2026/05/02

2026 05 02 Zeitgeist, décennie par décennie, de 1955 à 2025, comme autant de chapitres d’une grande fresque de l’esprit du temps.

Zeitgeist, décennie par décennie, de 1955 à 2025, comme autant de chapitres d’une grande fresque de l’esprit du temps.


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1955–1964 · Les Trente Glorieuses et l’ombre du champignon

L’après-guerre bascule dans la prospérité. La société de consommation s’installe avec le réfrigérateur, la DS et la télévision. On croit au progrès infini, aux lendemains spatial (Spoutnik, Gagarine) et à la modernité de béton. Mais sous l’optimisme de la croissance et du baby-boom couve une angoisse existentielle : la guerre froide et la peur nucléaire. Le rock’n’roll fissure déjà le conformisme adulte. C’est l’époque des blocs, de la décolonisation douloureuse, d’un bonheur matériel teinté d’innocence bientôt perdue.


1965–1974 · L’éruption des utopies et la fin des certitudes

Le monde entre en effervescence. La jeunesse conteste tout : guerre du Vietnam, société patriarcale, capitalisme. Mai 68, le Flower Power, les droits civiques, le féminisme redessinent les rapports humains. Le temps est à la libération des corps et des esprits, à la contre-culture psychédélique. Puis vient le brutal retour au réel : le choc pétrolier de 1973 éteint l’insouciance, inaugure le chômage de masse et clôt l’âge d’or. L’utopie se heurte à la crise ; l’optimisme révolutionnaire laisse place à une lucidité désenchantée.


1975–1984 · No future, fric et virus

Sur fond de stagflation et de chômage, le pessimisme punk hurle « No Future ». Le rêve communautaire s’effrite, l’individualisme compétitif s’affirme. La vague froide de la New Wave cohabite avec le faste bling-bling des yuppies, le culte du corps et l’hédonisme de la réussite. L’ordinateur personnel entre dans les foyers, promesse d’une nouvelle frontière. L’angoisse change de visage : la menace nucléaire de la crise des euromissiles, puis l’apparition sidérante du sida, qui brise l’insouciance sexuelle et rappelle la vulnérabilité.


1985–1994 · Fin de l’Histoire et village global

Le Mur de Berlin tombe, l’URSS implose. L’Occident respire, grisé par la « fin de l’Histoire » et le triomphe de la démocratie libérale. La mondialisation s’emballe, MTV et CNN rétrécissent la planète. Le grunge hurle le mal-être d’une génération sacrifiée, tandis que le hip-hop clame la rage des marges. Internet sort des universités : une toile neuve, étrange, pleine de promesses. La guerre du Golfe inaugure les conflits en direct télévisé. L’optimisme consumériste contraste avec les premières grandes angoisses écologiques et le deuil des grands récits idéologiques.


1995–2004 · L’ivresse du réseau et la chute des tours

Le Web grand public colonise le quotidien. La bulle Internet gonfle les espoirs d’une nouvelle économie avant d’éclater. La musique en mp3, le téléphone portable amorcent la révolution de la connexion permanente. Puis vient la fracture absolue : le 11 septembre 2001. La peur terroriste s’installe, la « guerre contre la terreur » redessine la géopolitique, la sécurité devient obsession. La télé-réalité inaugure l’ère du moi exposé. L’insouciance du siècle naissant est assassinée ; le monde se découvre interdépendant, fragile et traumatisé.


2005–2014 · Réseaux, crises et indignations

Facebook, Twitter, YouTube, puis le smartphone font basculer la vie sociale dans l’arène numérique. Le partage de soi devient une norme ambivalente. La crise financière de 2008 fracasse la confiance dans le système, précarise massivement et enfante les mouvements d’indignation (Occupy, Printemps arabes, puis Nuit debout). Les grandes séries TV amorcent un nouvel âge d’or narratif hypnotique. La surveillance de masse (révélations Snowden) côtoie une écologie politique qui sort des marges. L’époque est à la fois à l’hyperconnexion euphorique et à une défiance radicale envers les élites.


2015–2025 · Vertige permanent, entre effondrement et bascule

Le Zeitgeist bascule dans la post-vérité et les populismes (Brexit, Trump, Bolsonaro). #MeToo et Black Lives Matter fissurent les structures patriarcales et raciales héritées. La pandémie de Covid-19 fige la planète, accélère le télétravail et la numérisation totale. L’intelligence artificielle générative surgit, promesse et menace existentielle. L’urgence climatique n’est plus une perspective mais un présent brûlant, nourrissant une anxiété générationnelle (éco-anxiété) et le spectre de l’effondrement. Le monde se polarise à l’extrême, la guerre revient en Europe (Ukraine), et l’humanité tangue entre espoirs transhumanistes et quêtes de sens désespérées.

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