au cours de cette année que ma vision du monde, que l'on pourrait appeler "moderne", éclate en morceaux ; des morceaux dont, depuis, j'ai perdu un certain nombre. Je comprends alors que la modernité est morte, il y a déjà longtemps, sans doute quelques années après ma naissance. 

Comment appeler ce chevauchement de tous les temps et de tous les espaces ? 

Comment désigner l'éclatement et la relativisation de tous les systèmes de représentation les uns par les autres et la fin de l'illusion d'un métadiscours. Après une période semi figurative, ma peinture devient de plus en plus abstraite et expressionniste." 



l'huile sur toile. Exploration des œuvres de Jean Baudrillard, Félix Guattari, Claude Lévi‐

 Anniversaire à Montbard le 28 juin 1975 avec de gauche à droite : Olivia, Michel, Patrick, Jean Louis, Patrick, Raphael, Inna.



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POESIE



8 Février 1975

Je voyage

Mais le paysage où je voyage reste.

Il reste à travers tout une harmonie,

A mesure que s'accumulent les mondes,

C'est là où tout se retrouve.

C'est là où je te retrouverai toujours

..... éternellement

 

Avril 1975

Il y a des choses que l'on ne peut qu'écrire, 

Et il faut limiter petit à petit

Ce qu'on écrit à celles là.

Il y a des choses

Que l'on ne peut que peindre

Et ce sont elles seules qui méritent

D'être peintes.

C'est le seul moyen d'enlever

Tout alibi plastique à la littérature

Et tout alibi littéraire à la peinture

C'est le seul moyen de rendre

Immédiatement coloré

Ce que l'on écrit,

Et immédiatement lisible

Ce que l'on peint

 

5 Juillet 1975

 Surtout le soir quand il pleut

Dehors, la chambre se peuple

De corps blancs aux hanches

Entrouvertes comme des portes,

Et emboîtées comme des boites marines

Mes yeux parcourent des chemins

De courbe. Et une chaleur

Profonde monte au fond de ma poitrine.

J'attends le soir avec une attention soutenue. 

Comme si chaque seconde

Etait un grain de sable qui

S'effilochait de mon cerveau.

Et la nuit tombe comme un couvercle

Sur un faire-part noir et rose.



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PEINTURE
















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Strauss, René Guénon, Mircea Eliade, Carlos Castaneda, Ivan Illich, Michel Foucault. C'est

CAHIER 

Août 75 

 

PARANOIA POSITIVE ; Élaboration d'un nouveau mode d'être.

-Conceptualisation.

-territorialisation

-intériorisation de l'expérience

-objectivation du mode d'être

-développement de l'objectivité

-recherche de l'existant

 

SCHIZOPHRENIE POSITIVE: Plonger dans de nouveaux modes d'existence.

- expérimentation

-déterritorialisation

-relativisation des concepts anciens

-développement de la subjectivité

-recherche de l'Être

 

PARANOIA NEGATIVE : Crispation sur un mode d’être 

- refus des modes d'existence en tant que lieux d'expérience.

-tendance à trouver constamment que le mode d'existence est persécuteur.

-refus de la subjectivité

-errance dans le non existant

 

SCHIZOPHRENIE NÉGATIVE : Abandon au flux disjonctif des modes d'existence

-dislocation du mode d'être

-perte de la notion du moi

-refus de l'objectivité

-errance dans le non être.

 

Il est intéressant de voir que la schizophrénie positive et la paranoïa positive se différencient essentiellement de celles considérées comme négatives par le lien qu'elles ont avec la réalité.

 

La schizo négative n'apparait habituellement que dans la mesure où l'individu se déconnecte de la réalité, ou plutôt n'essaye pas de trouver cette trame entre toutes choses qui nous permet de distinguer la réalité.

Il tombe alors le flux informel qui produit toute réalité. Il est de tous les temps, de tous les êtres, et perd son moi.

 

Si la schizo négative est en quelque sorte évaporation, le para négatif est condensation excessive : Une condensation du moi sur lui-même. Une crispation convulsive sur la "réalité" qui correspond à ce moi.

Un refus systématique de vivre tout autre "réalité" que cette réalité concentrationnaire.

 

Il faut distinguer :

La schizo positive de l'être par expérimentation de multiples modes d'existence.

La schizo négative de l'être qui se disloque et met l'être en errance aveugle sous l'aiguillon des modes d'existence.

La I° aboutit à une intériorisation plus large de la substance, l’autre à un abandon au flux disjonctif de l’existant ; le mode d'existence n'est plus intériorisé, il imprègne tout

l'être.

 

De même, il faut distinguer : la paranoiaquisation P. du mode d'existence par objectivation du mode d'être, et la paranoiaquisation N. au mode d'existence par projection du moi persécuteur sur le monde extérieur.

 

La I° aboutit à la production d'objets rendent compte du mode d'être. L'autre À la transformation fantasmique de la réalité extérieure en grande persécutrice

 

La schizo. P. efface le moi, l’épure jusqu’à l'essence de l'être, tandis que l'autre, négative, l'enfonce dans le chaos du non-être.

La pera.P. amène le moi à se sécuriser en s'objectivant et en élargissant existentiellement tandis que l'autre négative, amène le moi à se crisper sur lui-même, en se mettant dans une insécurité le plus en plus grande.

 

La paranoïa positive renforce la possibilité de schizo.P. La paranoïa nie la schizo .N.

 

A) Il me semble que la Schizo. N. se produit lorsque la subjectivation du mode d'existence devient difficile.

B) et la paranoïa N. lorsque l'objectivation du mode d'être devient difficile.

 

A) La subjectivation du mode d'existence est difficile veut dire :

Mode d'existence trop changeant paramètre trop complexe, mode d'existence non pré intériorisé par le culture.

L'individu se sent alors perdu dans le sens où son moi n'arrive plus à se définir, le mode d'être devient flou dans la mesure où il est intériorisation du mode d'existence et que cette intériorisation ne se fait plus.

 

B) L'objectivation du mode d'être est refusé à l'individu veut dire :

L'individu n'arrive plus à exister pour les autres.

Le regard des autres le saisit comme différent de ce qu'il estles autres refusent systématiquement qu'il fasse exister ce qu'il est.

Intérieurement il ressent un fossé immense entre lui et les autres ; entre sa manière de se saisir lui, et la manière dont se saisissent de lui les autres.

Les autres semblent vouloir constamment le nier, l'anéantir, dans la mesure où il ne "voit" pas son être.

 

Qu'est ce qui peut rendre l'objectivation ou la subjectivation difficile ?

Ce peut être les autres ou le sujet lui-même.

 

SHIZOPHRENIE.

 

Les autres, la société, dans la mesure où elle va se complexifier, devenir inconceptuelle, la culture en effritement, seront un terrain à la schizophrénie négative et à la schizo positive.

 

Mais aussi l'individu, dans la mesure où il met en pratique une paranoïa positive. Car cette paranoïa, cette objectivation de son mode d'être va constamment le plonger dans de nouveaux modes d'existence, non intériorisée.

 

Devant ces nouveaux modes d'existence, il lui faudra toujours, de nouveau choisir entre : soit une schizophrénie positive, élargissement de l'être au niveau du mode d'existence, soit une schizophrénie négative, déconnectage du mode d'existence, et dissolution du mode d'être.

 

 

 

 

PARANOÏA.

 

La société, les autres, dans la mesure où ils tendent à empêcher l'individu de s'exprimer, de faire exister son être.

 

Le sujet, dans la mesure ou à travers une schizophrénie positive, il va intérioriser de nouveaux modes d'être non encore objectivés.

Car dès lors, il va se trouver en casseur par rapport à tout ce qui l'entoure, ce qui tendra à nier de nouveaux modes d’être.

L'objectivation de ces nouveaux modes d'être sera d'autant plus difficile qu'il n'aura pas de précèdent. L'individu aura alors à choisir entre une paranoïa de fuite négative, en n’objectivant pas son mode d’être, ou une paranoïa positive et constructive en l’exprimant.

 

Il faut différencier :

les opérations factices, fantasmiques entre l’Être et l’Existant :

                 Projection du monde intérieur sur le monde extérieur.

                Imprégnation du monde intérieur par le monde extérieur. 

 

et les opérations authentiques réelles :

                 Objectivation du monde intérieur dans le monde extérieur.

                 Subjectivation, conceptualisation du monde extérieur dans le monde intérieur.

 

Les opérations factices ont la caractéristique de se faire toujours de manière inconsciente en deçà du sujet, de le machiner, de l'assujettir.

Elles tissent les chaines illusoires qui enchainent pourtant réellement chacun de nous.

Les opérations authentiques ne se font au contraire que par la volonté du sujet. Elles sont le lien et le moyen de sa liberté, le moyen de sortir de son assujettissement, de se poser en tant que sujet réel.

 

Le paranoïaque, c'est simplement un individu normal qui cesse de lutter contre ses fantasmes de persécution et laisse son monde intérieur d'homme normal, moderne, rétroactif, coupable, se déverser sur le monde extérieur et le noircir.

 

Le schizophrène c'est simplement un individu normal qui cesse de lutter sans cesse pour préserver son moi au milieu du devenir schizophrénique du monde moderne.

 

L'individu normal, c'est un individu qui refoule le jeu schizoïde du socius, et rejette aux tréfonds de son conscient les fantasmes de persécution que produit ce refoulement de son expérience.

 

L'individu moderne est névrosé, territorialisé artificiellement dans son œdipe, dans ses idées préconçues, dans sa "réalité" de prisunic.

L'effritement disjonctif du monde moderne, son angoisse grandissante de perdre pied, augmente les poussées schizoïdes en lui et sa tendance à la paranoïa. Pour s'en sortir, il n'a comme solution que d'être le plus absent a lui-même.

Il s'accroche aux conceptualisations et aux objectivations toutes prêtes.

Et par un terrible catharsis, s'y tient.

Contre tout bon sens, il sera accroché à cette soi-disant "réalité". Pendant ce temps, il sera machiné, assujetti par la machine, par son inconscient jusqu'à en crever.

 

A mesure que le socius se schizophrénise, la seule solution est celle du créateur, du "génie" au sens propre du terme.

C'est à dire vivre sa paranoïa et sa schizophrénie mais d'une manière positive : en s'exprimant, en objectivant son monde intérieur dans le monde extérieur - développement de l'expression - et en faisant un énorme effort pour l’intérioriser ; et conceptualiser le jeu de plus en plus complexe de la substance du monde. (Sans jamais prendre le concept pour la réalité)

 

Alors par ce double processus d'objectivation et de subjectivation l'individu prend conscience des "machineries" intérieures et extérieures qui l'assujettissent.

Il prend pouvoir sur elles.

Il peut découvrir de nouvelles manières d'intérioriser l'Existant, d'exprimer l'Etre.

 

au cours de cette année que ma vision du monde, que l'on pourrait appeler "moderne", éclate en morceaux ; des morceaux dont, depuis, j'ai perdu un certain nombre. Je comprends alors que la modernité est morte, il y a déjà longtemps, sans doute quelques années après ma naissance. Comment appeler ce chevauchement de tous les temps et de tous les espaces ? Comment désigner l'éclatement et la relativisation de tous les systèmes de représentation les uns par les autres et la fin de l'illusion d'un métadiscours. Après une période semi figurative, ma peinture devient de plus en plus abstraite et expressionniste." personnelle dans le cadre de la Galerie Françoise Théret à Paris de vingt peintures à l'huile sur toile. Exploration des œuvres de Jean Baudrillard, Félix Guattari, Claude Lévi‐ Strauss, René Guénon, Mircea Eliade, Carlos Castaneda, Ivan Illich, Michel Foucault. C'est au cours de cette année que ma vision du monde, que l'on pourrait appeler "moderne", éclate en morceaux ; des morceaux dont, depuis, j'ai perdu un certain nombre. Je comprends alors que la modernité est morte, il y a déjà longtemps, sans doute quelques années après ma naissance. Comment appeler ce chevauchement de tous les temps et de tous les espaces ? Comment désigner l'éclatement et la relativisation de tous les systèmes de représentation les uns par les autres et la fin de l'illusion d'un métadiscours. Après une période semi figurative, ma peinture devient de plus en plus abstraite et expressionniste."