2026/05/24

2026 05 24 HISTOIRE DE L'UNIVERSITÉ INTÉGRALE DE PARIS dans le cadre du Club de Budapest France 2008 – 2013

 



 UNIVERSITÉ INTÉGRALE DE PARIS

dans le cadre du Club de Budapest France

2008 – 2013

Dix-huit journées pour une nouvelle épistémologie

Animée par

Michel Saloff-Coste & Carine Dartiguepeyrou

avec Ervin Laszlo et Edgar Morin

Document augmenté 2026 05 24

 

AVANT-PROPOS

Une épistémologie pour le XXIe siècle

À l'orée du nouveau millénaire, le monde intellectuel européen et mondial se trouvait confronté à une crise profonde de la connaissance. Les grands systèmes disciplinaires hérités des Lumières, la compartimentalisation des savoirs en domaines étanches, et la rupture entre science, art et spiritualité produisaient une image fragmentée du réel incapable de répondre aux défis civilisationnels inédits qui se profilaient — crise écologique, effondrement des modèles économiques, recomposition géopolitique, accélération technologique. C'est dans ce contexte de mutation paradigmatique profonde qu'a émergé, à Paris, l'Université Intégrale.

Fondée en 2008 dans le cadre du Club de Budapest France, l'Université Intégrale représente une expérience intellectuelle rare : celle d'un espace de pensée transversal, libre et exigeant, refusant les frontières habituelles entre les disciplines, les cultures et les traditions de connaissance. Ni université au sens institutionnel — elle n'a ni bâtiment, ni diplôme, ni budget —, ni simple cercle de discussion, elle constitue une forme tiers : un laboratoire de pensée vivante, une agora intellectuelle contemporaine, un lieu où la complexité du monde est abordée avec la même rigueur que dans les meilleures institutions académiques, mais avec une liberté épistémique que ces mêmes institutions interdisent le plus souvent.

Ce qui distingue l'Université Intégrale de la plupart des cercles de réflexion de son époque, c'est précisément la notion d'« intégral » — terme qu'elle emprunte à la tradition philosophique anglo-saxonne tout en la dépassant. L'approche intégrale, telle qu'elle est conçue et animée par Michel Saloff-Coste et Carine Dartiguepeyrou, ne se réduit pas au modèle AQAL de Ken Wilber (pourtant présent et essentiel dans ses référentiels). Elle désigne une posture épistémologique fondamentale : l'exigence de tenir ensemble toutes les dimensions de la réalité humaine — rationnelle, émotionnelle, spirituelle, collective, individuelle, intérieure et extérieure — sans réduire l'une à l'autre.

Une confluence intellectuelle unique

Deux figures tutélaires donnent à l'Université Intégrale sa stature exceptionnelle dans le paysage intellectuel mondial : Ervin Laszlo et Edgar Morin. Leur présence conjointe dans ce projet constitue en elle-même un événement philosophique significatif.

Ervin Laszlo (né en 1932 à Budapest), philosophe des sciences, théoricien des systèmes, fondateur du Club de Budapest en 1993, apporte à l'Université Intégrale l'armature systémique. Son œuvre — plus de 75 livres, traduits en 33 langues — constitue depuis cinquante ans l'un des efforts les plus soutenus pour formuler une théorie unifiée de l'évolution, de la conscience et du cosmos. Sa notion de « champ akashique » (champ A), son hypothèse d'une in-formation sous-jacente à toute réalité, sa vision du cosmos comme système auto-organisé et interconnecté, fournissent à l'Université Intégrale son ossature cosmologique.

Edgar Morin (né le 8 juillet 1921 à Paris), sociologue et philosophe du CNRS, auteur de La Méthode en six volumes (1977-2004), apporte quant à lui la dimension épistémologique critique. Sa pensée complexe — fondée sur les trois théories de l'information, de la cybernétique et des systèmes, et articulée autour des boucles dialogiques et récursives — offre à l'Université Intégrale une méthode de pensée. Morin ne cherche pas à unifier la connaissance par réduction, mais par reliance : tenir ensemble les contraires, penser les contradictions, refuser les certitudes mutilantes.

Ces deux pensées sont complémentaires mais non identiques. Laszlo travaille à partir d'un cadre cosmologique : il part de l'univers pour arriver à l'homme. Morin travaille à partir de la condition humaine : il part de l'homme pour arriver au cosmos. L'une monte, l'autre descend — et elles se rejoignent au milieu, dans ce que l'Université Intégrale explore sous le nom de « pensée intégrale ».

Michel Saloff-Coste et Carine Dartiguepeyrou, animateurs de l'Université Intégrale, jouent quant à eux un rôle d'architectes et de passeurs. Saloff-Coste, philosophe, artiste, et prospectiviste auteur du Management du Troisième Millénaire (Guy Trédaniel, 1991), apporte sa Grille de l'Évolution des civilisations et sa théorie des Champs de Réalité — un cadre original articulant le Vide (axiomatique spirituelle), le Turbulent (affects et émotions) et le Formel (réalité rationnelle), permettant de penser ensemble les transformations individuelles et collectives. Carine Dartiguepeyrou, chercheuse et prospectiviste, apporte sa maîtrise des dynamiques collectives, son expertise des mutations organisationnelles et sociales, et sa capacité à synthétiser les contributions les plus diverses en une cohérence productive.

Les trois œuvres collectives

L'Université Intégrale a su donner une traçabilité institutionnelle à ses travaux en publiant trois ouvrages collectifs aux éditions L'Harmattan, qui constituent la mémoire intellectuelle de ses six premières années d'existence :

Prospective d'un monde en mutation (L'Harmattan, 2010), sous la direction de Carine Dartiguepeyrou, rassemble les contributions de chercheurs de premier plan — dont Ervin Laszlo, Edgar Morin et Matthieu Ricard — autour de la question centrale de la transformation civilisationnelle. L'ouvrage cartographie les grands défis systémiques (écologiques, économiques, sociaux, technologiques) et propose des stratégies d'anticipation transdisciplinaires. Il constitue le premier témoignage académique des travaux de l'Université Intégrale, établissant sa crédibilité dans les mondes de la recherche et de la prospective.

Au-delà de la crise financière : nouvelles valeurs, nouvelles richesses (L'Harmattan, 2011) est directement issu de la treizième session de l'Université Intégrale. Il analyse la crise de 2008 non comme un accident financier réparable, mais comme le symptôme d'un effondrement paradigmatique plus profond — celui du modèle de croissance illimitée et du Produit Intérieur Brut comme unique mesure du bien humain. L'ouvrage ouvre des pistes pour repenser la création de valeur dans des civilisations post-matérialistes.

Les voies de la résilience (L'Harmattan, 2012), sous la direction de Carine Dartiguepeyrou, explore les dynamiques d'adaptation et de rebond face aux chocs systémiques. Il introduit dans le corpus de l'Université Intégrale la question de la résilience — individuelle, collective, organisationnelle — comme capacité de traverser les crises tout en se réinventant. La présence d'Edgar Morin parmi les contributeurs de la session correspondante (juin 2012) signale l'importance de cette thématique dans l'architecture globale du projet.

Ces trois ouvrages ne sont pas de simples comptes rendus. Ils constituent un acte épistémologique : celui de faire exister dans l'espace académique une pensée qui se formait dans l'espace vivant des journées de l'Université Intégrale. Ils attestent que la pensée intégrale n'est pas une mode ou une posture, mais un programme de recherche sérieux, cohérent et fertile.

Une singularité dans le paysage intellectuel mondial

L'approche intégrale reste, en 2026 encore, très insuffisamment connue dans le monde académique francophone. Là où les universités anglophones — notamment américaines — ont développé des programmes d'études intégrales, des revues académiques et des instituts de recherche dédiés (Integral Institute fondé par Ken Wilber en 2000 ; Fielding Graduate University ; Journal of Integral Theory and Practice), la France a maintenu une distance critique vis-à-vis de ces courants, leur préférant la tradition transdisciplinaire (Basarab Nicolescu), systémique (Joël de Rosnay, Thierry Gaudin) ou complexe (Edgar Morin). L'Université Intégrale a eu le mérite rare de faire le pont entre ces traditions, d'en montrer la convergence profonde, et d'en proposer une synthèse vivante.

Son importance épistémologique tient à trois contributions fondamentales. Premièrement, elle a introduit en France les travaux de Ken Wilber, de Don Beck (Spiral Dynamics), de Steve McIntosh et d'autres penseurs de la théorie intégrale, en les articulant avec les traditions françaises de la complexité et de la prospective. Deuxièmement, elle a maintenu vivante la question du sujet et de l'intériorité dans une époque dominée par les approches comportementalistes et objectivistes — tenant bon sur l'idée que toute transformation du monde passe par une transformation de conscience. Troisièmement, elle a montré concrètement, à travers dix-huit sessions, que la pensée intégrale n'est pas une abstraction théorique mais un outil opérationnel pour penser les enjeux contemporains les plus concrets : l'éducation, la santé, l'entreprise, l'énergie, la politique.

Ce document, fondé sur les archives des dix-huit journées de l'Université Intégrale (2008-2013), en offre une reconstruction augmentée : chaque session est développée dans ses sous-entendus conceptuels, ses références bibliographiques et ses enjeux épistémologiques. Il se clôt par une bibliographie thématique commentée et un index biographique des principales personnalités citées — deux outils qui permettront aux lecteurs de prolonger la traversée intellectuelle que l'Université Intégrale a rendue possible.

 

INTRODUCTION Pourquoi l'Université Intégrale ?

Nous vivons une période de grands changements, avec un progrès des techniques considérable et une mondialisation de la pensée et de la vie humaine, notamment aux niveaux commercial, culturel et politique. Des civilisations qui ne se connaissaient pas et qui se développaient indépendamment les unes des autres sont amenées à vivre ensemble, pour le meilleur et pour le pire. Par le biais de transports de plus en plus rapides et de réseaux informatiques qui recouvrent toute la planète, l'homme a virtuellement accès à toutes les connaissances de l'humanité. Cette richesse de connaissance et de rencontres prend place dans un contexte de crise civilisationnelle, qui se décline notamment sur les plans écologique, social et économique, mettant sérieusement en question la survie de l'humanité.

L'approche intégrale entend à la fois répondre aux grands défis qui se présentent à l'humanité et annoncer l'émergence d'une nouvelle pensée au niveau planétaire, ouverte aux différences culturelles et au dialogue entre les civilisations. Ervin Laszlo, fondateur au niveau international du Club de Budapest, est reconnu comme l'un des initiateurs de l'évolution de la théorie des systèmes, la systémique, vers une approche plus intégrale. En créant l'Université Intégrale à Paris, le souhait de ses fondateurs était, premièrement, de faire mieux connaître l'approche intégrale en France où elle était restée encore relativement méconnue et, deuxièmement, de mettre en perspective les travaux d'Ervin Laszlo en les replaçant dans le contexte plus large des autres chercheurs de ce domaine.

L'Université Intégrale s'est intéressée plus particulièrement, en France, aux travaux de Jean-Éric Aubert, Carine Dartiguepeyrou, Thierry Gaudin, Jacques Lesourne, Bruno Marion, Edgar Morin, Michel Saloff-Coste, Jean Staune et, dans le monde, aux travaux de Sri Aurobindo, Teilhard de Chardin, Ken Wilber, Don Beck et Steve McIntosh. Ces penseurs, issus d'horizons très différents — philosophie, prospective, sciences de la complexité, spiritualité comparée —, convergent vers une même intuition fondamentale : que la crise du monde contemporain est d'abord une crise de conscience et que tout changement durable passe par une transformation des modes de penser.

 

LES DIX-HUIT SESSIONS DE L'UNIVERSITÉ INTÉGRALE (2008–2013)


Session 1 — 28 février 2008 « Qu'est-ce que l'approche intégrale ? »

La première journée de l'Université Intégrale s'est ouverte sur la question fondatrice : qu'entend-on exactement par « approche intégrale » ? Cette question n'est pas anodine. Le terme « intégral » est polysémique — il désigne à la fois une forme de totalisation (ne rien laisser de côté), une qualité d'accomplissement (un travail intégral), et une posture épistémologique spécifique (tenir ensemble tous les niveaux, quadrants et dimensions de la réalité). C'est dans ce troisième sens, principalement, que l'Université Intégrale l'emploie.

La session a organisé son exploration autour de trois entrées encyclopédiques classiques : les concepts structurants, les auteurs fondateurs, et les lieux emblématiques. Parmi les concepts : la théorie des systèmes (Laszlo, Bertalanffy), la complexité (Morin), le modèle AQAL de Ken Wilber (tous quadrants, tous niveaux, toutes lignes, tous états, tous types), la Spiral Dynamics de Don Beck, et la théorie des Champs de Réalité de Michel Saloff-Coste. Parmi les auteurs : Sri Aurobindo (philosophie intégrale), Teilhard de Chardin (noosphère et point Oméga), Wilber, Morin, Laszlo. Parmi les lieux : Auroville (Inde), l'Institut Esalen (Californie), le Club de Rome, le Club de Budapest.

Sur le plan philosophique, cette première journée posait une question épistémologique de fond : la connaissance est-elle possible autrement que par réduction ? Toute la tradition analytique et positiviste depuis Descartes repose sur la décomposition du réel en éléments simples et isolables. L'approche intégrale affirme, au contraire, que cette décomposition mutile la réalité — que ce qu'on appelle « l'émergence » dans la théorie des systèmes (le fait que le tout est plus que la somme des parties) ne peut pas être capturé par les méthodes réductionnistes. La session inaugurait ainsi un programme épistémologique qui allait se déployer sur six ans.

Références clés : Ken Wilber, Une théorie de tout (Rocher, 2000) ; Edgar Morin, La Méthode, t. 1 (Seuil, 1977) ; Ervin Laszlo, Science et Champ akashique (Ariane, 2004) ; Sri Aurobindo, La Synthèse des yogas (Albin Michel, 1981) ; Don Beck & Chris Cowan, Spiral Dynamics (Blackwell, 1996).

Intervenants : Éric Allodi, Étienne Avronsart, Carine Dartiguepeyrou, Bruno Marion, Marion Peterson, Éric de Rochefort, Michel Saloff-Coste, Brian Van Der Horst.


Session 2 — 16 octobre 2008 « Comment intégrer la pensée intégrale ? »

La deuxième journée s'attaquait à ce qui est sans doute la question la plus difficile de toute démarche intellectuelle : le passage de la théorie à la pratique. Comprendre une vision du monde est une chose ; la vivre, l'incarner dans ses décisions quotidiennes, ses relations, ses créations, en est une autre radicalement différente. L'Université Intégrale avait la sagesse de poser cette question dès sa deuxième session.

La journée était construite autour de témoignages de personnalités ayant réellement traversé ce processus d'intégration — et ayant produit à partir de lui des actions et créations concrètes. Cette mise en valeur du vécu et du témoignage plutôt que du seul discours théorique est caractéristique de l'approche pédagogique de l'Université Intégrale. Elle s'inscrit dans ce que Ken Wilber appelle l'entraînement des lignes multiples : il ne suffit pas de connaître cognitivement une vision intégrale, il faut la cultiver émotionnellement, physiquement, spirituellement. L'intégration est un processus développemental qui prend du temps.

La présence d'Ervin Laszlo lors de cette session était symboliquement importante : elle signifiait que le fondateur du Club de Budapest cautionnait non seulement le projet intellectuel de l'Université Intégrale, mais sa méthode pédagogique fondée sur l'expérience vécue. Elle inaugurait une collaboration qui allait se poursuivre pendant cinq ans.

Références clés : Ken Wilber, Integral Psychology (Shambhala, 2000) ; Michel Saloff-Coste, Le Management du Troisième Millénaire (Guy Trédaniel, 1991/2005) ; Ervin Laszlo, Le Point de chaos (Ariane, 2006).

Intervenants : Éric Allodi, Thierry Gaudin, Ervin Laszlo, Chris Peytier, Michel Saloff-Coste, Brian Van Der Horst, Robin Wood.




Session 3 — 13 janvier 2009 « Comment repenser notre façon de penser ? »

La troisième session abordait la question centrale de l'éducation — et plus précisément de l'éducation de l'intelligence elle-même. Dans un contexte où les systèmes éducatifs de la plupart des pays développés continuent de former des spécialistes capables de résoudre les problèmes des siècles passés mais incapables de penser les problèmes émergents, l'Université Intégrale posait la question : quelle forme d'intelligence le XXIe siècle requiert-il ?

La session distinguait quatre dimensions d'un enseignement intégral : l'ouverture interculturelle (comprendre les autres civilisations de l'intérieur, non comme des objets exotiques mais comme des sujets complets) ; le respect de la singularité (chaque être humain est une combinaison unique d'intelligences, une « couleur » de l'infini, selon la formule de Saloff-Coste) ; l'éducation intégrale du corps, du cœur et de l'esprit (dépassant le intellectualisme étroit des académies) ; et la méta-cognition (la capacité de penser sa propre pensée, de reconnaître ses biais et ses angles morts).

Edgar Morin, dans ses Sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur (UNESCO, 1999), avait formulé un programme analogue : apprendre à connaître la connaissance elle-même ; apprendre l'humaine condition ; apprendre à faire face aux incertitudes. La session s'inscrivait dans cette lignée tout en l'élargissant par l'inclusion des dimensions corporelles, émotionnelles et spirituelles que Morin n'abordait pas explicitement.

Références clés : Edgar Morin, Les Sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur (UNESCO/Seuil, 1999) ; Howard Gardner, Les Intelligences multiples (Retz, 1996) ; Rudolf Steiner, L'Éducation selon la science de l'esprit (Triades, 1994) ; Montessori, L'Enfant (Desclée de Brouwer, 1936).

Intervenants : Étienne Avronsart, Diane Baran, Robert Branche, Justine Caulliez, Delphine Charvolin, Henri Conze, Carine Dartiguepeyrou, Marc Fleuriet, Bénédicte Fumey, Marine Goodmorning, Alain Gourhant, Caroline Guidetti, Sophie Laleman, Martine Laval, Solen Penchèvre, Chris Peytier, Cécile Priou, Michel Saloff-Coste, André Staropoli, Antonella Verdiani.



Session 4 — 10 mars 2009 « Comment répondre à la crise systémique contemporaine ? »

La quatrième session s'est tenue dans un contexte particulièrement tendu : les effets de la crise financière de 2008 commençaient à se faire sentir dans toute leur ampleur. Mais l'Université Intégrale refusait de réduire la crise à sa dimension financière. Sa lecture était systémique : le krach de 2008 n'était pas la cause de la crise, mais l'un de ses symptômes parmi d'autres — avec la crise écologique, la crise des démocraties, la crise du sens.

Cette approche pluridimensionnelle de la crise est caractéristique de la pensée intégrale. Là où les économistes mainstream cherchaient à « réparer le système » par des politiques monétaires et budgétaires, l'Université Intégrale posait la question plus fondamentale : le système lui-même est-il réparable, ou sommes-nous en train de vivre ce que Laszlo appelle un « point de chaos » — un point bifurcation à partir duquel deux futurs radicalement différents sont possibles ?

La présence d'Edgar Morin à cette session était décisive. Sa lecture de la crise rejoignait celle de Laszlo tout en y ajoutant une dimension anthropologique : la crise contemporaine est aussi une crise de la civilisation occidentale, de son modèle de développement fondé sur l'illusion de la maîtrise et de la croissance illimitée. Patrick Viveret, économiste et philosophe, apportait quant à lui la perspective du mouvement décroissanciste et des alternatives concrètes au PIB comme mesure du progrès humain.

Références clés : Ervin Laszlo, Le Point de chaos (Ariane, 2006) ; Edgar Morin, La Voie (Fayard, 2011) ; Patrick Viveret, Reconsidérer la richesse (Aube, 2003) ; Thierry Gaudin, 2100, récit du prochain siècle (Payot, 1990) ; Lester Brown, Plan B (Calmann-Lévy, 2009).

Intervenants : Jean-Éric Aubert, Étienne Avronsart, Carine Dartiguepeyrou, Thierry Gaudin, Sophie Laleman, Bruno Marion, Edgar Morin, Michel Saloff-Coste, Gérard Schoun, Patrick Viveret, Robin Wood.

Session 5 — 23 juin 2009 « Sociétés durables et écologie intégrale : de la vision à l'action »

La cinquième session prolongeait la réflexion sur la crise en ouvrant la question du développement durable d'un point de vue intégral. La notion de « durabilité » était généralement définie selon le triptyque de Brundtland (1987) : environnement, économie, société. L'Université Intégrale proposait une lecture plus profonde, articulée sur quatre dimensions : l'écologie naturelle (les écosystèmes physiques), l'écologie sociale (les liens collectifs), l'écologie mentale (les modes de pensée) et l'écologie spirituelle (le rapport à ce qui transcende l'humain).

Cette approche s'inscrivait dans la tradition de Félix Guattari (Les Trois écologies, 1989) mais allait plus loin en y ajoutant la dimension spirituelle. Elle rejoignait également la réflexion de Thomas Berry et Brian Swimme sur l'Univers comme « communion d'êtres sujets » plutôt que comme collection d'objets exploitables. La question n'était pas seulement : comment réduire notre empreinte carbone ? Mais : comment réenchanter notre rapport au vivant ?

La session insistait sur le paradoxe fondamental du développement durable : nous savons ce qu'il faudrait faire (les solutions techniques existent dans l'ensemble), mais nous ne le faisons pas. Cet écart entre savoir et agir signale que le problème n'est pas d'abord technique mais intérieur — une question de valeurs, de vision du monde, de transformation de la conscience. C'est précisément là que l'approche intégrale apporte quelque chose que la durabilité classique ne fournit pas.

Références clés : Félix Guattari, Les Trois écologies (Galilée, 1989) ; Fritjof Capra, La Toile de la vie (Rocher, 1996) ; Thomas Berry, Le Rêve de la Terre (Médiaspaul, 1996) ; Philippe Desbrosses, Nous paysans (Rocher, 2008).

Intervenants : Étienne Avronsart, Amandine Barthélémy, Tapas Bhatt, Gauthier Chapelle, Carine Dartiguepeyrou, Philippe Desbrosses, Bénédicte Fumey, Caroline Gervais, Yolaine de la Bigne, Karim Lapp, Élisabeth Laville, Michel Saloff-Coste.

Session 6 — 24 octobre 2009 « Civilisations du futur et futur des civilisations »

La sixième session abordait la prospective civilisationnelle — le domaine par excellence de Michel Saloff-Coste et de Thierry Gaudin. Comment penser le futur des civilisations humaines au-delà de l'horizon court-termiste des marchés financiers et des cycles électoraux ? Cette question fondamentale, que les institutions politiques et économiques semblent de moins en moins capables de poser sérieusement, était au cœur du projet de l'Université Intégrale depuis sa fondation.

La Grille d'Évolution de Saloff-Coste — articulée en quatre grandes phases civilisationnelles (Chasse-Cueillette, Agriculture-Élevage, Industrie-Commerce, Création-Communication) — fournissait ici un cadre d'analyse longitudinal. La thèse centrale : nous vivons la fin de la civilisation industrielle-marchande et les prémices d'une civilisation de la création et de la communication, dont les caractéristiques fondamentales sont encore à définir collectivement. Cette thèse rejoignait les analyses d'Alvin Toffler (La Troisième Vague, 1980), Jeremy Rifkin (La Troisième Révolution industrielle, 2011), et d'une certaine façon la noosphère de Teilhard de Chardin.

La session interrogeait notamment ce que « civiliser » le futur pourrait signifier. Contre une vision techno-déterministe (le futur sera ce que les technologies feront de nous), l'Université Intégrale défendait une vision co-créatrice : le futur est le résultat de nos choix collectifs, de nos valeurs, de notre vision du monde. Ce qui supposait de prendre au sérieux les nouvelles initiatives et expérimentations qui, partout dans le monde, dessinent en creux les contours d'une nouvelle civilisation.

Références clés : Alvin Toffler, La Troisième Vague (Denoël, 1980) ; Michel Saloff-Coste, Le Management du Troisième Millénaire (Guy Trédaniel, 2005) ; Thierry Gaudin, 2100, récit du prochain siècle (Payot, 1990) ; Ervin Laszlo, Tú puedes cambiar el mundo (Nowtilus, 2003).

Intervenants : Étienne Avronsart, Anne de Bétancourt, Carine Dartiguepeyrou, Jean-Baptiste de Foucauld, Bénédicte Fumey, Thierry Gaudin, Sophie Laleman, Jacques Lesourne, Bruno Marion, Michel Saloff-Coste, Jean Staune.


Session 7 — 23 janvier 2010 « Écovie, Écoville, Écovillage »

La septième session descendait de la macro-prospective civilisationnelle vers l'échelle micro : comment vivre concrètement, au quotidien, dans l'espace de la ville, du quartier, du village, un mode de vie écologique intégral ? Elle rejoignait ainsi un mouvement mondial en pleine émergence : les écovillages, les villes en transition (le mouvement Transition Town de Rob Hopkins), les tiers-lieux, les habitats coopératifs.

La question centrale n'était pas technique mais sociale et anthropologique : comment reconstituer une socialité de la proximité dans des sociétés fragmentées par l'individualisme et la mobilité ? Comment concilier développement personnel et transformation sociale — c'est-à-dire comment faire que les changements intérieurs individuels nourrissent et soient nourris par des changements collectifs ? Ce double mouvement — intérieur et extérieur, personnel et collectif — est l'une des contributions les plus importantes de la pensée intégrale à la question environnementale.

La session mobilisait également la réflexion sur les nouvelles formes d'art de vivre : l'agriculture urbaine, la permaculture, la décroissance volontaire, les monnaies locales, l'économie du don. Ces expérimentations faisaient écho à ce que le philosophe Bernard Stiegler appelait « pharmacologie » du capitalisme : face aux « poisons » du système (déterritorialisation, perte de sens, accélération), chercher des « remèdes » dans des pratiques concrètes de réancrage local.

Références clés : Rob Hopkins, Manuel de transition (Écosociété, 2010) ; Patrick Viveret, Reconsidérer la richesse (Aube, 2003) ; Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse (Actes Sud, 2010) ; Bernard Stiegler, Prendre soin (Flammarion, 2008).

Intervenants : Carine Dartiguepeyrou, Michel Saloff-Coste, Bruno Marion, Esther Dubois, Bénédicte Fumey, Étienne Avronsart, Pierre Dommergue et Marie-Françoise Guyonaud, Anne de Béthencourt, Philippe Desbrosses, Robert Lion, Pascale d'Erm, Jean-Yves Fromonot, Véronique Bouthegourd, Brian Van Der Horst.


Session 8 — 20 avril 2010 « Asie et Occident : vers une culture intégrale ? »

La huitième session abordait l'une des questions les plus profondes et les plus urgentes de notre temps : la rencontre des civilisations. Non pas dans le sens du « choc des civilisations » de Samuel Huntington — qui voyait dans la rencontre essentiellement une source de conflits — mais dans le sens d'un dialogue fécond capable de produire une synthèse inédite, dépassant les limitations de chaque tradition.

La session explorait ce que l'Asie peut apporter à l'Occident (et vice versa) dans quatre domaines : philosophique (les traditions non-dualistes — advaïta vedanta, bouddhisme zen, taoïsme — offrant une alternative au sujet cartésien isolé), épistémologique (la connaissance par participation et contemplation, en complément de la connaissance par observation distanciée), éthique (le rapport à la nature comme communion et non comme domination), et politique (les formes de gouvernance collective traditionnelles asiatiques, du village africain à la philosophie confucéenne).

Cette session s'inscrivait dans une tradition intellectuelle inaugurée par des penseurs comme Raimundo Panikkar (La Trinité et l'expérience religieuse de l'homme), Huston Smith (Les Religions du monde), et en France par Henry Corbin (L'Imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn Arabî) et Jacques Brosse. Elle rejoignait également la conviction centrale de Laszlo : que la conscience planétaire du futur ne peut être ni occidentale, ni asiatique, mais intégrale — c'est-à-dire incluant et transcendant toutes les cultures.

Références clés : Raimundo Panikkar, Dialogue intrareligieux (Aubier, 1985) ; Fritjof Capra, Le Tao de la physique (Sand, 1985) ; Ken Wilber, Grâce et courage (Almora, 2007) ; François Jullien, Traité de l'efficacité (Grasset, 1996).

Intervenants : Michel Saloff-Coste, Bruno Marion, Étienne Avronsart, Coriam, Pierre Pyronnet, Denis Marquet, Charlotte de Silguy, Jean Larroquette, Danya Quing, Jean Staune, Floriana Pagliano.


Session 9 — 16 juin 2010 « Prospective d'un monde en mutation »

La neuvième session célébrait la publication du premier ouvrage collectif de l'Université Intégrale : Prospective d'un monde en mutation (L'Harmattan, 2010), sous la direction de Carine Dartiguepeyrou. Cet ouvrage constituait un moment charnière : il transformait la dynamique conversationnelle de l'Université Intégrale en un corpus intellectuel publié, citable, archivable.

La session posait la question fondamentale de la nature du changement contemporain : s'agit-il d'un « virage » (ajustement du système existant) ou d'une « métamorphose » (transformation radicale de la forme même du système) ? Edgar Morin avait développé cette distinction dans La Voie (2011) : les réformes de la réforme ne suffisent plus ; c'est le paradigme lui-même qui doit changer. Ervin Laszlo parlait de « shift » (basculement) : un changement de niveau dans l'organisation de la civilisation.

La présence de Matthieu Ricard — moine bouddhiste, auteur du Plaidoyer pour le bonheur (Nil, 2003) et l'un des interlocuteurs les plus reconnus du dialogue science-spiritualité — donnait à cette session une dimension contemplative. Elle signalait que la « prospective » intégrale n'est pas seulement une affaire d'analyse des tendances, mais aussi de transformation intérieure. On ne peut pas anticiper un futur radicalement différent si on reste soi-même coincé dans les catégories du passé.

Références clés : Carine Dartiguepeyrou (dir.), Prospective d'un monde en mutation (L'Harmattan, 2010) ; Edgar Morin, La Voie (Fayard, 2011) ; Matthieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur (Nil, 2003) ; Ervin Laszlo, Quantum Shift in the Global Brain (Inner Traditions, 2008).

Intervenants : Jean-Baptiste de Foucauld, Thierry Gaudin, Ervin Laszlo, Tristan Leconte, Bruno Marion, Michel Saloff-Coste, Jean Staune, Antonella Verdiani.


Session 10 — 17 novembre 2010 « Une approche intégrale de la santé »

La dixième session élargissait la réflexion intégrale à la santé — un domaine qui illustre mieux qu'aucun autre les limites du réductionnisme scientifique. La médecine occidentale moderne, fondée sur le modèle biomédical de Descartes (le corps comme machine, la maladie comme panne localisée), avait produit des résultats spectaculaires dans le traitement des maladies infectieuses et des traumatismes. Mais elle se montrait largement inadaptée face aux maladies chroniques, aux pathologies psychosomatiques, aux souffrances existentielles.

La session mobilisait la notion de santé selon la définition de l'OMS — « état de complet bien-être physique, mental et social, et pas seulement absence de maladie ou d'infirmité » — pour l'élargir encore : la santé comme équilibre dynamique entre dimensions physique, psychique, mentale et spirituelle, en interaction constante avec l'environnement. Cette vision rejoignait la médecine ayurvédique, la médecine traditionnelle chinoise, et les approches de la médecine intégrative (Andrew Weil, Deepak Chopra).

La Charte d'Ottawa (1986), rappelée en introduction de la session, avait déjà posé le principe que la santé est une responsabilité collective, relevant de l'environnement physique, social, économique et politique autant que du comportement individuel. L'approche intégrale allait plus loin : la santé est aussi affaire de sens, de valeurs, de vision du monde. Une société qui perd le sens produit de la maladie — et pas uniquement des maladies psychiatriques.

Références clés : Andrew Weil, Spontaneous Healing (Knopf, 1995) ; Deepak Chopra, Les Prescriptions quantiques (Pocket, 1990) ; David Servan-Schreiber, Guérir (Laffont, 2003) ; Boris Cyrulnik, Les Nourritures affectives (Odile Jacob, 1993).

Intervenants : Étienne Avronsart, Philippe Brizon, Jacques Collin, Marie-Ange Cotteret, Philippe Desbrosses, Dominique Éraud, Ezzedine El Mestiri, Anne-Marie Filliozat, François Galas, Éric Grelet, Sylvie Lefranc, Pascale Leger, Edmée Guyon, Marguerite Kardos, Francis Lautard, Miroslava Ledo, Poumi Lescaut, Catherine Lesecq, Pierre Nicolas, Dominique Paulin, Martin Rieussec, Michel Saloff-Coste, Daniel Scimeca, Kiran Vyas, Patrick Viveret, Jacqueline Warnet.


Session 11 — 16 février 2011 « Vers une entreprise intégrale ? »

La onzième session abordait la transformation de l'entreprise — lieu central de la civilisation industrielle et marchande — à la lumière de l'approche intégrale. La question n'était pas simplement celle de la RSE (responsabilité sociale des entreprises), qui restait le plus souvent un vernis éthique appliqué sur un modèle inchangé. Il s'agissait de questionner la finalité même de l'entreprise : pour qui existe-t-elle ? Pour ses actionnaires seuls, ou pour l'ensemble de ses parties prenantes — employés, clients, communautés, biosphère ?

La session esquissait le portrait de ce que Frédéric Laloux allait théoriser en 2014 sous le nom d'« organisation opale » dans Reinventing Organizations : une entreprise consciente de sa raison d'être évolutive (beyond profit), fondée sur l'auto-organisation et la plénitude de ses membres, et conçue comme un organisme vivant plutôt que comme une machine. Laloux s'appuyait explicitement sur Ken Wilber et la Spiral Dynamics — deux références centrales de l'Université Intégrale. La session de février 2011 anticipait donc ce qui deviendrait l'un des courants les plus influents du management du XXIe siècle.

La présence de Cyril Dion, alors co-fondateur du mouvement Colibris avec Pierre Rabhi, signalait la convergence entre l'entreprise intégrale et le mouvement de la transition écologique et sociale. L'entreprise du futur ne peut être pensée séparément de la transformation de la société qui l'environne — et inversement, la transformation sociale passe en grande partie par la transformation des organisations qui structurent la vie collective.

Références clés : Frédéric Laloux, Reinventing Organizations (Nelson Parker, 2014) ; Ricardo Semler, À contre-courant (Dunod, 1993) ; Muhammad Yunus, Vers un nouveau capitalisme (Lattès, 2008) ; Charles Handy, The Age of Unreason (Harvard Business Review Press, 1989).

Intervenants : Alain Arsoneau, Bernard Benattar, Fredy Berthonneau, Margot Borden, Jean-Marc Borello, Justine Caulliez, Danièle Darmouni, Carine Dartiguepeyrou, Isabelle Desplats, Sabine Devlieger, Cyril Dion, Bénédicte Fumey, Caroline Gervais, Jacques Giraud, Edel Gött, Eric Grelet, Caroline Guidetti, Guillaume Hermitte, Jacques Huybrechts, Daniel Joutard, Francis Kretz, Sylvie Lefranc, Philippe Le Roux, Dominique Marty, Thanh Nghiem, Olivier Réaud, Stéphane Riot, Alexandre Rojey, Martine Roussel-Adam, Michel Saloff-Coste, Gérard Schoun, Solen Penchèvre.


Session 12 — 24 mai 2011 « Société et politiques intégrales »

La douzième session portait la réflexion au niveau politique — peut-être le niveau le plus délicat pour une pensée qui refuse les simplifications idéologiques. Que pourrait être une politique intégrale ? Ni de droite ni de gauche, selon la formule consacrée — mais en réalité ni l'une ni l'autre précisément parce qu'elle les inclut toutes deux dans une vision plus vaste.

La session convoquait la notion de « politique de civilisation » — terme popularisé en France par Edgar Morin dans sa collaboration avec Nicolas Sarkozy (2007), mais dont Morin avait fait un tout autre usage dans ses textes ultérieurs. Une politique de civilisation, telle que l'entendait l'Université Intégrale, est une politique qui pose la question du sens collectif, du bien commun, de la qualité de vie et de la conscience — et non seulement de la croissance économique ou de la sécurité.

La présence d'Ervin Laszlo et de Marc Luyckx Ghisi — auteur de L'Enjeu du XXIe siècle (L'Aube, 1995) et ancien conseiller de la Commission Européenne — donnait à cette session une dimension géopolitique. La question de la gouvernance planétaire — comment organiser des institutions capables de gérer des problèmes globaux (changement climatique, migrations, armements) — était posée dans un cadre intégral : non pas simplement technocratique, mais fondé sur une transformation des valeurs et de la conscience collective.

Références clés : Edgar Morin, Pour une politique de civilisation (Arléa, 1997) ; Marc Luyckx Ghisi, L'Enjeu du XXIe siècle (Aube, 1995) ; Ervin Laszlo, The Chaos Point (Hampton Roads, 2006) ; Jean-Baptiste de Foucauld, Les Trois cultures du développement humain (Odile Jacob, 2002).

Intervenants : Alain Dolium, Alexandre Burnand, Bénédicte Fumey, Carine Dartiguepeyrou, Caroline Guidetti, Éric Grelet, Ervin Laszlo, Francis Jutand, Jean-Baptiste de Foucauld, Justine Caulliez, Marc Luyckx Ghisi, Michel Saloff-Coste, Patrice Van Eersel, Sylvie Lefranc.


Session 13 — 19–20 septembre 2011 « Nouvelles valeurs, nouvelles richesses, nouvelles monnaies »

La treizième session — la plus longue du cycle, s'étalant sur deux jours — était aussi la plus directement liée à la publication d'un ouvrage : Au-delà de la crise financière (L'Harmattan, 2011). Elle posait la question qui était au cœur de la crise de 2008 mais que les réponses politiques et économiques officielles avaient soigneusement évitée : que voulons-nous vraiment ? Quelle est la richesse qui compte vraiment ?

La présence de Bernard Lietaer — économiste belge et l'un des architectes du système monétaire européen, auteur de The Future of Money (2001) — était l'un des événements intellectuels majeurs du cycle. Lietaer défendait une thèse révolutionnaire : le monopole des monnaies nationales et le système d'intérêt composé sont structurellement producteurs d'instabilité et de destruction des communs. Des systèmes monétaires complémentaires (monnaies locales, monnaies d'échange de temps, monnaies de coopération) permettraient de créer une économie fondée sur la coopération plutôt que sur la compétition.

La session interrogeait également les indicateurs de richesse : au-delà du PIB, quels sont les indicateurs d'une société véritablement épanouissante ? L'Indicateur de Développement Humain (IDH) du PNUD, le Bonheur National Brut du Bhoutan, l'Indice de Bonheur Planétaire de la New Economics Foundation — autant d'alternatives qui refleurissaient depuis la crise. Cette interrogation n'était pas purement technique : elle renvoyait à la question philosophique fondamentale de ce que nous voulons être en tant que civilisation.

Références clés : Bernard Lietaer, Au cœur de la monnaie (Yves Michel, 2011) ; Patrick Viveret, Reconsidérer la richesse (Aube, 2003) ; Joseph Stiglitz, Amartya Sen, Jean-Paul Fitoussi, Richesse des nations et bien-être des individus (Odile Jacob, 2009) ; Tim Jackson, Prospérité sans croissance (De Boeck, 2010).

Intervenants : Jean-Éric Aubert, Laurent Béduneau-Wang, Jean-Pierre Caldier, Christophe Cesetti, Jean-Michel Cornu, Carine Dartiguepeyrou, Philippe Derudder, Esther Dubois, Bénédicte Fumey, Thierry Gaudin, Pascal Hennequin, Clarisse Herrenschmidt, Joël Houdet, Bernard Lietaer, Olivier Maurel, Jean-Louis Mineo, Michel Nguyen The, Claude Périgaud, Jacques de Saint Front, Pauline de Saint Front, Sybille Saint Girons, Michel Saloff-Coste, Jean-Baptiste Soufron, Marc Tirel, Michel Veillard, Célina Whitaker, Patrick Viveret.


Session 14 — 17 février 2012 « L'approche intégrale dans l'Art et la création contemporaine »

La quatorzième session ouvrait une dimension que l'Université Intégrale avait paradoxalement peu abordée directement jusqu'alors : l'art. Pourtant, l'art est au cœur de la vision intégrale — il constitue l'un des trois grands langages de la connaissance humaine, avec la science et la spiritualité, et peut-être le plus capable de tenir ensemble les dimensions que la philosophie discursive a tendance à séparer.

La question directrice — comment la philosophie intégrale peut-elle nous éclairer dans la compréhension des multiples courants de l'art contemporain ? — permettait de relire l'histoire de l'art moderne comme une spirale de développement de la conscience. Ken Wilber lui-même avait consacré un ouvrage important à cette question : The Eye of Spirit (1997), où il propose une cartographie intégrale de l'esthétique. Michel Saloff-Coste, artiste de formation (École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, atelier de Gustave Singier) et auteur d'une œuvre plastique multimédia, apportait ici une expérience vécue irremplaçable.

La session permettait de comprendre comment des mouvements artistiques apparemment opposés — abstraction lyrique, pop art, conceptual art, art corporel, art numérique — peuvent être lus comme des expressions de niveaux différents de développement de la conscience. Non pour hiérarchiser l'art de façon simpliste, mais pour comprendre que chaque mouvement répond à une question existentielle précise posée par son époque, et que leur diversité témoigne de la richesse de la quête humaine de sens et de beauté.

Références clés : Ken Wilber, The Eye of Spirit (Shambhala, 1997) ; Wassily Kandinsky, Du spirituel dans l'art (Denoël, 1989) ; Michel Saloff-Coste, Paris la nuit (Balland, 1982) ; Jean-Pierre Klein, L'Art-thérapie (Que Sais-Je ?, 2014).

Intervenants : Gil Adamy, Étienne Avronsart, Clara Breteau, Michel Cazenave, Justine Caulliez, Bénédicte Fumey, Alain Gourhant, Bruno Marion, Dominique Marty, Michel Nguyen The, Michel Saloff-Coste, Maude Sauvagé, Michel Podolak, Ahmed Azouz, Françoise Bernard, Patrice Cazelles, Alain Gauthier, Jean-Pierre Klein, Cosmas Koroneos.


Session 15 — 4 juin 2012 « Les voies de la résilience »

La quinzième session, liée à la publication du second ouvrage collectif de l'Université Intégrale (Les voies de la résilience, L'Harmattan, 2012), abordait la question de la résilience — terme qui, emprunté à la physique des matériaux et popularisé par Boris Cyrulnik en psychologie, avait envahi le vocabulaire des sciences sociales et de la prospective. Comment les individus, les communautés et les sociétés peuvent-ils traverser les crises, les ruptures et les effondrements tout en se réinventant ?

La session se distinguait des approches superficielles de la résilience — qui en font parfois un argument pour tolérer l'intolérable (« résistez, adaptez-vous ») — en posant la question de la transformation comme condition de la résilience authentique. Un système résilient n'est pas un système qui rebondit à l'identique ; c'est un système qui sait mourir à ce qu'il était pour naître à ce qu'il peut devenir. Cette distinction entre résilience adaptative et résilience transformatrice était au cœur de la contribution d'Edgar Morin à la session.

La question « comment prendre le chemin de l'espérance ? » donnait à cette session une dimension éthique et existentielle. L'espérance — distincte de l'optimisme béat — est pour Morin, comme pour Ernst Bloch (Le Principe Espérance, 1954), une orientation active : elle n'est pas la croyance que tout ira bien, mais la décision de travailler à ce que les choses puissent aller mieux. C'est un acte de volonté fondé sur la lucidité.

Références clés : Carine Dartiguepeyrou (dir.), Les voies de la résilience (L'Harmattan, 2012) ; Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur (Odile Jacob, 1999) ; Edgar Morin & Anne-Brigitte Kern, Terre Patrie (Seuil, 1993) ; Ernst Bloch, Le Principe Espérance (Gallimard, 1976).

Intervenants : Mathieu Baudin, Bernard-Marie Chiquet, Carine Dartiguepeyrou, Vincent Devictor, Lorenza Garcia, Étienne Godinot, Christine Hardy, Edgar Morin, Laurent Muratet, Edouard Rousseau, Patrick Viveret.


Session 16 — 30 novembre 2012 « Éducation et co-évolution »

La seizième session revenait à la question de l'éducation — abordée une première fois lors de la troisième session (janvier 2009) — mais avec une profondeur et une urgence accrues. Trois ans après, le constat était sans appel : les systèmes éducatifs des pays développés restaient profondément inadaptés aux défis du XXIe siècle. Ils continuaient de former à la résolution de problèmes simples dans des disciplines cloisonnées, alors que le monde était devenu un espace de problèmes complexes, transdisciplinaires et sans frontières stables.

La notion de « co-évolution » introduisait une dimension systémique : éducation et société évoluent ensemble, en interaction récursive. On ne peut pas réformer l'éducation sans transformer la société qui la produit — et inversement. La session interrogeait donc les expériences d'éducation alternatives (Maria Montessori, Rudolf Steiner, Célestin Freinet, Ivan Illich) non comme des curiosités marginales, mais comme des laboratoires préfigurant l'éducation du futur.

La présence de François Taddei — alors directeur du Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI) de Paris, fondateur d'une pédagogie de la curiosité et de la créativité — et de Pascal Picq, paléoanthropologue et auteur de nombreux ouvrages sur l'évolution humaine, donnait à cette session sa double ancrage : dans l'innovation pédagogique contemporaine d'une part, dans la longue durée de l'évolution humaine d'autre part.

Références clés : Ivan Illich, Une société sans école (Seuil, 1971) ; Ken Robinson, L'Élément (Dunod, 2013) ; François Taddei, Apprendre au XXIe siècle (Calmann-Lévy, 2019) ; Pascal Picq, Un paléoanthropologue dans l'entreprise (Eyrolles, 2011).

Intervenants : Justine Caulliez, Lionel Claris, Carine Dartiguepeyrou, Bénédicte Fumey, Évelyne Girard, Claire Héber-Suffrin, Roswitha Lanquetin, Jonathan Levy, Denis Marquet, Dominique Marty, Har Atma Kaur, Karine Mavezet, Philippe Nicolas, Nadine Outin, Camille Perrin, Pascal Picq, Marine Quenin, Martine Roussel-Adam, Vinciane Rycroft, Catherine Schmider, Caroline Sost, François Taddei, Antonella Verdiani, Patrick Viveret.


Session 17 — 9 juin 2013 « Le nouveau paradigme de la co-évolution »

La dix-septième session plaçait au centre de la réflexion la notion de paradigme — au sens kuhnien du terme (Structure des révolutions scientifiques, 1962) : un ensemble de présupposés fondamentaux, de méthodes et de valeurs qui définissent ce que c'est que « faire de la science » à une époque donnée. Le paradigme dominant depuis Descartes et Newton — mécanisme, réductionnisme, dualisme sujet/objet — était-il en train de basculer vers un paradigme différent, plus systémique, plus intégral, plus conscient de la subjectivité inhérente à tout acte de connaissance ?

La session mettait en dialogue trois grandes traditions de pensée du changement paradigmatique : la tradition intégrale de Ken Wilber (avec Steve McIntosh comme représentant de la génération suivante) ; la tradition systémique représentée par Laszlo et ses collaborateurs ; et la tradition française de la complexité représentée par Morin. Ces trois traditions convergent sur l'essentiel — le paradigme dominant est épuisé — mais diffèrent dans leurs réponses : Wilber insiste sur la dimension développementale (les niveaux de conscience), Laszlo sur la dimension cosmologique (le champ akashique), Morin sur la dimension méthodologique (la pensée dialogique).

La notion de co-évolution — introduite par Gregory Bateson dans les années 1970 et popularisée par Fritjof Capra — signifiait que les différentes traditions ne s'excluent pas mutuellement mais co-évoluent vers une synthèse qui les dépasse toutes. C'était précisément le pari de l'Université Intégrale.

Références clés : Thomas Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques (Flammarion, 1972) ; Steve McIntosh, Integral Consciousness (Paragon House, 2007) ; Gregory Bateson, Steps to an Ecology of Mind (1972) ; Ervin Laszlo, The Systems View of the World (1972).

Intervenants : Carine Dartiguepeyrou, Alain Gauthier, Jennifer Gildey, Gyorgyi Szabo, Ervin Laszlo, Steve McIntosh, Michel Saloff-Coste.


Session 18 — 3 octobre 2013 « Regards croisés sur le futur de l'énergie planétaire »

La dix-huitième et dernière session du premier cycle de l'Université Intégrale portait sur l'énergie — thème en apparence technique mais qui se révèle, à la lumière intégrale, être l'une des questions philosophiques et civilisationnelles les plus profondes. Quelle énergie choisissons-nous de mobiliser ? Cette question engage en réalité notre rapport à la nature, notre modèle de développement, notre vision du temps et de la finitude.

La session refusait le faux dilemme entre croissance verte et décroissance. Elle proposait un cadre de réflexion plus ambitieux : une civilisation fondée sur des énergies renouvelables et distribuées (solaire, éolien, géothermique, biomasse) n'est pas seulement une civilisation qui a changé de sources d'énergie — c'est une civilisation qui a changé de paradigme relationnel. L'énergie centralisée et fossile correspond à une civilisation hiérarchique et extractive ; l'énergie distribuée et renouvelable correspond à une civilisation réticulaire et coopérative.

La présence de Kimon Valaskakis — diplomate canadien, fondateur du Club of Athens et auteur de The Sustainable Society (1974) — et de Jérôme Bindé — directeur de la prospective à l'UNESCO — donnait à cette session une dimension internationale et diplomatique. La question de l'énergie planétaire ne peut être résolue que par une gouvernance planétaire fondée sur des valeurs communes — ce qui renvoyait directement au projet fondateur du Club de Budapest et de l'Université Intégrale.

Références clés : Jeremy Rifkin, La Troisième Révolution industrielle (Les Liens qui Libèrent, 2011) ; Jancovici & Grandjean, Le Monde sans fin (Dargaud, 2021) ; Amory Lovins, Factor Four (Earthscan, 1997) ; Gaston Bachelard, La Psychanalyse du feu (Gallimard, 1938).

Intervenants : Jean-Éric Aubert, Étienne Avronsart, Shéhérazade Benzerga, Jérôme Bindé, Jean-Louis Bobin, Justine Caulliez, Henri Conze, Carine Dartiguepeyrou, Thierry Gaudin, Bettina Laville, Claude Lenglet, Tristan Lecomte, Jean-Louis Jourdan, Alexandre Rojey, Marc Roquette, Michel Saloff-Coste, Kimon Valaskakis.

 

CONCLUSION L'Université Intégrale et l'histoire des idées

Dix-huit journées. Cinq années. Plusieurs centaines d'intervenants. Trois ouvrages collectifs. Un public fidèle et engagé. Qu'a produit l'Université Intégrale dans le champ de la connaissance contemporaine ?

La première contribution est peut-être la plus modeste en apparence, mais la plus fondamentale en réalité : elle a maintenu vivant, dans le paysage intellectuel français, un espace de réflexion transdisciplinaire authentique — c'est-à-dire un espace où un économiste pouvait dialoguer avec un moine bouddhiste, un neuroscientifique avec un artiste, un prospectiviste avec un théologien. Ces dialogues ne produisent pas toujours une synthèse immédiate, mais ils créent quelque chose d'irremplaçable : une culture de la complexité, une tolérance épistémique, une humilité devant l'ampleur de ce que nous ne savons pas encore.

Une nouvelle épistémologie pour le XXIe siècle

La pensée systémique, holistique et intégrale portée par l'Université Intégrale constitue bien une nouvelle épistémologie — c'est-à-dire un nouveau cadre de référence pour comprendre comment nous connaissons le réel et comment nous pouvons agir sur lui. Cette épistémologie se distingue du paradigme dominant sur plusieurs points fondamentaux.

Elle est relationnelle plutôt qu'atomiste : elle part de la relation et non de l'élément isolé. Elle est processuelle plutôt que substantielle : elle s'intéresse aux dynamiques et aux transformations plutôt qu'aux états stables. Elle est perspectiviste plutôt qu'objectiviste : elle reconnaît que tout point de vue est situé, et que la connaissance complète requiert l'intégration de perspectives multiples. Elle est intérieure autant qu'extérieure : elle prend au sérieux la subjectivité, la conscience et la spiritualité comme dimensions irréductibles de la réalité.

Ces caractéristiques ne sont pas simplement théoriques. Elles ont des implications pratiques considérables : dans le management (les organisations sont des systèmes vivants, pas des machines) ; dans la politique (les sociétés sont des écosystèmes complexes, pas des mécaniques réformables à volonté) ; dans la santé (les êtres humains sont des unités corps-psyché-esprit, pas des assemblages de pièces défaillantes) ; dans l'éducation (les intelligences sont multiples et enchevêtrées, pas linéaires et séparables).

La pérennité d'une question

L'Université Intégrale s'est interrogée sur sa propre pérennité dans le document de clôture de son premier cycle. Son modèle événementiel, fondé sur le bénévolat et l'indépendance institutionnelle, lui avait permis une liberté intellectuelle exceptionnelle mais l'avait exposée à une précarité structurelle. La question restait ouverte : comment institutionnaliser une pensée qui, par définition, se méfie des institutions ?

Cette tension est peut-être insoluble — et peut-être productive. Les grandes avant-gardes intellectuelles ont souvent fonctionné ainsi : le Bloomsbury Group, le Cercle de Vienne, le Collège de Sociologie des années 1930, l'École de Francfort. Elles n'ont pas perduré comme institutions mais elles ont transformé durablement le paysage intellectuel de leur temps. L'Université Intégrale, en produisant trois ouvrages collectifs et en formant pendant cinq ans un réseau de penseurs engagés dans une réflexion commune, a peut-être accompli l'essentiel de ce qui était en son pouvoir.

Ce qui demeure, au-delà des sessions et des publications, c'est une intuition fondamentale que l'Université Intégrale a su formuler, défendre et illustrer avec constance : que les crises contemporaines — écologique, sociale, politique, spirituelle — ne sont pas des crises techniques solubles par des innovations techniques. Elles sont des crises de conscience, appelant une transformation profonde de notre façon de nous penser nous-mêmes, de penser notre rapport aux autres et à la nature, de penser le temps et le sens. L'approche intégrale n'est pas la solution à ces crises — aucune approche ne l'est. Mais elle constitue peut-être l'un des meilleurs cadres disponibles pour penser ces crises sans les réduire et pour agir sur elles sans les simplifier.

« « Nous vivons une période axiale. Les choix que nous faisons maintenant — individuellement et collectivement — détermineront si nous entrons dans une ère de destruction ou dans une ère de transformation. L'approche intégrale est une façon de tenir les deux possibilités sans se réfugier dans l'optimisme ou le pessimisme, mais en travaillant, lucidement et joyeusement, à ce que la transformation l'emporte. » »

Ervin Laszlo, Club de Budapest, Paris, 2010.

 

BIBLIOGRAPHIE THÉMATIQUE COMMENTÉE

Les ouvrages suivants constituent les références essentielles pour comprendre l'ensemble de la problématique développée par l'Université Intégrale. Ils sont regroupés par thématique.

I. Théorie intégrale et approche systémique


Ken Wilber — Une théorie de tout (Rocher, 2000)

Introduction accessible au modèle AQAL de Wilber (tous quadrants, tous niveaux), qui vise à intégrer les apports de toutes les disciplines — sciences naturelles, sciences humaines, psychologie développementale, traditions spirituelles — dans un cadre cohérent. L'ouvrage montre comment cette cartographie s'applique aux enjeux politiques, économiques et spirituels contemporains. Point d'entrée indispensable pour comprendre ce que signifie penser « intégralement ».


Ervin Laszlo — Science et Champ akashique (Ariane, 2004)

Laszlo propose ici sa théorie d'un champ d'information cosmique (le « champ A ») qui sous-tendrait toute réalité physique et biologique. S'appuyant sur les dernières découvertes de la physique quantique, de la cosmologie et des neurosciences, il argumente que la conscience n'est pas un épiphénomène de la matière mais une propriété fondamentale de l'univers. Ouvrage central pour comprendre l'ancrage cosmologique de l'Université Intégrale.


Edgar Morin — La Méthode, 6 volumes (Seuil, 1977–2004)

L'œuvre maîtresse de Morin — trente ans de travail — constitue le programme le plus ambitieux de refondation épistémologique proposé dans la tradition française depuis Descartes. Morin y développe les principes de la pensée complexe : dialogique (tenir ensemble des termes antagonistes), récursivité (les produits et effets sont aussi causes et producteurs), hologrammatique (la partie contient le tout). Lecture exigeante mais indispensable pour comprendre la profondeur des enjeux épistémologiques auxquels l'Université Intégrale s'attaquait.


Don Beck & Chris Cowan — Spiral Dynamics (Blackwell, 1996)

Beck et Cowan développent et popularisent la « psychologie des niveaux d'existence » de Clare Graves, en proposant une carte des systèmes de valeurs humains organisés en niveaux d'émergence (mème beige, violet, rouge, bleu, orange, vert, jaune, turquoise). Outil analytique puissant pour comprendre les conflits de valeurs entre individus, organisations et civilisations. Wilber a intégré ce modèle dans son cadre AQAL.


II. Prospective et mutations civilisationnelles


Michel Saloff-Coste — Le Management du Troisième Millénaire (Guy Trédaniel, 1991/2005)

L'ouvrage fondateur de Saloff-Coste, écrit au sein du Centre de Prospective du Ministère de la Recherche français, propose une vision holistique du passage de la civilisation industrielle à la civilisation de la création et de la communication. Articulé autour de la « Grille d'Évolution » en quatre phases et de la théorie des Champs de Réalité, il constitue l'un des textes prospectifs les plus cohérents et les plus durables produits en France depuis les années 1990.


Thierry Gaudin — 2100, récit du prochain siècle (Payot, 1990)

Œuvre collective produite au sein du Centre de Prospective du Ministère de la Recherche, sous la direction de Thierry Gaudin, qui a coordonné 700 chercheurs pendant une décennie. Ce livre trace un portrait du XXIe siècle à partir des grandes tendances technologiques, économiques, sociales et spirituelles. Michel Saloff-Coste en a été l'un des contributeurs essentiels. Référence fondatrice de la prospective française.


Alvin Toffler — La Troisième Vague (Denoël, 1980)

Toffler analyse l'histoire humaine comme une succession de « vagues » civilisationnelles — la révolution agricole, la révolution industrielle, et la révolution de l'information — dont chacune transforme radicalement les modes de production, d'organisation sociale et de pensée. Ouvrage précurseur qui a influencé directement la Grille d'Évolution de Saloff-Coste.


Carine Dartiguepeyrou (dir.) — Prospective d'un monde en mutation (L'Harmattan, 2010)

Premier ouvrage collectif de l'Université Intégrale. Il rassemble les contributions de chercheurs de premier plan (Laszlo, Morin, Ricard, Gaudin, Staune, Marion) autour de la question des transformations civilisationnelles contemporaines. Ouvrage de référence pour comprendre la synthèse intellectuelle produite par les premières sessions de l'Université Intégrale.


II. Pensée complexe et systémique


Joël de Rosnay — Le Macroscope (Seuil, 1975)

De Rosnay introduit en France la pensée systémique comme outil d'analyse du monde contemporain. Le « macroscope » — l'instrument qui permettrait de voir les grandes structures et dynamiques qui nous gouvernent — est une métaphore puissante pour ce qu'Edgar Morin appellera la pensée complexe. Ouvrage fondateur de la culture systémique française.


Fritjof Capra — La Toile de la vie (Rocher, 1996)

Capra présente une synthèse de la pensée des systèmes vivants, de l'autopoïèse de Maturana et Varela à la théorie de Gaïa de Lovelock. Il montre comment une vision systémique et écologique du vivant pourrait refonder nos approches de la biologie, de la médecine, de l'économie et de l'organisation sociale. Un classique indispensable pour comprendre les fondements biologiques de l'approche intégrale.


IV. Économie alternative et nouvelles richesses


Bernard Lietaer — Au cœur de la monnaie (Yves Michel, 2011)

Lietaer — économiste qui a participé à la conception du système monétaire européen — démontre que notre système monétaire actuel (monopole des monnaies nationales, intérêt composé) est structurellement destructeur des liens sociaux et de l'environnement. Il propose des systèmes monétaires complémentaires capables de financer la coopération, les communs et la transition écologique. Ouvrage révolutionnaire qui a ouvert à l'Université Intégrale une voie vers une économie intégrale.


Patrick Viveret — Reconsidérer la richesse (Aube, 2003)

Viveret, philosophe et ancien conseiller à la Cour des Comptes, questionne radicalement la notion de richesse dominante et propose de la refonder sur des bases éthiques et anthropologiques. Sa réflexion sur les indicateurs alternatifs au PIB (bien-être, liens sociaux, santé des écosystèmes) a directement influencé les travaux de la treizième session de l'Université Intégrale.


V. Spiritualité et science


Sri Aurobindo — La Synthèse des yogas (Albin Michel, 1981)

Aurobindo (1872-1950), philosophe indien formé à Cambridge, propose une synthèse monumentale des traditions yogiques orientales et de la pensée évolutive occidentale. Sa notion d'« Esprit descendant dans la matière » et sa vision d'un surhomme futur font de lui l'un des précurseurs de la philosophie intégrale. Ken Wilber le cite régulièrement comme l'un de ses inspirateurs fondamentaux.


Teilhard de Chardin — Le Phénomène humain (Seuil, 1955)

Jésuite et paléontologue, Teilhard de Chardin propose une vision de l'évolution comme processus orienté vers un « point Oméga » — convergence ultime de la conscience cosmique. Sa notion de noosphère (l'enveloppe pensante de la Terre) a directement influencé Laszlo, Morin et Saloff-Coste. Texte fondateur de la pensée intégrale en France.


Matthieu Ricard — Plaidoyer pour le bonheur (Nil, 2003)

Moine bouddhiste et docteur en génétique cellulaire, Ricard traduit la sagesse bouddhiste en termes accessibles à un public occidental cultivé. Sa réflexion sur la nature de la conscience, sur les pratiques contemplatives comme technologies de transformation intérieure, et sur le bonheur comme qualité d'être plutôt que d'avoir, rejoint les préoccupations centrales de l'Université Intégrale.


VI. Ouvrages publiés dans le cadre de l'Université Intégrale


Carine Dartiguepeyrou (dir.) — Au-delà de la crise financière (L'Harmattan, 2011)

Deuxième ouvrage collectif de l'Université Intégrale, directement issu de la treizième session. Il propose une analyse systémique de la crise de 2008 et ouvre des perspectives pour une économie fondée sur des valeurs différentes — coopération, commons, mesures alternatives du bien-être. Contribution essentielle au débat sur l'après-capitalisme.


Carine Dartiguepeyrou (dir.) — Les voies de la résilience (L'Harmattan, 2012)

Troisième ouvrage collectif, issu de la quinzième session. Il explore les dynamiques de résilience individuelle et collective face aux chocs systémiques contemporains. La contribution d'Edgar Morin lui donne une profondeur philosophique qui dépasse les approches purement pragmatiques ou managériales de la résilience.

 

INDEX DES PERSONNES CITÉES Notices biographiques

Les notices suivantes présentent les principales personnalités mentionnées dans les travaux de l'Université Intégrale.


AUBERT Jean-Éric

Économiste et prospectiviste français, spécialiste du développement et de l'innovation au sein de la Banque mondiale, dont il a dirigé plusieurs programmes de recherche sur les politiques d'innovation dans les pays en développement. Collaborateur régulier des travaux de prospective de Thierry Gaudin, il a contribué à plusieurs sessions de l'Université Intégrale notamment sur les questions de mutations économiques mondiales et de nouvelles richesses. Il incarne la convergence entre l'expertise institutionnelle internationale et la réflexion systémique intégrale.


AUROBINDO Ghose, dit Sri Aurobindo (1872–1950)

Philosophe, poète et guide spirituel indien, né à Calcutta, formé à Cambridge, Sri Aurobindo est l'un des pères de la philosophie intégrale mondiale. D'abord militant pour l'indépendance de l'Inde, il se retire en 1910 à Pondichéry, alors territoire français, où il développe pendant quarante ans une œuvre philosophique et spirituelle monumentale. Sa Synthèse des yogas (1914-1921) propose une intégration inédite des quatre voies du yoga classique (jnana, bhakti, karma, raja) dans une vision évolutive de la conscience humaine. Sa philosophie de « l'Esprit descendant dans la matière » et sa vision d'un surhomme futur (Supramental) font de lui une référence incontournable pour tous les penseurs de l'évolution de la conscience. Wilber, Laszlo et Saloff-Coste s'y réfèrent régulièrement.


BECK Don Edward (1937–2022)

Psychologue américain, co-auteur avec Chris Cowan de Spiral Dynamics (1996), ouvrage qui développe et popularise la psychologie des niveaux d'existence du psychologue Clare Graves. Beck a travaillé avec Nelson Mandela lors de la transition sud-africaine post-apartheid, appliquant la Spiral Dynamics à la réconciliation nationale. Son modèle — qui cartographie l'évolution des systèmes de valeurs humains à travers une série de niveaux-mèmes — est l'une des références théoriques fondamentales de la pensée intégrale et a été intégré par Ken Wilber dans son cadre AQAL.


CAPRA Fritjof (né en 1939)

Physicien théoricien et auteur autrichien, Capra est l'un des principaux vulgarisateurs de la pensée systémique et écologique dans le monde occidental. Son Tao de la physique (1975) a ouvert un dialogue historique entre physique quantique et traditions spirituelles orientales. La Toile de la vie (1996) propose une synthèse de la biologie systémique, de l'écologie et de la théorie des systèmes vivants. Le Point de retournement (1983) analyse la crise multidimensionnelle de la civilisation occidentale à travers le prisme systémique. Ses travaux ont influencé directement Ervin Laszlo et sont une référence centrale de l'Université Intégrale.

DARTIGUEPEYROU Carine

Chercheuse en prospective et management, co-fondatrice et co-animatrice de l'Université Intégrale, Carine Dartiguepeyrou est la principale collaboratrice intellectuelle de Michel Saloff-Coste depuis 2001. Ensemble, ils ont co-écrit Les horizons du futur (Guy Trédaniel, 2001), Trouver son génie (Guy Trédaniel, 2005), et co-coordonné les séries récentes publiées chez ISTE/Wiley. À l'Université Intégrale, elle assure un rôle central d'architecte intellectuelle et d'éditrice scientifique, notamment en dirigeant les trois ouvrages collectifs publiés chez L'Harmattan. Sa maîtrise des dynamiques collectives, son sens de la synthèse et sa capacité à maintenir une cohérence thématique à travers la diversité des contributeurs font d'elle un pilier irremplaçable du projet.


DE FOUCAULD Jean-Baptiste

Haut fonctionnaire et philosophe social français, ancien commissaire au Plan, fondateur du mouvement Solidarités Nouvelles face au Chômage et de l'association Démocratie et Spiritualité. Il est l'auteur de Les Trois cultures du développement humain (Odile Jacob, 2002) et de La Société de connivence (Mille et Une Nuits, 2011). Sa réflexion articule économie, démocratie et spiritualité dans une perspective qui rejoint les préoccupations fondamentales de l'Université Intégrale. Il représente une voix unique dans le paysage intellectuel français qui tente de réconcilier l'engagement politique concret avec une vision spirituelle du bien commun.


GAUDIN Thierry (né en 1940)

Ingénieur et prospectiviste français, fondateur du Centre de Prospective du Ministère de la Recherche et de la Technologie, Gaudin est l'une des figures les plus importantes de la prospective française. Il a dirigé le projet « 2100 : récit du prochain siècle » (1990), auquel ont participé 700 chercheurs dont Michel Saloff-Coste. Auteur de Introduction à l'économie cognitive (Presses de l'École des mines, 1997) et de La Peau de l'Ours (2010), il développe une vision de l'évolution humaine articulant technologie, économie et conscience. Son concept de « mutations cognitives » rejoint directement les préoccupations de l'Université Intégrale.


GAUTHIER Alain

Consultant en développement organisationnel et leadership, fondateur du Creative Leadership Center à Paris, co-auteur avec Michel Saloff-Coste de La Nouvelle Avant-Garde (L'Harmattan, 2013). Gauthier travaille depuis plusieurs décennies sur l'émergence de nouvelles formes de leadership fondées sur la conscience collective et l'intelligence distribuée. Ses références théoriques incluent Ken Wilber, Otto Scharmer (Théorie U) et les approches intégrales du développement organisationnel. Il représente à l'Université Intégrale le pont entre la réflexion philosophique intégrale et les pratiques concrètes de transformation des organisations.


LASZLO Ervin (né en 1932)

Philosophe des sciences et théoricien des systèmes hongrois, enfant prodige du piano (premier concert à 9 ans avec l'Orchestre symphonique de Budapest), Laszlo a abandonné à 35 ans une brillante carrière de concertiste international pour se consacrer à la philosophie et à la théorie des systèmes. Docteur ès lettres et sciences humaines de la Sorbonne (1970), professeur à l'Université Yale (1966-1984), il a publié plus de 75 livres traduits en 33 langues. Fondateur en 1993 du Club de Budapest — organisation internationale promouvant la conscience planétaire —, deux fois nominé pour le prix Nobel de la Paix, il est l'auteur d'une théorie du champ akashique (« champ A ») qui propose une vision unifiée de la conscience, du cosmos et de l'évolution. À l'Université Intégrale, il est la figure tutélaire qui donne au projet sa dimension cosmologique et son ancrage international.


LESOURNE Jacques (1928–2020)

Économiste et prospectiviste français, fondateur du journal Le Monde de l'Éducation, ancien directeur général de l'OCDE, et l'un des pères de la prospective scientifique en France. Auteur de nombreux ouvrages sur les futurs possibles de l'économie mondiale et de la démocratie, il a participé aux travaux de l'Université Intégrale notamment lors des sessions sur les civilisations du futur. Il représente la tradition institutionnelle de la prospective française, qui rejoint par ses questionnaires les préoccupations de la prospective intégrale.


LIETAER Bernard (1942–2019)

Économiste belge et auteur de référence sur les systèmes monétaires alternatifs. Ancien directeur de la politique monétaire à la Banque Nationale de Belgique, il a participé à la conception du système de l'écu européen dans les années 1970-1980. Auteur de The Future of Money (2001) et Au cœur de la monnaie (2011), il défend la thèse que la diversité des systèmes monétaires (comme la biodiversité en écologie) est une condition de la stabilité et de la soutenabilité économiques. Sa présence à la treizième session de l'Université Intégrale a constitué l'un des événements intellectuels les plus importants du cycle.


LUYCKX GHISI Marc (né en 1943)

Philosophe et ancien conseiller de la Commission Européenne au sein du cellule de prospective (Forward Studies Unit), Luyckx Ghisi est l'auteur de L'Enjeu du XXIe siècle (Aube, 1995) et Tranformation des valeurs et nouvelles civilisations (2009). Ses travaux sur l'émergence d'un paradigme post-moderne en Europe et dans le monde, et sur l'importance de la dimension spirituelle dans la construction européenne, font de lui une figure unique au carrefour de la prospective institutionnelle et de la réflexion philosophique intégrale.


MARION Bruno

Consultant, auteur et conférencier français, spécialiste du management de la complexité et de la transformation organisationnelle. Auteur de Naviguer en eaux troubles (Éditions d'Organisation, 2009), il développe une approche de l'incertitude fondée sur l'intelligence collective et l'adaptabilité. Contributeur régulier des sessions de l'Université Intégrale, il représente le pont entre la réflexion intégrale et les pratiques concrètes de management dans des environnements complexes et changeants.


McINTOSH Steve

Philosophe américain, auteur de Integral Consciousness and the Future of Evolution (Paragon House, 2007) et Evolution's Purpose (SelectBooks, 2012). Disciple et collaborateur de Ken Wilber, McIntosh développe une approche de la théorie intégrale orientée vers la philosophie politique et la culture. Il argumente que le développement de la conscience collective est la clé de la résolution des grandes crises contemporaines, et que les systèmes politiques et économiques doivent être reconfigurés pour favoriser cette évolution. Sa présence à la dix-septième session de l'Université Intégrale a apporté la dimension du mouvement évolutionnaire américain.


MORIN Edgar (né en 1921)

Sociologue et philosophe français, directeur de recherche émérite au CNRS, Edgar Morin est l'auteur de La Méthode en six volumes (Seuil, 1977-2004) — l'œuvre philosophique la plus ambitieuse produite en France dans la seconde moitié du XXe siècle. Né Edgar Nahoum le 8 juillet 1921 à Paris, résistant de 1942 à 1944, il a participé à mai 68 et publié en 1969 les bases de ce qui deviendrait la pensée complexe lors d'un séjour à l'Institut Salk de San Diego. Ses concepts de dialogique (tenir ensemble les contraires), de récursivité et d'hologramme ont redéfini les fondements épistémologiques des sciences humaines. Auteur également des Sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur (UNESCO, 1999) et de La Voie (Fayard, 2011), il est avec Laszlo la figure tutélaire de l'Université Intégrale, apportant sa dimension épistémologique critique.


PICQ Pascal (né en 1955)

Paléoanthropologue français, maître de conférences au Collège de France, spécialiste de l'évolution humaine et du comportement des grands singes. Auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation sur l'évolution — Au commencement était l'homme (Odile Jacob, 2003), Le Monde s'est fait en chemin (Calmann-Lévy, 2014) — et de réflexions sur le management — Un paléoanthropologue dans l'entreprise (Eyrolles, 2011). Sa capacité à articuler la longue durée de l'évolution humaine avec les enjeux contemporains en fait une voix précieuse dans le contexte de l'Université Intégrale.


RICARD Matthieu (né en 1946)

Moine bouddhiste tibétain, docteur en génétique cellulaire (Institut Pasteur, 1972), interprète français du dalaï-lama depuis 1989, Matthieu Ricard est l'un des principaux représentants du dialogue entre science et bouddhisme dans le monde occidental. Auteur du Plaidoyer pour le bonheur (Nil, 2003), de Plaidoyer pour l'altruisme (Nil, 2013) et de nombreux autres ouvrages, il est membre de l'Institut Mind and Life qui réunit scientifiques et contemplatifs bouddhistes. Sa participation à la neuvième session de l'Université Intégrale lui a conféré une dimension contemplative que le discours purement philosophique n'aurait pas pu apporter.


SALOFF-COSTE Michel (né en 1955)

Philosophe, artiste et prospectiviste français, né à Paris, Michel Saloff-Coste est le co-fondateur et principal animateur de l'Université Intégrale. Ancien élève de l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris (atelier de Gustave Singier), formé en philosophie à Vincennes auprès de Gilles Deleuze, il a développé au sein du Centre de Prospective du Ministère de la Recherche (1985-1990) sa Grille d'Évolution des civilisations et sa théorie des Champs de Réalité. Auteur du Management du Troisième Millénaire (Guy Trédaniel, 1991-2005) — best-seller pendant vingt ans — et de nombreux ouvrages sur les écosystèmes innovants publiés chez ISTE/Wiley. Titulaire d'une chaire d'Écologie Intégrale à l'Université Catholique de Lille depuis 2025, fondateur de l'IFRN (International Foresight Research Network), il incarne à l'Université Intégrale la convergence entre prospective, art et spiritualité.


STAUNE Jean (né en 1955)

Conférencier et auteur français, fondateur de l'Université Interdisciplinaire de Paris (UIP), Jean Staune est l'un des principaux animateurs du dialogue science-spiritualité en France. Auteur de Notre existence a-t-elle un sens ? (Presses de la Renaissance, 2007) et Les Clés du futur (Plon, 2013), il explore les implications philosophiques et spirituelles des dernières découvertes scientifiques (physique quantique, cosmologie, neurosciences). Contributeur régulier des sessions de l'Université Intégrale, il représente le pont entre la tradition rationaliste française et les nouveaux paradigmes scientifiques.


TADDEI François (né en 1969)

Biologiste et éducateur français, fondateur du Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI) de Paris — devenu Université de Paris Cité —, Taddei est l'un des innovateurs les plus influents de la pédagogie française. Partisan d'une éducation fondée sur la curiosité, la créativité et l'apprentissage par la recherche, il développe des programmes éducatifs qui mettent les étudiants en position de chercheurs dès le début de leur formation. Auteur de Apprendre au XXIe siècle (Calmann-Lévy, 2019), sa vision de l'éducation rejoint les préoccupations de la seizième session de l'Université Intégrale.


TEILHARD DE CHARDIN Pierre (1881–1955)

Jésuite, paléontologue et philosophe français, l'un des penseurs les plus audacieux et les plus controversés du XXe siècle. Sa vision de l'évolution comme processus orienté vers un « point Oméga » — convergence ultime de la conscience cosmique — développée dans Le Phénomène humain (Seuil, 1955, posthume) a inauguré en France la tradition d'une pensée évolutive intégrale qui articule science, philosophie et spiritualité. Sa notion de noosphère (l'enveloppe pensante de la Terre) a directement influencé Laszlo, Morin et toute la tradition de la pensée intégrale.


VALASKAKIS Kimon (1941–2021)

Économiste et diplomate canadien, fondateur du Groupe de Montréal et de l'Institut de Nouveaux Paradigmes à Paris, ancien ambassadeur du Canada auprès de l'OCDE, Valaskakis est l'auteur de The Sustainable Society (1974) et de plusieurs ouvrages sur la gouvernance mondiale. Il a fondé le Club of Athens pour réfléchir à une gouvernance planétaire efficace face aux défis globaux. Sa participation à la dix-huitième session de l'Université Intégrale lui a conféré une dimension géopolitique et diplomatique.


VAN DER HORST Brian

Journaliste et conférencier américain basé en Europe, spécialiste des nouvelles technologies et de leurs impacts culturels, Van Der Horst a animé plusieurs sessions de l'Université Intégrale. Ancien collaborateur de Stewart Brand (Whole Earth Catalog) et pionnier de la culture Internet en Europe, il représente à l'Université Intégrale la dimension technologique et culturelle de la mutation civilisationnelle contemporaine.


VIVERET Patrick (né en 1948)

Philosophe, magistrat à la Cour des Comptes et militant du bien commun, Patrick Viveret est l'auteur de Reconsidérer la richesse (Aube, 2003) — ouvrage qui a nourri les indicateurs alternatifs au PIB en France et en Europe. Fondateur du mouvement Dialogues en Humanité (Forum Social Mondial de Porto Alegre), il développe une vision de la transformation sociale fondée sur la convergence entre engagement politique, pratiques contemplatives et économie du don. Sa présence régulière à l'Université Intégrale — notamment lors des sessions sur la crise, les nouvelles richesses et la résilience — en fait l'une des figures les plus constantes du cycle.


WILBER Ken (né en 1949)

Philosophe américain, né le 31 janvier 1949 à Oklahoma City, Ken Wilber est l'auteur d'une œuvre considérable (plus de 25 livres) couvrant la psychologie, la philosophie, la sociologie, la spiritualité comparée et l'écologie. Son modèle AQAL (All Quadrants, All Levels) — développé notamment dans Sex, Ecology, Spirituality (1995) et Une théorie de tout (2000) — constitue le cadre métathéorique le plus ambitieux jamais formulé pour intégrer toutes les dimensions de la connaissance et de l'expérience humaines. Fondateur de l'Integral Institute (2000) à Denver, il est le philosophe américain le plus traduit dans le monde bien que peu connu en France. Ses travaux sur les stades de développement de la conscience, sur les quatre quadrants de la réalité (intérieur/extérieur, individuel/collectif), et sur l'intégration des traditions contemplatives et des sciences modernes font de lui la référence centrale de la philosophie intégrale mondiale.

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