1975/05/01

CARNETS A DESSIN


Sketch book by Michel Saloff Coste

"TOUS CES GENS QUI COURENT VERS MOI"


Entre 1970 et 1980 j'avais l'habitude de m'exprimer dans des petits carnet à dessins auxquelles
j'ai confié mes pensées, mes poèmes et mes dessins de vie.
Il y en a environ 30 carnets de cette époque.

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Between 1970 and 1980 I used to illustrate little sketch books showing my thoughts,
my poems and drawings telling my life.
There are about 30 sketch books of this kind from these years.

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Zwischen 1970 und 1980 habe ich regelmaessig Skizzenbuecher verwendet, um meine
Gedanken, Ueberlegungen, meine Gedichte und meine Zeichnungen festzuhalten.
Es bestehen ca. 30 dieser kleinen Buecher aus dieser Zeit.

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Envoyé par nextedition dans MICHEL SALOFF COSTE GALLERY le 5/24/2012 02:01:00 AM

1975/01/01

1975



Suite des études à l'ENSBA et à l'Université de Vincennes. Première exposition personnelle dans le cadre de la Galerie Françoise Théret à Paris de vingt peintures à l'huile sur toile. Exploration des œuvres de Jean Baudrillard, Félix Guattari, Claude Lévi-Strauss, René Guénon, Mircea Eliade, Carlos Castaneda, Ivan Illich, Michel Foucault. C'est au cours de cette année que ma vision du monde, que l'on pourrait appeler "moderne", éclate en morceaux ; des morceaux dont, depuis, j'ai perdu un certain nombre. Je comprends alors que la modernité est morte, il y a déjà longtemps, sans doute quelques années après ma naissance. 

Comment appeler ce chevauchement de tous les temps et de tous les espaces ? 

Comment désigner l'éclatement et la relativisation de tous les systèmes de représentation les uns par les autres et la fin de l'illusion d'un métadiscours. Après une période semi figurative, ma peinture devient de plus en plus abstraite et expressionniste." 



l'huile sur toile. Exploration des œuvres de Jean Baudrillard, Félix Guattari, Claude Lévi‐

 Anniversaire à Montbard le 28 juin 1975 avec de gauche à droite : Olivia, Michel, Patrick, Jean Louis, Patrick, Raphael, Inna.



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POESIE



8 Février 1975

Je voyage

Mais le paysage où je voyage reste.

Il reste à travers tout une harmonie,

A mesure que s'accumulent les mondes,

C'est là où tout se retrouve.

C'est là où je te retrouverai toujours

..... éternellement

 

Avril 1975

Il y a des choses que l'on ne peut qu'écrire, 

Et il faut limiter petit à petit

Ce qu'on écrit à celles là.

Il y a des choses

Que l'on ne peut que peindre

Et ce sont elles seules qui méritent

D'être peintes.

C'est le seul moyen d'enlever

Tout alibi plastique à la littérature

Et tout alibi littéraire à la peinture

C'est le seul moyen de rendre

Immédiatement coloré

Ce que l'on écrit,

Et immédiatement lisible

Ce que l'on peint

 

5 Juillet 1975

 Surtout le soir quand il pleut

Dehors, la chambre se peuple

De corps blancs aux hanches

Entrouvertes comme des portes,

Et emboîtées comme des boites marines

Mes yeux parcourent des chemins

De courbe. Et une chaleur

Profonde monte au fond de ma poitrine.

J'attends le soir avec une attention soutenue. 

Comme si chaque seconde

Etait un grain de sable qui

S'effilochait de mon cerveau.

Et la nuit tombe comme un couvercle

Sur un faire-part noir et rose.



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PEINTURE
















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Strauss, René Guénon, Mircea Eliade, Carlos Castaneda, Ivan Illich, Michel Foucault. C'est

CAHIER 

Août 75 

 

PARANOIA POSITIVE ; Élaboration d'un nouveau mode d'être.

-Conceptualisation.

-territorialisation

-intériorisation de l'expérience

-objectivation du mode d'être

-développement de l'objectivité

-recherche de l'existant

 

SCHIZOPHRENIE POSITIVE: Plonger dans de nouveaux modes d'existence.

- expérimentation

-déterritorialisation

-relativisation des concepts anciens

-développement de la subjectivité

-recherche de l'Être

 

PARANOIA NEGATIVE : Crispation sur un mode d’être 

- refus des modes d'existence en tant que lieux d'expérience.

-tendance à trouver constamment que le mode d'existence est persécuteur.

-refus de la subjectivité

-errance dans le non existant

 

SCHIZOPHRENIE NÉGATIVE : Abandon au flux disjonctif des modes d'existence

-dislocation du mode d'être

-perte de la notion du moi

-refus de l'objectivité

-errance dans le non être.

 

Il est intéressant de voir que la schizophrénie positive et la paranoïa positive se différencient essentiellement de celles considérées comme négatives par le lien qu'elles ont avec la réalité.

 

La schizo négative n'apparait habituellement que dans la mesure où l'individu se déconnecte de la réalité, ou plutôt n'essaye pas de trouver cette trame entre toutes choses qui nous permet de distinguer la réalité.

Il tombe alors le flux informel qui produit toute réalité. Il est de tous les temps, de tous les êtres, et perd son moi.

 

Si la schizo négative est en quelque sorte évaporation, le para négatif est condensation excessive : Une condensation du moi sur lui-même. Une crispation convulsive sur la "réalité" qui correspond à ce moi.

Un refus systématique de vivre tout autre "réalité" que cette réalité concentrationnaire.

 

Il faut distinguer :

La schizo positive de l'être par expérimentation de multiples modes d'existence.

La schizo négative de l'être qui se disloque et met l'être en errance aveugle sous l'aiguillon des modes d'existence.

La I° aboutit à une intériorisation plus large de la substance, l’autre à un abandon au flux disjonctif de l’existant ; le mode d'existence n'est plus intériorisé, il imprègne tout

l'être.

 

De même, il faut distinguer : la paranoiaquisation P. du mode d'existence par objectivation du mode d'être, et la paranoiaquisation N. au mode d'existence par projection du moi persécuteur sur le monde extérieur.

 

La I° aboutit à la production d'objets rendent compte du mode d'être. L'autre À la transformation fantasmique de la réalité extérieure en grande persécutrice

 

La schizo. P. efface le moi, l’épure jusqu’à l'essence de l'être, tandis que l'autre, négative, l'enfonce dans le chaos du non-être.

La pera.P. amène le moi à se sécuriser en s'objectivant et en élargissant existentiellement tandis que l'autre négative, amène le moi à se crisper sur lui-même, en se mettant dans une insécurité le plus en plus grande.

 

La paranoïa positive renforce la possibilité de schizo.P. La paranoïa nie la schizo .N.

 

A) Il me semble que la Schizo. N. se produit lorsque la subjectivation du mode d'existence devient difficile.

B) et la paranoïa N. lorsque l'objectivation du mode d'être devient difficile.

 

A) La subjectivation du mode d'existence est difficile veut dire :

Mode d'existence trop changeant paramètre trop complexe, mode d'existence non pré intériorisé par le culture.

L'individu se sent alors perdu dans le sens où son moi n'arrive plus à se définir, le mode d'être devient flou dans la mesure où il est intériorisation du mode d'existence et que cette intériorisation ne se fait plus.

 

B) L'objectivation du mode d'être est refusé à l'individu veut dire :

L'individu n'arrive plus à exister pour les autres.

Le regard des autres le saisit comme différent de ce qu'il estles autres refusent systématiquement qu'il fasse exister ce qu'il est.

Intérieurement il ressent un fossé immense entre lui et les autres ; entre sa manière de se saisir lui, et la manière dont se saisissent de lui les autres.

Les autres semblent vouloir constamment le nier, l'anéantir, dans la mesure où il ne "voit" pas son être.

 

Qu'est ce qui peut rendre l'objectivation ou la subjectivation difficile ?

Ce peut être les autres ou le sujet lui-même.

 

SHIZOPHRENIE.

 

Les autres, la société, dans la mesure où elle va se complexifier, devenir inconceptuelle, la culture en effritement, seront un terrain à la schizophrénie négative et à la schizo positive.

 

Mais aussi l'individu, dans la mesure où il met en pratique une paranoïa positive. Car cette paranoïa, cette objectivation de son mode d'être va constamment le plonger dans de nouveaux modes d'existence, non intériorisée.

 

Devant ces nouveaux modes d'existence, il lui faudra toujours, de nouveau choisir entre : soit une schizophrénie positive, élargissement de l'être au niveau du mode d'existence, soit une schizophrénie négative, déconnectage du mode d'existence, et dissolution du mode d'être.

 

 

 

 

PARANOÏA.

 

La société, les autres, dans la mesure où ils tendent à empêcher l'individu de s'exprimer, de faire exister son être.

 

Le sujet, dans la mesure ou à travers une schizophrénie positive, il va intérioriser de nouveaux modes d'être non encore objectivés.

Car dès lors, il va se trouver en casseur par rapport à tout ce qui l'entoure, ce qui tendra à nier de nouveaux modes d’être.

L'objectivation de ces nouveaux modes d'être sera d'autant plus difficile qu'il n'aura pas de précèdent. L'individu aura alors à choisir entre une paranoïa de fuite négative, en n’objectivant pas son mode d’être, ou une paranoïa positive et constructive en l’exprimant.

 

Il faut différencier :

les opérations factices, fantasmiques entre l’Être et l’Existant :

                 Projection du monde intérieur sur le monde extérieur.

                Imprégnation du monde intérieur par le monde extérieur. 

 

et les opérations authentiques réelles :

                 Objectivation du monde intérieur dans le monde extérieur.

                 Subjectivation, conceptualisation du monde extérieur dans le monde intérieur.

 

Les opérations factices ont la caractéristique de se faire toujours de manière inconsciente en deçà du sujet, de le machiner, de l'assujettir.

Elles tissent les chaines illusoires qui enchainent pourtant réellement chacun de nous.

Les opérations authentiques ne se font au contraire que par la volonté du sujet. Elles sont le lien et le moyen de sa liberté, le moyen de sortir de son assujettissement, de se poser en tant que sujet réel.

 

Le paranoïaque, c'est simplement un individu normal qui cesse de lutter contre ses fantasmes de persécution et laisse son monde intérieur d'homme normal, moderne, rétroactif, coupable, se déverser sur le monde extérieur et le noircir.

 

Le schizophrène c'est simplement un individu normal qui cesse de lutter sans cesse pour préserver son moi au milieu du devenir schizophrénique du monde moderne.

 

L'individu normal, c'est un individu qui refoule le jeu schizoïde du socius, et rejette aux tréfonds de son conscient les fantasmes de persécution que produit ce refoulement de son expérience.

 

L'individu moderne est névrosé, territorialisé artificiellement dans son œdipe, dans ses idées préconçues, dans sa "réalité" de prisunic.

L'effritement disjonctif du monde moderne, son angoisse grandissante de perdre pied, augmente les poussées schizoïdes en lui et sa tendance à la paranoïa. Pour s'en sortir, il n'a comme solution que d'être le plus absent a lui-même.

Il s'accroche aux conceptualisations et aux objectivations toutes prêtes.

Et par un terrible catharsis, s'y tient.

Contre tout bon sens, il sera accroché à cette soi-disant "réalité". Pendant ce temps, il sera machiné, assujetti par la machine, par son inconscient jusqu'à en crever.

 

A mesure que le socius se schizophrénise, la seule solution est celle du créateur, du "génie" au sens propre du terme.

C'est à dire vivre sa paranoïa et sa schizophrénie mais d'une manière positive : en s'exprimant, en objectivant son monde intérieur dans le monde extérieur - développement de l'expression - et en faisant un énorme effort pour l’intérioriser ; et conceptualiser le jeu de plus en plus complexe de la substance du monde. (Sans jamais prendre le concept pour la réalité)

 

Alors par ce double processus d'objectivation et de subjectivation l'individu prend conscience des "machineries" intérieures et extérieures qui l'assujettissent.

Il prend pouvoir sur elles.

Il peut découvrir de nouvelles manières d'intérioriser l'Existant, d'exprimer l'Etre.

 

au cours de cette année que ma vision du monde, que l'on pourrait appeler "moderne", éclate en morceaux ; des morceaux dont, depuis, j'ai perdu un certain nombre. Je comprends alors que la modernité est morte, il y a déjà longtemps, sans doute quelques années après ma naissance. Comment appeler ce chevauchement de tous les temps et de tous les espaces ? Comment désigner l'éclatement et la relativisation de tous les systèmes de représentation les uns par les autres et la fin de l'illusion d'un métadiscours. Après une période semi figurative, ma peinture devient de plus en plus abstraite et expressionniste." personnelle dans le cadre de la Galerie Françoise Théret à Paris de vingt peintures à l'huile sur toile. Exploration des œuvres de Jean Baudrillard, Félix Guattari, Claude Lévi‐ Strauss, René Guénon, Mircea Eliade, Carlos Castaneda, Ivan Illich, Michel Foucault. C'est au cours de cette année que ma vision du monde, que l'on pourrait appeler "moderne", éclate en morceaux ; des morceaux dont, depuis, j'ai perdu un certain nombre. Je comprends alors que la modernité est morte, il y a déjà longtemps, sans doute quelques années après ma naissance. Comment appeler ce chevauchement de tous les temps et de tous les espaces ? Comment désigner l'éclatement et la relativisation de tous les systèmes de représentation les uns par les autres et la fin de l'illusion d'un métadiscours. Après une période semi figurative, ma peinture devient de plus en plus abstraite et expressionniste."

1974/01/01

1974



Je m'installe rue des Grands Augustins à Paris dans le sixième arrondissement. Intégration à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris (ENSBA) dans l'atelier Singier. Développement du dessin académique et de la maîtrise de la peinture à l'huile sur toile. Participation dans le cadre l'Université de Vincennes (Paris VIII), aux séminaires de philosophie de Gilles Deleuze. Approfondissement de la philosophie, la psychologie, la sociologie, l'économie, la physique quantique et la cosmologie. "J'ai toujours beaucoup aimé réfléchir, mais j'ai toujours ressenti le besoin d'avoir une activité artistique ou je puisse engager mon corps et mes mains dans une expression directe de mes intuitions. Je découvre avec les études en philosophie, complétée par les études en arts plastiques un espace de liberté et d'expression. La peinture m'a toujours semblé un des arts les plus spirituels parce qu'il est aussi un des plus primitifs. En jouant avec les couleurs, les matières et les formes nous apprenons à nous inscrire dans l'élan créateur qui préside au processus de déploiement des mondes. La philosophie permet l'analyse et la compréhension en profondeur d'un vécu qui dépasse pourtant toute capacité de raisonnement.










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Poésie le 2 Octobre 1974


Un grillon noir
Court sur le papier
Néant d'encre
Cancre de papier

Travailler pourquoi ?
Pour oublier quoi ?
Si il faut vivre, vivon strictement
Cisaillons tout
Déchirons notre estomac
Tendons nos yeux comme des élastiques
Car il est temps de savoir
Avant la soir
Ce qu'il en est de cette vie. 

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Cahier 1974

 

Mardi 19 Mars 1974

 

Que dire de la réalité quotidienne lorsqu’elle s'allie au fantastique le plus inimaginable : les mots les plus fantastiques sont ridicules par leur côté fantastique et ne rendent nullement compte du côté quotidien.

 

Aucune musique n'est aussi belle que ce que je vois, et la réalité quotidienne dont je me nourris et dont tous les êtres autour de moi se contentent, me parait si inadéquate, inadaptée, fausse, qu'elle semble être un rêve, et tous ceux qui y vivent , des ombres impalpables et légères.

 

Et ce que je vois mieux qu'avec mes yeux, avec mon être est tellement plus vrai, tellement au-delà de ce que je vois avec mes veux, beaucoup plus brillant, clair, subtil, que, ce que je vois avec mes yeux me semble fou, absurde obscur, comme un rêve.

 

Alors, j'écoute de la musique, ou regarde un tableau pour reprendre pied, car la vue de quelque chose qui n'est pas absurde dans mon rêve, dans cette "réalité" où tous les autres vivent, me console et réunifie mon être et ce monde.

Cet être est terriblement troublant et terrifiant.

 

Le fou a tout perdu sauf la raison, cette phrase de Chesterton prend un sens considérable.

 

Car le pire, c'est que je suis terriblement conscient de ce qui se passe. Je sais que cela doit être comme cela que c'est un bon signe Mais tout cela repose sur ce que je vois avec l'autre œil, l'œil intérieur, l'œil de raison.

Et ce que je ne puis croire, c'est que montrant ce qu'il me montre, il puisse exister; et pourtant, le seul fait que j'écrive le démontre.

 

Tout semble sombrer dans le rêve et la folie.

 

Il me semble que ma vie ne s'arrête nulle part et que je perds toute notion d'espace et de temps.

 

Ou plutôt tout mon être tend vers le vide lumineux, mais mes mains s'agrippent terrifiées sur le bord de la réalité qui semble se dérober elle-même, fondue par la lumière du vide immense de l'Existant Être .

 

Je tombe dans le vide à une vitesse infinie, terrifié, seul, fou....

Pourtant hier, je suis sorti, j'ai téléphoné à P.F., cela à suffit pour me sortir de cet état. Et tout autour de moi était si creux, si vide, que j'ai voulu revenir rapidement à mon état passé ; et j'étais horrifié à l'idée de ne jamais pouvoir y revenir.

Chaque instant devient passionnant, infiniment passionnant il est vrai.

 

Non, je crois que je vais me mettre en chute libre, c'est trop beau, même si je dois avoir peur tellement peur que j'en meurt. Est-ce possible ? Si je pouvais enlever cette peur ce serait extra. Cette peur si bête, cette peur de la vie.

 

Ce qui constitue l'Existence, c'est le mouvement.

Ce qui constitue l'Être, c'est la forme.

 

L'Être est la source de tout ce-qui se meut.

L'Existant est la source de tout ce qui a forme.

 

Le paradoxe, c'est notre réalité quotidienne projetée hors du temps.

L'Existant-Être qui est le paradoxe absolu, n'est que la substance projetée hors du temps.

 

C'est la vision paradoxale du monde qui nous en fait sortir.

C'est la vision paradoxale du monde qui nous fait entrer dans la substance.

 

La vision de l'Être en face de l'Existant est douleur, suprême douleur, n'est que douleur, la douleur de la conscience absolue du déchirement constant de l'Être.

 

Mais avec la communion en l'Existant-Être, apparait alors l'équanité absolue, qui n'est ni la douleur de la conscience absolue, de l'Être, ni l'absence de douleur de l'inconscience de l'Être et qui est les deux à la fois.

 

La communion avec l'Existant-Être est l'Extase absolue : la projection de notre substance hors du temps.

 

Mais celui qui veut accéder à l'Existant-Être ne peut le faire qu’a travers son être. Il est donc obligé d'aller au fond de sa souffrance, jusqu’au fond de son déchirement d'avec l'Existant, jusqu'au fond de la conscience de son Être, jusqu'à la vision terrifiante d'une réalité quotidienne absurde où l'Être est à chaque instant bafoué par l'Existant.

 

Avant que tout s'éclaire hors du temps et de l'espace, dans l'Extase suprême de la communion du moi de l'Existant et de l'Être ?

 

Il y a deux sortes d'antéchrist: ceux qui croient uniquement en l'Être, ceux qui croient uniquement en l'Existant. Ils souffrent terriblement et de ce qu'ils disent, ils font jaillir la souffrance. Ils sont en quelque sorte ce que l'on peut appeler le mal.

Et pourtant la marche vers l'Existant-Être passe par l'un de ces chemins. La marche de l'individu passe par la croyance au seul Être; la marche de l'humanité passe par la croyance au seul Existant. Les deux passent par la souffrance de la conscience.

Et plus l'humanité ira vers l'extase suprême dans l'Existant-Être, plus il fait s'attendre à ce que la connaissance tournée vers l'Existent engendre les plus grandes souffrances que l'humanité aie jamais connues, les plus grandes jouissances aussi d'ailleurs. Mais la jouissance des uns ne sera jamais que l'antinomie de la souffrance des autres.

Et plus l'individu va vers l'Extase suprême dans l’Existant-Être, plus il doit s'attendre à une connaissance surtout tournée vers l'Être, à souffrir de plus en plus dans son existence; son corps sera soumis aux plus terribles souffrances, aux plus fantastiques jouissances, il est vrai, mais elles naitront de sa souffrance même qui elle-même, n'est autre que sa trop grande jouissance.

 

Ainsi notre destin est de vibrer de plus en plus fort, de souffrir et jouir de plus en plus intensément, jusqu'à ce que les deux se mêlent dans l'Extase hors du temps et ce l'espace.

De temps en temps, l'existant-Être s'incarne dans un être humain qui lui se désincarne dans l'Existant-Être.

 

Et cet être humain par ses paroles, ses actes, tire l'humanité vers une vibration plus haute, une puissance, une souffrance plus haute. Et c'est cet être qui constitue les charnières de l'histoire de l’humanité. Dans la mesure où il sent qu'au moment où il se désincarne, l'humanité a besoin d'une charnière.

 

1 juin 1974

 

C'est la différenciation d'éléments les uns d'entre les autres qui constitue leurs êtres spécifiques.

 

C’est le regroupement d’éléments en ensemble distinct qui constitue leurs être générique.

 

La différenciation d'êtres spécifiques et leurs regroupements à un être générique, l'organisation, la "subjectivation" "l'étantification" de l'existant ainsi constituée ne peut dépendre que de la spécifité, de l'être qui l’effectue et par là même le définit en soi.

 

Par là même : 

Nous appellerons être inerte tout élément qui ne procède à aucune organisation de l’existante.

 

Nous appellerons être vivant tout être qui procède à une organisation réflexe de l’existante (organisation directement impliquée par son existence et qui par la même est réduite spécifiquement à elle-même).

Nous appellerons être ontologique tout être qui est non seulement capable d'organiser l’existante, mais aussi de réfléchir cette organisation, autrement dit de réfléchir son être spécifique et par là même d’avoir un pouvoir de plus en plus grand sur l'existante et un être de plus en plus large (de moins en moins spécifique).

 

24-10-74

 

Cette table, cette chaise sur laquelle je suis assis, ce stylo avec lequel j'écris ces mots, ce bras, ces pensées qui tournent dans ma tête, sont autant d’éléments qui dans leur indissociabilité constituent "ma substance".

 

"Ma substance ressemblera à ta « substance » dans la mesure où tu pourras t'identifier à moi.

 

Dans cette substance, je peux considérer deux pôles :

- l'être, qui définit ma substance, en l'occurrence moi.

- l'existent qui constitue ma substance, en l'occurrence tout ce qui m'entoure.

 

Ces deux pôles tentent à leur extrême limite à ne plus appartenir à la substance.

Au niveau pur, ce sont des abstractions.

Ils n'ont de signification qu'en relation l'un avec l'autre.

 

Puisque l’être qui définit ma substance est en moi, toi, un autre être, tu définis ta substance d’une autre manière.

 

Nous nommerons Être, l'être qui contient toutes les modalités d’être, la tienne, la mienne, comme tout autre être.

 

Puisque l’existant qui constitue la substance c’est tout ce qui m’entoure toi qui est ailleurs un autre existent constitue ta substance.

 

Nous nommerons existant l’existant qui contient tous les existants le mien, le tient, comme tout l’autre.

 

Enfin nous nommerons substance la substance qui est constituée par l’existant et définie par l’être.

 

Mai 1974

 

Fixation de l'être à un seul de ses modes.

Élévation de ce mode au niveau de transcendance.

Ce mode devient le fondement sans fondement autour duquel l'individu tourne et construit sa vie.

L'être au contraire est immanence, il est explosion, il est un horizon fuyant dont le fondement est l’existant lui-même.

Il a tout pour fondement et par sa constante explosion, sape tout fondement.

Celui qui vit dans l'être vit dans son unité explosive et créatrice.

Celui qui en érige une partie en transcendance, en absolu, celui-là vit dans la scission ; car il doit constamment bloquer le jaillissement de l'être en lui et dans le monde pour que la transcendance qu'il érige subsiste pour lui. Chaque individu a tendance à le faire de manière différente en étant matérialiste ou idéaliste.

Les matérialistes : le mode d'existence présent et érigé en absolu, c'est la soi-disant réalité à laquelle tous doivent s'adapter.

Les idéalistes : le mode d'être est érigé en absolu, c'est la soi-disant vérité que tous doivent accepter.

 

En alpha :

L'être est immanence de l'existant

L'existant transcende l'être

 

En oméga :

L'Être transcende l'existant, l'existant émane de l'être.

 

Ceux qui regardent vers l'arrière, disent que l'être est immanent, ceux qui regardent vers l'avant disent que l'être est transcendant.

Les uns se disent matérialistes, les autres se disent idéaliste mais ils sont dans la même voiture !

 

Juin 1974 

 

MODE D'EXISTANCE - MODE D'ETRE

 

L'existant constitue la substance, la substance définit le mode d'existence

L'être définit la substance, la substance constitue le mode d'être.

 

Mode d'existence: Existant, mode d'existence objectif, psychologique et biologique 

Mode d’être : mode d'être psychologique et mode d'être biologique, mode d'existence objectif -

 

INTERPENETRATION DE L'ETRE ET DE L'EXISTANT

 

Au niveau de l'Être :

Un objet est exontique et n'est qu'exontique.

Un vivant est ontique mais aussi exontique en tant qu'objet. Un humain est ontogénique, mais aussi ontique et exontique en tant que vivant et objet.

L’humain au niveau de l'être contient tout être.

 

L'homme n'est qu'une toute petite partie du phénomène de la vie, les vivants ne sont qu'une toute petite partie des objets.

Ainsi, les objets au niveau de l'existant contiennent tous les existants.

 

MODE D'ETRE- MODE D’EXISTANCE ÉVOLUTION

 

MODE DETRE 

Modalité :  la subjectivation . Le mode d'être, c'est mon corps biologique et ma structure psychique en tant que je subjective le monde à travers eux. C'est en fin la manière dont j'apprécie ontologiquement (le beau, le vrai, le bien)

 

MODE D’EXISTANCE :

Modalité de l'objectivation. Le mode d'existence, ma facticité, c'est-à-dire le monde naturel, dans lequel je vis mon corps, ma structure psychique.

 

Le mode d'existence, détermine les mouvements, la fluctuation de l'être: le mode d'être.

Le mode d'être détermine les formes à travers lesquelles est saisi l’existant : le monde d’existence.

 

Nous sommes agis pour ce qui est notre mode d'être par notre mode d'existence.

Nous sommes agis pour ce qui est notre mode d'existence par notre mode d'être.

Si une activité ontologique nous amène à remettre en question notre mode d'être il est illusoire de penser que nous puissions avoir une action sur lui.

C'est sur notre mode d'existence qu'il faut agir d'une manière pratique. Mode d'existence qui agira à son tour notre mode d'être.

 

Ainsi, c'est une illusion fort commune chez les intellectuels que de penser que l'on peut faire évoluer son mode d'être et l'enrichir directement. En fait, ils ne font que s'enfoncer un peu plus dans un certain mode d'être et n'en sorte justement plus. Lorsque le "projet" est réellement vécu, et objectivé dans le mode d'existence, alors le mode d'être qu'il découvre apparait être ontotiquement nouveau en ce qu'il est justement impossible d'en rendre compte ni de le conceptualiser à partir de l'ancien mode d'être.

Il y a réellement glissement vers autre chose, chute dans l'englobant.

Ainsi l'être ne peut se développer réellement que dans une constante subjectivation de la subjectivation et objectivation de ce qui n'est pas encore objectivé.

 

Se penser réflexivement, c'est le premier pas vers une auto-création. Le deuxième est le seul qui mène véritablement l'auto-création, c'est d'expérimenter pratiquement dans la vie, pour essayer d'y répondre, les questions que posent cette pensé réflexive.

L'individu crée alors sa propre dynamique d'évolution. Dynamique il s’éloigne, en Iui permettant de la saisir de sa spécifité propre, produite par son conditionnement génétique, psychologique, sociologique ?

 

L'existant constitue la substance, la substance définit le mode d'existence.

L'être définit la substance, la substance constitue le mode d’être.

 

Août 74

 

L'Existant constitue la substance.

L'Être définit la substance.

 

La substance est la partie de l'Existant qui est définie en tant qu'être.

La substance est la partie de l'Être qui est constituée en tant qu'existant.

 

C'est la différenciation d'éléments les uns d'entre les autres qui définit leur être spécifique.

C'est le regroupement d'éléments en ensemble distinct qui définit leur être générique.

 

La différenciation d'être spécifique et leur regroupement en être générique (c’est à dire l'organisation, la subjectivation de l'existant) ne dépend que de la spécificité de l'être qui effectue cette organisation et par la même cette organisation le définit en soi.

 

Soit donc trois modes d'être générique :

I) Ex-ontique (être inerte ou non être en soi) pour tout élément qui ne procède à aucune organisation de l'Existant. (Ex. : une pierre).

2°) Ontique (biologique) pour tout élément qui procède à une organisation de l’Existant (ex:  un animal) 

3°) Ontologique (ontogénique ou humain) pour tout élément qui procède à une organisation de l'existant mais qui est aussi capable de la réfléchir. (C’est-à-dire de subjectiver, sa subjectivation en tant que telle. (Ex. : un homme).

 

La subjectivation c'est la modalité par laquelle un existant définit son existence en tant qu’être.

L’objectivation c’est la modalité par laquelle un être constitue son être en tant qu’existant.

 

Nous appellerons Mode d'être la modalité de cette subjectivation.

Nous appellerons Mode d'Existence la modalité de cette objectivation.

 

L'être d'un existant c'est son mode d'être.

L'existence d'un être c'est son mode d'existence.

 

L’élément exontique (inerte) n’a pas de mode d’être.

L'élément exontique a tout mode d'existence (il existe purement et simplement).

 

L'Être ontique a pour mode d'être son mode d'existence, et pour existence son mode d'être.

Sa subjectivation et son objectivation sont réflexes.

Son mode d'être est stable dans la mesure exacte ou son mode d'existence est stable. L'être ontologique élargit constamment son être, par subjectivation de sa subjectivation, il transcende constamment son mode d'être (De cela nait un déchirement constant d'avec son mode d'existence, reflet de son mode d'être primitif). L'évolution de son mode d'être amène plus ou moins rapidement l'évolution de son mode d'existence.

 

Ce jeu dialectique du mode d'être et du mode d'existence introduit, chez l'être ontologique, la notion de noumène et de projet.

Le noumène étant le mode d'existence (la partie de l'existant) qui n’est pas (encore) défini en tant qu’être.

Le projet étant le mode d’être (la partie de l’être ) qui n’est pas (encore) défini en tant qu’existant.

 

Le mode d'être déborde ainsi constamment du mode d'existence tout en étant produit et en le produisant.

 

Ainsi l'être explose dans l'existant jusqu'à constituer tout ce qui a été, est, et sera.

Ainsi l'Existant implore dans l'être jusqu'à définir tout ce qui a existé, existe, existera.