L'Internet pour tous, c'est fini !
La bataille des contenus que se livrent opérateurs télécom et géants du numérique est en passe de tuer la neutralité du Web. La neutralité de l'Internet est un principe fondateur théorisé en 2003 par Tim Wu, un universitaire américain. Il s'agit de traiter de la même manière tous les contenus, sites Web et plates-formes numériques sur le réseau : " Internet n'est pas parfait mais son architecture d'origine tend vers ce but. Sa nature décentralisée et essentiellement neutre est la raison de son succès à la fois économique et social ", expliquait-il alors.
Le gendarme indien des télécommunications n'a pas apprécié. En février, il a interdit au réseau américain et à tous les fournisseurs d'accès à Internet du pays de pratiquer des tarifs différenciés en fonction des services et contenus offerts sur le Web. Pourquoi ? Parce que cette pratique bat en brèche l'un des principes cardinaux de l'Internet : sa neutralité. Un opérateur peut offrir des débits différents, mais n'a pas le droit de choisir les contenus. C'est ce que l'on appelle la neutralité du Net. Et pourtant, la violation caractérisée de cette règle d'airain par un acteur majeur du numérique n'a fait que jeter la lumière sur une réalité : la balkanisation de l'Internet est en marche.
Car ce service Free Basics si controversé a déjà été lancé dans trente-cinq pays émergents depuis 2014, en partenariat avec des opérateurs mobile tels qu'Airtel, MTN ou Digicel, dans le cadre du programme Internet.org. La Zambie, le Ghana ou encore le Malawi n'ont rien trouvé à redire. Le Kenya a même réagi fin février à la décision de l'Inde en déclarant que donner un accès à Internet aux Africains était plus important que de défendre la neutralité du Net ! En revanche, les Etats-Unis et le Brésil s'y opposent. " Cette version tronquée d'Internet aurait fait de Facebook le maître des contenus accessibles et contrevenait directement au principe de neutralité du Net ", explique au Monde Christiane Féral-Schuhl, avocate spécialiste du droit du numérique.
Mais Facebook n'est pas le seul à en vouloir à l'universalité du Net. Les opérateurs télécom sont en première ligne dans ce combat. Avec d'autres motivations. Face à l'appétit des géants de la Silicon Valley, qui menacent de les ravaler au rang de simples fournisseurs de " tuyaux ", à l'instar des sociétés d'eau ou d'électricité, ils veulent proposer des contenus exclusifs afin de fidéliser leurs clients. Orange, Deutsche Telekom, Verizon, Comcast, AT&T et SFR se diversifient dans la télévision, la vidéo sur Internet, les portails médias ou même la production de films. Les services pour tous laissent progressivement la place à des services spécialisés, des exclusivités ou des contenus premium. Netflix, le service en ligne de films et séries par abonnement, n'a-t-il pas préféré aller sur les box fermées des opérateurs plutôt que d'être proposé sur l'Internet ouvert ?
Mais Facebook n'est pas le seul à en vouloir à l'universalité du Net. Les opérateurs télécom sont en première ligne dans ce combat. Avec d'autres motivations. Face à l'appétit des géants de la Silicon Valley, qui menacent de les ravaler au rang de simples fournisseurs de " tuyaux ", à l'instar des sociétés d'eau ou d'électricité, ils veulent proposer des contenus exclusifs afin de fidéliser leurs clients. Orange, Deutsche Telekom, Verizon, Comcast, AT&T et SFR se diversifient dans la télévision, la vidéo sur Internet, les portails médias ou même la production de films. Les services pour tous laissent progressivement la place à des services spécialisés, des exclusivités ou des contenus premium. Netflix, le service en ligne de films et séries par abonnement, n'a-t-il pas préféré aller sur les box fermées des opérateurs plutôt que d'être proposé sur l'Internet ouvert ?




