Carl Gustav Jung appelait cela l'individuation : le processus par lequel un être humain devient ce qu'il est réellement, en intégrant progressivement tous les aspects de lui-même — y compris ceux qu'il avait refoulés, niés, craints, oubliés.
Ce n'est pas un processus agréable. C'est même, selon Jung, le plus difficile de tous les voyages — précisément parce qu'il n'y a pas de carte. Chaque individuation est unique. Elle ne ressemble à celle de personne d'autre. Et c'est là son exigence radicale : on ne peut pas copier le chemin d'un autre. On peut s'en inspirer. On ne peut pas le suivre.
Ce blog est le récit d'une individuation.
Il s'inscrit dans ce que les historiens appellent la psychogenèse — l'évolution de la structure psychologique de l'être humain au fil du temps — et la sociogenèse — l'évolution parallèle des structures sociales. Ces deux processus ne sont pas indépendants : l'individu se construit dans et contre la société de son époque, et la société se transforme sous l'effet des individus qui la peuplent.
Michel Saloff-Coste est né en 1955 — au cœur de la plus grande accélération de l'histoire humaine. Soixante-dix ans plus tard, il vit dans un monde si différent de celui de sa naissance qu'il faudrait plusieurs siècles, dans toute autre période de l'histoire, pour observer un tel écart.
Cette accélération n'est pas le décor de sa vie. Elle en est l'un des personnages principaux.
L'individuation de Michel Saloff-Coste ne s'est pas faite contre l'Histoire. Elle s'est faite avec elle, à travers elle, parfois malgré elle. Le Mai 68 de son adolescence. L'explosion créatrice des années 1970. La contre-révolution libérale des années 1980. L'avènement d'Internet dans les années 1990. L'effondrement du modèle néolibéral en 2008. La pandémie. L'intelligence artificielle. À chaque décennie, le monde change de visage — et l'individuation se poursuit, depuis une hauteur de conscience toujours plus grande.
La dynamique n'est pas linéaire. Elle est spiralée.
On revient toujours au même point — Dieu, l'infini, la vérité — mais depuis une position toujours différente. L'enfant de cinq ans qui voit un point de lumière et ressent une présence extraordinaire, et l'homme de soixante-dix ans qui est l'infini regardant Michel s'agiter : c'est le même mouvement, à une autre dimension. La spirale ne tourne pas en rond. Elle monte.
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