À la recherche du temps de l’humanité
Trente-cinq ans après sa création, la Grille de l’Évolution est revisitée. Ce modèle propose une lecture de l’histoire humaine en quatre configurations civilisationnelles, chacune associant une activité dominante, une ressource stratégique et une organisation sociale. L’article explore sa pertinence face aux théories contemporaines et à l’émergence de l’intelligence artificielle, suggérant que celle-ci pourrait compléter l’externalisation humaine plutôt que marquer le début d’une nouvelle ère.
La Grille de l’Évolution revisitée, trente-cinq ans après
Michel Saloff-Coste
Résumé
Élaborée au cours des années 1980, puis publiée en 1990 dans Le Management systémique de la complexité, la Grille de l’Évolutionpropose une lecture de l’histoire humaine organisée autour de quatre grandes configurations civilisationnelles : Chasse-Cueillette, Agriculture-Élevage, Industrie-Commerce et Création-Communication. Chacune d’elles associe une activité dominante, une ressource stratégique, un régime technique, une forme de pouvoir, un mode de pensée, un système de communication, une organisation sociale et une représentation particulière du temps. Trente-cinq ans après sa première publication, cet article revient à la première personne sur la genèse du modèle, sa permanence, ses transformations et les questions qu’il soulève à l’âge des réseaux numériques et de l’intelligence artificielle.
Cette relecture situe la Grille dans la généalogie des philosophies de l’histoire, depuis les conceptions cycliques du temps jusqu’à Hegel, Marx et les récits libéraux du progrès. Elle la confronte ensuite aux théories contemporaines des systèmes, de la complexité, des valeurs et de la conscience, notamment celles de Ludwig von Bertalanffy, Norbert Wiener, Pierre Teilhard de Chardin, Marshall McLuhan, Daniel Bell, Alvin Toffler, Ilya Prigogine, Edgar Morin, Joël de Rosnay, Ervin Laszlo, Brian Hall, Clare Graves et Jean Gebser. La Grille est ainsi interprétée non comme une loi déterministe, mais comme une morphologie historique et un instrument de prospective.
L’article soutient enfin que l’intelligence artificielle pourrait constituer moins le commencement d’une cinquième ère que l’achèvement du mouvement d’externalisation caractérisant les quatre premières. Après avoir projeté dans ses outils ses capacités physiques, énergétiques, sensorielles et communicationnelles, l’être humain commence à externaliser certaines fonctions du langage, de la mémoire, de l’interprétation et de la création. La question prospective se déplace alors. Elle ne consiste plus seulement à demander quelle civilisation succédera à l’ère industrielle, mais à déterminer quelle forme d’existence collective pourrait émerger de la symbiose entre les humains, les machines, les institutions et les réseaux.
Mots-clés : Grille de l’Évolution, prospective, philosophie de l’histoire, systèmes, complexité, valeurs, conscience, société postindustrielle, réseaux, intelligence artificielle, noosphère, cybionte.
Introduction
Retrouver une idée comme on retrouve un temps perdu
Il arrive que les idées auxquelles nous avons consacré une partie de notre vie nous quittent sans disparaître. Elles ne meurent pas. Elles s’éloignent seulement dans cette région de la mémoire où les êtres, les lieux et les intuitions continuent d’exister sous une forme silencieuse, comme ces paysages entrevus autrefois depuis la fenêtre d’un train et dont nous ne savons plus, des années plus tard, si nous les avons réellement traversés ou si notre imagination les a recomposés à partir d’une lumière, d’une odeur, d’une phrase demeurée en nous.
Lorsque je reviens aujourd’hui à la Grille de l’Évolution, je n’ai pas le sentiment de reprendre une théorie abandonnée. J’éprouve plutôt celui de retrouver un objet qui m’aurait attendu, immobile en apparence, tandis que le monde, autour de lui, accomplissait les transformations qu’il avait tenté de pressentir.
Je l’avais élaborée au cours des années 1980, dans un temps où l’informatique personnelle commençait à peine à sortir des laboratoires et des bureaux spécialisés, où les réseaux numériques ne formaient pas encore le milieu invisible de nos existences, où le téléphone demeurait attaché à un lieu, où l’intelligence artificielle appartenait davantage aux récits spéculatifs qu’aux usages ordinaires. À partir de 1985, les séminaires organisés dans le contexte du Centre de prospective et d’évaluation du ministère de la Recherche m’avaient donné l’occasion de confronter cette intuition à des disciplines, des expériences et des personnalités différentes. Le modèle fut ensuite exposé dans Le Management systémique de la complexité, publié en 1990, où il occupait la première partie de l’ouvrage et servait à éclairer la transition de l’âge industriel vers un âge de la Création et de la Communication. [en.wikipedia.org], [fr.wikipedia.org]
Trente-cinq ans après cette première publication, ou plus de quarante ans après les premières recherches qui la préparèrent, je suis frappé moins par ce qui aurait été exactement prévu que par la persistance des questions posées. Une théorie prospective ne se juge pas seulement à sa capacité de nommer à l’avance des objets qui n’existent pas encore. Elle se mesure aussi à la qualité des interrogations qu’elle transmet à ceux qui traverseront le monde qu’elle n’aura fait qu’entrevoir.
La Grille n’annonçait ni les plateformes, ni les réseaux sociaux, ni les modèles génératifs. Elle proposait cependant que la maîtrise de l’information devînt la ressource stratégique d’une nouvelle ère, que le réseau succédât progressivement aux formes verticales d’organisation, que l’interactivité transformât le statut du récepteur, que l’ordinateur apparût comme une externalisation du cerveau et que la création de connaissances devînt une activité humaine dominante. [fr.wikipedia.org]
Ce qui relevait alors d’une hypothèse prospective est devenu notre expérience quotidienne. Mais la réalisation partielle d’une intuition ne la rend pas automatiquement vraie dans tous ses aspects. Elle rend au contraire plus urgente sa critique.
Je souhaite donc revisiter ici la Grille non comme on célèbre un ancien monument, mais comme on revient dans une maison de jeunesse après que les arbres ont grandi, que certaines cloisons ont été déplacées et que la lumière, entrant par les mêmes fenêtres, révèle des détails jusque-là invisibles.
I. Avant la Grille : le désir humain de donner un sens à l’histoire
1. Le temps raconté
Bien avant que les philosophes aient demandé si l’histoire possédait un sens, les sociétés humaines avaient répondu à cette question en racontant leur origine.
Elles avaient inventé des cosmogonies, des généalogies, des cycles, des déluges, des âges d’or et des apocalypses. Ces récits n’étaient pas seulement des explications. Ils étaient des manières d’habiter le temps.
Dans les sociétés où la parole porte la mémoire collective, le passé ne s’éloigne pas nécessairement derrière le présent. Il demeure accessible par le rite, le chant, le récit et le retour des saisons. Le temps mythique ne correspond pas à une histoire imparfaite qui attendrait l’invention de l’écriture pour devenir exacte. Il constitue un autre régime de vérité, dans lequel le récit des origines contient les relations essentielles entre les humains, les animaux, les ancêtres, le territoire et le monde invisible.
Mircea Eliade a décrit la puissance de cette répétition qui reconduit périodiquement la communauté vers l’événement fondateur. Claude Lévi-Strauss a montré que la pensée mythique ne procède pas d’une absence de logique, mais d’une logique différente, capable d’organiser les contradictions à partir de matériaux concrets.
Le temps linéaire auquel la modernité nous a habitués n’est donc ni premier ni universel. Il est une invention historique.
2. De l’origine à l’accomplissement
Avec les traditions bibliques, le temps occidental commence à se tendre entre un commencement et une fin. La Création ne se contente plus de fonder le présent. Elle inaugure une trajectoire. L’histoire devient promesse, épreuve et possibilité d’accomplissement.
Saint Augustin distingue l’histoire visible des empires de l’histoire spirituelle qui relie la création à la rédemption. Bien plus tard, Karl Löwith montrera combien les philosophies modernes de l’histoire ont conservé cette architecture, même lorsqu’elles ont remplacé la Providence par la raison, le progrès, la révolution ou le marché.
Nous croyons parfois avoir quitté les récits religieux alors que nous en avons seulement déplacé les personnages. Le paradis devient abondance. Le salut devient émancipation. La fin des temps devient société réconciliée ou démocratie universelle.
3. Hegel et la liberté
Chez Hegel, l’histoire acquiert la forme d’un vaste travail de la conscience sur elle-même. Les événements ne sont pas juxtaposés. Ils participent à un mouvement dans lequel l’esprit découvre progressivement la liberté.
Chaque époque constitue une totalité relative. Elle possède ses institutions, son droit, ses croyances et son rapport au monde. Mais elle porte également des contradictions que son propre développement rend de plus en plus visibles.
La transformation historique ne supprime pas simplement le passé. Elle le dépasse et le conserve sous une forme nouvelle. Cette intuition me paraît aujourd’hui particulièrement importante pour comprendre la Grille. L’industrie ne supprime pas l’agriculture. Elle la mécanise, la spécialise et l’intègre à ses marchés. Le numérique n’abolit pas l’industrie. Il l’automatise, la connecte et la pilote.
Les recherches consacrées à Hegel placent notamment les Leçons sur la philosophie de l’histoire, la Phénoménologie de l’Esprit et les Principes de la philosophie du droit au centre de sa conception téléologique et politique de l’histoire. [slidetodoc.com], [swiftpress.com]
Pourtant, je ne pouvais adopter l’idée que l’histoire trouvât son accomplissement définitif dans une institution déterminée. La Grille devait montrer des formes successives sans transformer la dernière forme observée en fin nécessaire de l’aventure humaine.
4. Marx et les conditions matérielles
Marx reprend le mouvement historique de Hegel, mais il le reconduit vers la matière, le travail, les rapports de production et les conflits sociaux.
Les sociétés ne se transforment pas seulement parce que leurs idées changent. Leurs idées changent aussi parce que leurs activités, leurs techniques et leurs rapports de propriété entrent en contradiction.
Cette pensée a exercé sur toute réflexion ultérieure une influence considérable. Elle oblige à demander qui produit, avec quels moyens, selon quelle division du travail, au bénéfice de qui et sous quelle forme de propriété.
Le choix des activités dominantes dans la Grille porte la marque de cette exigence. La chasse, l’agriculture, l’industrie ou la création ne sont pas des étiquettes poétiques. Elles désignent des régimes de production de l’existence.
Je ne voulais cependant pas réduire l’histoire à une causalité économique. Une activité dominante ne transforme une civilisation que parce qu’elle entre en résonance avec des outils, des croyances, des systèmes d’échange, des formes de pouvoir et des représentations du temps. La matière et le sens ne sont pas deux mondes séparés. Ils se transforment réciproquement.
5. Le libéralisme et l’émancipation individuelle
Le récit libéral de l’histoire ne forme pas une doctrine unique. Locke, Smith, Constant et Tocqueville ne disent pas la même chose. Ils contribuent néanmoins à une représentation dans laquelle les droits, les échanges, l’autonomie individuelle et la limitation du pouvoir accompagnent le développement des sociétés modernes.
Cette tradition porte une intuition essentielle : l’histoire peut être l’émancipation progressive de l’individu hors des appartenances imposées. Mais elle court le risque de prendre le marché et la démocratie représentative pour le terme naturel de toute évolution.
L’histoire contemporaine a montré qu’aucune institution ne peut se considérer comme définitivement garantie. La liberté politique dépend des infrastructures de communication, de la distribution des connaissances et des formes économiques. Lorsque ces conditions se transforment, la liberté doit être repensée.
6. La brisure du XXe siècle
Les guerres mondiales, les totalitarismes, la Shoah, l’arme nucléaire et la destruction écologique ont ruiné l’innocence des philosophies du progrès. La science pouvait instruire et soigner, mais aussi administrer la mort. La technique pouvait libérer du travail et multiplier la destruction.
Après Nietzsche, Spengler, Toynbee, Popper, Foucault et Lyotard, il devenait difficile de parler du sens de l’histoire sans donner l’impression de vouloir enfermer la diversité humaine dans une narration souveraine.
Ma propre formation philosophique et sociologique m’avait rendu sensible à cette critique. J’avais grandi dans une culture où toute métahistoire semblait suspecte, où les grands récits étaient interrogés comme des instruments de pouvoir, où l’on savait que le découpage du passé révélait souvent davantage la position de celui qui observe que la vérité objective des événements.
C’est peut-être pour cette raison que la régularité de la Grille m’inquiéta avant de me convaincre. Elle était trop ordonnée. Elle donnait trop aisément du sens à des phénomènes dispersés. Je ne voulais pas qu’une élégance formelle devînt un piège intellectuel.
II. Les années 1980 : quand une époque cherchait son nom
Les idées naissent rarement dans le silence abstrait où nous les replaçons après coup. Elles apparaissent au milieu des conversations, des inquiétudes, des lectures, des institutions et des changements de sensibilité.
La Grille est née à une époque où la société industrielle commençait à douter d’elle-même.
Les Trente Glorieuses étaient terminées. Le chômage et les crises énergétiques avaient ébranlé la croyance en une croissance indéfinie. L’informatique annonçait de nouvelles formes de travail. Les télécommunications rapprochaient les territoires. La question écologique révélait que l’expansion économique rencontrait les limites de la biosphère.
Plusieurs auteurs avaient préparé ce déplacement.
Ludwig von Bertalanffy avait proposé de comprendre les organismes et les organisations comme des systèmes ouverts. Norbert Wiener avait donné à l’information, à la rétroaction et à la communication une place centrale. La tradition systémique apprenait à observer les interactions, les frontières et les niveaux d’organisation plutôt que des objets isolés. [books.open...dition.org]
Pierre Teilhard de Chardin avait imaginé la noosphère, cette enveloppe de pensée se développant autour de la Terre. Marshall McLuhan avait montré que les médias sont des extensions des sens humains et que leur transformation modifie les structures de la perception et de la société. Son passage de l’oralité à la galaxie Gutenberg, puis à l’ère électronique du village global, anticipait une mutation dont nous n’avions encore vu que les premiers signes. [The Organi...accaci.com], [vixra.org]
Daniel Bell parlait de société postindustrielle. Alvin Toffler décrivait le choc du futur et une troisième vague succédant aux civilisations agraire et industrielle. Joël de Rosnay proposait le macroscope comme instrument conceptuel d’une vision globale. Edgar Morin entreprenait avec La Méthode de relier les dimensions physiques, biologiques et anthropologiques de la complexité.
Ilya Prigogine montrait que les systèmes éloignés de l’équilibre peuvent faire émerger de nouvelles structures. Ses travaux sur l’irréversibilité et les structures dissipatives, récompensés par le prix Nobel de chimie en 1977, offraient une conception de l’évolution qui n’était ni mécanique ni prédéterminée. [louismpala.com], [LE MANAGEM...LEXITE.pdf | PDF]
Jean Gebser avait décrit les mutations des structures de conscience et insisté sur la coexistence des formes archaïque, magique, mythique, mentale et intégrale. [books.google.com], [editions-saphira.com]
Nous savions donc déjà que l’industrie n’était peut-être pas l’horizon définitif de l’humanité. Nous ne savions pas encore clairement comment nommer ce qui venait.
III. Au ministère de la Recherche : la naissance d’une carte
Ma rencontre avec Thierry Gaudin fut décisive. Il donna à des recherches encore hybrides, mêlant prospective, philosophie, sociologie, création et spiritualité, la possibilité de se développer dans un cadre institutionnel.
À partir de 1985, les séminaires pluridisciplinaires organisés au Centre de prospective et d’évaluation permirent de confronter des intuitions encore fragiles à des chercheurs, des praticiens, des artistes et des dirigeants. Le livre publié ensuite rappelle combien cet espace fut essentiel à la formulation du modèle. [en.wikipedia.org]
Je cherchais une représentation assez simple pour être partagée, mais assez profonde pour ne pas réduire la complexité.
L’idée me vint de partir non des empires ou des doctrines, mais des activités dominantes. Que font principalement les humains pour produire leur existence ? Quelle activité mobilise leur énergie, forme leurs habitudes, transforme leurs outils et constitue leurs valeurs ?
Quatre grandes configurations apparurent :
Chasse-Cueillette
Agriculture-Élevage
Industrie-Commerce
Création-Communication
Pour chacune, je distinguai sept domaines :
l’outil ;
le pouvoir ;
l’échange ;
la réflexion ;
la communication ;
l’organisation ;
l’histoire.
Le croisement produisait une Grille de vingt-huit cases. Elle pouvait tenir sur une page, mais chaque case ouvrait une bibliothèque.
Cette Grille ne devait pas être une recette. Elle était une carte. Une carte réduit nécessairement le territoire, mais cette réduction peut révéler des relations qu’une accumulation de détails rend invisibles.
Durant les années 1990, je présentai le modèle à plusieurs milliers de personnes en Europe et aux États-Unis. Je l’utilisai dans des diagnostics d’entreprises et d’institutions. Je découvris que les organisations pouvaient être étudiées comme des sédimentations historiques. Certaines possédaient une technologie numérique, une structure industrielle, un pouvoir territorial et une culture presque tribale. La Grille ne classait pas seulement des époques. Elle révélait leur coexistence dans le présent.
IV. La Grille en un regard : quatre manières d’habiter le monde
Pour simplifier aujourd’hui la présentation, je proposerais quatre questions.
Comment les humains produisent-ils leur subsistance ?
Quelle ressource donne le pouvoir ?
Comment pensent-ils ?
Comment s’organisent-ils ?
ÈreSubsistance dominanteRessource stratégiquePenséeOrganisationChasse-CueillettePrélèvement et gestion du vivantConnaissance du milieuIntuitionTribuAgriculture-ÉlevageProduction agricoleTerreAnalogieRoyaumeIndustrie-CommerceProduction mécaniséeCapitalRationalitéÉtatCréation-CommunicationProduction de connaissances et de relationsInformationPensée systémiqueRéseau
Ce tableau est volontairement simple. Il ne dit pas que toutes les sociétés de chasseurs-cueilleurs se ressemblent, que toutes les sociétés agraires sont monarchiques ou que toute organisation numérique fonctionne réellement en réseau.
Il indique des attracteurs, des formes dominantes autour desquelles des réalités diverses peuvent s’organiser.
V. Première ère : Chasse-Cueillette, ou la mémoire du vivant
Ce qui me touche aujourd’hui, lorsque je reviens à la première ligne de la Grille, est moins son éloignement que sa proximité secrète.
La Chasse-Cueillette ne constitue pas seulement un passé disparu. Elle demeure la plus longue expérience de notre espèce. Les grandes synthèses anthropologiques rappellent que la chasse et la collecte ont occupé au moins 90 % de l’histoire humaine et qu’elles ont donné naissance à une grande diversité de sociétés, d’organisations et de cultures. [acadessa.com]
Dans cette première configuration, la survie dépend d’une connaissance intime du milieu. Lire les traces, reconnaître les plantes, anticiper les saisons, comprendre les animaux et mémoriser les itinéraires constituent des formes sophistiquées d’intelligence.
Le pouvoir ne vient pas principalement de l’accumulation d’un bien. Il vient de la capacité à entrer en relation avec le vivant.
Les outils prolongent les capacités immédiatement corporelles. Le silex devient une dent transportable. La lance prolonge le bras. Le vêtement étend la capacité du corps à habiter différents climats. Le feu transforme la nourriture, la sociabilité et la protection.
La parole constitue le principal espace de transmission. La connaissance vit dans les récits, les gestes, les personnes et les lieux. Elle n’est pas séparée de celui qui la porte.
Le mythe maintient le groupe dans la proximité de l’origine. Le temps est moins une ligne qu’un ensemble de retours et de correspondances.
La tribu forme l’organisation emblématique de cette ère. Elle ne doit pas être idéalisée. Les sociétés de chasseurs-cueilleurs ont connu des conflits, des hiérarchies et des violences. Mais leur organisation est généralement moins centralisée que celle des États agraires.
La pensée intuitive ne signifie pas pensée irrationnelle. Elle désigne une connaissance située, incorporée, participante. Contrairement à l’observateur moderne qui se place devant le monde comme devant un objet, le chasseur se sait pris dans le réseau des relations qu’il observe.
Nous redécouvrons aujourd’hui, à travers l’écologie, une vérité que cette première humanité n’avait jamais eu besoin de formuler abstraitement : nous ne sommes pas devant le vivant, mais en lui.
VI. Deuxième ère : Agriculture-Élevage, ou le temps enraciné
La révolution agricole est longtemps apparue comme un progrès évident. Elle produisait davantage de nourriture, permettait la ville et préparait l’écriture.
Les recherches contemporaines en donnent une image plus ambivalente. La transition fut lente, régionale et souvent hésitante. L’agriculture augmenta la population, tout en créant de nouvelles dépendances, des problèmes sanitaires, des vulnérabilités alimentaires et des inégalités sociales. [jstor.org], [hubsociology.com]
Lorsque les humains cultivent, ils cessent de suivre exclusivement les ressources. Ils les fixent dans un territoire.
La terre devient alors une ressource stratégique. Elle peut être délimitée, transmise, conquise et taxée.
Avec le stockage apparaît le surplus. Avec le surplus apparaissent l’administration, la spécialisation, la redistribution et l’appropriation.
Le territoire ne produit pas seulement une économie. Il produit une nouvelle géométrie du pouvoir.
Les outils prolongent les bras et les jambes. La charrue amplifie le labour. La roue transforme la circulation. Le récipient prolonge les mains qui contiennent. L’irrigation inscrit la volonté collective dans le paysage.
L’écriture apparaît notamment pour compter, enregistrer, administrer et transmettre. Elle externalise une partie de la mémoire. La parole n’a plus seule la charge de maintenir le passé.
Le royaume devient l’organisation emblématique. Le souverain incarne l’unité du territoire. Le pouvoir se verticalise et se sacralise.
La pensée analogique relie les niveaux du monde. Le roi est au royaume ce que la divinité est au cosmos. Le corps répond au ciel, les saisons aux rites, le microcosme au macrocosme.
Le temps devient linéaire sans cesser d’être sacré. Il existe désormais un commencement, des généalogies et une destination.
En cultivant la terre, l’humanité invente donc davantage qu’une technique. Elle invente la propriété durable, l’administration, l’histoire écrite et la grande politique territoriale.
VII. Troisième ère : Industrie-Commerce, ou la conquête de la puissance
La révolution industrielle ne remplace pas seulement un outil par une machine. Elle transforme l’idée même d’efficacité.
Dans le monde agricole, l’activité demeure limitée par les rythmes du sol, des saisons, du corps et des animaux. L’industrie capte des énergies accumulées durant des millions d’années et les libère dans le temps bref de la production.
La machine n’est plus seulement un prolongement du geste. Elle devient un système autonome de transformation.
L’usine ressemble à un immense organisme artificiel. Elle absorbe des matières, consomme de l’énergie, coordonne des opérations et rejette des produits.
Le pouvoir se détache partiellement de la terre et se concentre dans le capital. Posséder un territoire demeure important, mais savoir mobiliser des investissements, des machines, des travailleurs et des marchés devient décisif.
La division du travail fragmente les gestes. Le taylorisme sépare la conception de l’exécution. Le temps humain devient cadence, horaire et rendement.
La rationalité analytique triomphe. Le monde apparaît comme un mécanisme régi par des lois, susceptible d’être décomposé, mesuré et reproduit.
Cette rationalité permet des avancées extraordinaires. Elle augmente les capacités de production, développe la médecine, transforme les transports et rend possible l’éducation de masse.
Mais elle crée également une illusion dangereuse : celle d’un monde intégralement disponible, composé de ressources sans valeur propre, attendant l’intervention humaine.
L’État-nation constitue l’organisation emblématique de cette ère. Il recense, administre, éduque et protège. Il produit une culture commune à travers l’école, le droit et les médias.
La communication devient industrielle. La presse, la radio, le cinéma et la télévision adressent un même message à des millions de récepteurs.
Le temps devient homogène. Les heures, les calendriers et les normes permettent la coordination générale. Le monde entre dans l’âge de la simultanéité organisée.
L’industrie a libéré une puissance sans précédent. Elle a également produit la crise écologique qui révèle aujourd’hui ses limites.
VIII. Quatrième ère : Création-Communication, ou le monde devenu relation
Lorsque j’écrivais que les ordinateurs formaient le prolongement du cerveau et que les réseaux constituaient un système nerveux planétaire, ces images pouvaient sembler métaphoriques.
Elles décrivent aujourd’hui notre réalité ordinaire.
Nous portons dans nos poches l’accès à une mémoire qui excède celle de toute civilisation antérieure. Nous communiquons instantanément avec des personnes éloignées. Nous travaillons dans des documents partagés, confions nos itinéraires à des satellites et demandons à des machines de générer des textes ou d’interpréter des images.
Daniel Bell avait analysé la montée du savoir théorique dans la société postindustrielle. Manuel Castells décrira le réseau comme une forme centrale de l’âge de l’information. La transition entre les deux approches révèle aussi le passage d’une société du savoir organisée par de grandes institutions à une société de réseaux, de flexibilité et d’innovation distribuée. [coacharya.com], [transforma...ons.org.nz]
La matière ne disparaît pas. Elle devient davantage pilotée par l’information.
La valeur d’un produit réside souvent moins dans ses composants physiques que dans sa conception, son logiciel, son écosystème, sa marque et les données auxquelles il donne accès.
Le pouvoir ne dépend plus seulement de la possession du capital. Il dépend de la capacité à maîtriser les flux d’information, les plateformes, les algorithmes et les réseaux.
La communication cesse progressivement d’être exclusivement verticale. Chaque récepteur peut devenir émetteur. Les anciens publics deviennent producteurs de contenus, de données et de réputation.
Le réseau devient l’organisation emblématique. Mais il ne garantit pas l’égalité. Un réseau peut être ouvert dans ses usages et centralisé dans son infrastructure.
La pensée systémique émerge parce que les problèmes contemporains ne peuvent plus être isolés. Le climat, l’économie, la santé, les migrations, la technologie et la biodiversité forment des ensembles de relations.
Le temps se fragmente. Nous vivons dans l’actualisation continue. Le présent ne passe plus. Il se renouvelle sans cesse, comme s’il avait perdu la profondeur nécessaire pour devenir mémoire.
La quatrième ère est donc à la fois l’âge de l’intelligence collective et celui de la dispersion de l’attention.
IX. Les confirmations, les convergences et les prudences
Lorsque je découvris les travaux d’August T. Jaccaci et de John A. Gowan, je fus frappé par leur modèle « Gather, Repeat, Share, Transform ». Ils appliquaient cette séquence à plusieurs niveaux d’organisation et proposaient une lecture fractale de la nature. [en.wikipedia.org], [philosophy.duke.edu]
Je retrouvais, développée dans un autre contexte, une structure quaternaire comparable à celle de la Grille.
Je ne parlerais plus aujourd’hui de validation scientifique au sens strict. La convergence entre deux modèles ne constitue pas une preuve. Mais elle renforce une question : existe-t-il des fonctions récurrentes dans les processus d’évolution des systèmes complexes ?
Les travaux de Brian Hall sur les valeurs me conduisirent à une autre convergence. Les catégories de survie, d’appartenance, d’émancipation et d’interdépendance semblaient éclairer la dimension intérieure des quatre ères.
Clare Graves, puis Don Beck et Christopher Cowan avec Spiral Dynamics, décrivent des systèmes de valeurs répondant à des conditions d’existence et à des niveaux croissants de complexité. Le modèle de Graves est ouvert. Il ne suppose pas une fin définitive du développement et insiste sur le fait que plusieurs systèmes demeurent présents simultanément. [archive.org], [fungarden....dpress.com]
Jean Gebser apporte une prudence supplémentaire. Les structures de conscience ne s’éliminent pas. Elles se superposent et peuvent devenir déficientes lorsqu’elles prétendent régner seules. [books.google.com], [editions-saphira.com]
Ces rapprochements enrichissent la Grille, mais ils ne doivent pas être forcés. Les quatre ères ne correspondent pas mécaniquement aux systèmes de valeurs de Hall, aux couleurs de Spiral Dynamics ou aux structures de Gebser.
Il s’agit de correspondances heuristiques, non d’identités.
X. Ce que trente-cinq ans ont confirmé, et ce qu’ils ont démenti
Le temps n’est pas seulement le milieu dans lequel une théorie se vérifie. Il est aussi celui dans lequel elle révèle ses naïvetés.
La Grille avait correctement identifié plusieurs tendances :
la montée de l’information comme ressource stratégique ;
la transformation du cerveau et des réseaux en modèles de l’organisation technique ;
l’interactivité des communications ;
le développement du travail cognitif ;
la puissance croissante des réseaux transnationaux ;
l’importance de la pensée systémique.
Mais certaines formulations apparaissent désormais trop rapides.
La dématérialisation de l’économie n’est jamais complète. Les données exigent des câbles, des centres de calcul, de l’énergie, des métaux et du travail humain.
Le réseau n’abolit pas la hiérarchie. Il peut produire des concentrations de pouvoir plus difficiles à percevoir.
La Création-Communication ne remplace pas l’Industrie-Commerce. Elle se développe sur son infrastructure matérielle et dépend de chaînes de production mondialisées.
L’interdépendance ne crée pas automatiquement la solidarité. Elle peut accroître la vulnérabilité et la concurrence.
Enfin, l’évolution vers davantage de complexité ne garantit aucun progrès moral.
Ces corrections ne détruisent pas la Grille. Elles la rendent plus adulte.
XI. La transition numérique : les ombres de la quatrième ère
Nous vivons une période où plusieurs mondes se superposent.
Nos institutions demeurent souvent industrielles, nos identités peuvent redevenir tribales, nos conflits restent territoriaux, tandis que nos communications deviennent planétaires.
Cette discordance explique une part de la confusion contemporaine.
1. La fragmentation cognitive
Les médias de masse construisaient un récit relativement commun. Les réseaux personnalisés produisent une multitude de réalités informationnelles.
Nous gagnons en diversité, mais nous pouvons perdre les conditions d’un monde partagé.
2. La concentration invisible
La société en réseaux semblait promettre la décentralisation. Elle a également donné naissance à des plateformes mondiales contrôlant des infrastructures, des données et des capacités d’influence considérables.
Le pouvoir est moins visible parce qu’il s’exerce à travers l’architecture des choix.
3. La crise de l’attention
L’ère de la Création repose sur la créativité. Mais la créativité exige du temps, de l’intériorité et de la continuité.
L’économie numérique transforme au contraire l’attention en ressource capturable. Elle sollicite sans cesse ce dont la création aurait besoin pour mûrir.
4. Les inégalités cognitives
La fracture numérique ne sépare plus seulement ceux qui ont accès aux outils de ceux qui n’y ont pas accès. Elle distingue ceux qui conçoivent les systèmes, ceux qui savent les utiliser et ceux qui sont utilisés par eux.
5. La matérialité refoulée
Le numérique aime se présenter comme un nuage. Mais le nuage possède des mines, des câbles, des usines, des serveurs et des déchets.
La quatrième ère ne pourra devenir durable qu’en réintégrant la première, c’est-à-dire la conscience de notre appartenance au vivant.
XII. L’intelligence artificielle : la dernière externalisation ?
Avec l’intelligence artificielle, la Grille rencontre aujourd’hui une question qu’elle ne pouvait autrefois poser qu’indirectement.
L’histoire technique peut être interprétée comme une série d’externalisations :
les premiers outils prolongent les capacités corporelles ;
les techniques agricoles amplifient la force et transforment le territoire ;
les machines industrielles externalisent l’énergie et la transformation ;
les ordinateurs externalisent le calcul et la mémoire ;
les réseaux externalisent une partie de la communication collective ;
l’intelligence artificielle externalise certaines fonctions du langage, de l’interprétation et de la conception.
L’histoire intellectuelle contemporaine de l’IA montre qu’elle a d’abord été inscrite dans le récit de la société postindustrielle et de l’automatisation, puis dans celui d’une quatrième révolution industrielle. [berlinerteam.de], [slideserve.com]
Elle pourrait représenter moins le commencement d’une cinquième ère que l’achèvement logique des quatre premières.
L’humain avait projeté ses organes dans la technique. Il commence à y projeter les facultés à travers lesquelles il se racontait sa propre singularité.
Mais une machine capable de produire un texte n’éprouve pas nécessairement le monde dont elle parle. Une capacité de traitement ne constitue pas en elle-même une conscience. Et la conscience ne garantit pas la sagesse.
Le risque serait de confondre trois réalités :
l’intelligence comme capacité ;
la conscience comme expérience réflexive ;
la sagesse comme orientation des fins.
XIII. Du réseau au cybionte : non pas une cinquième ère, mais une mutation du sujet
Joël de Rosnay a proposé, dans L’Homme symbiotique, la figure du cybionte : un macro-organisme planétaire composé d’êtres humains, de machines, de nations et de réseaux de communication. Il ne s’agit pas, dans cette perspective, d’un robot remplaçant l’humanité, mais d’une entité collective émergeant de la symbiose entre le vivant et la technologie. [fr.wikipedia.org], [universalis.fr]
La métaphore est puissante. Les individus deviennent les cellules d’un ensemble plus vaste ; les réseaux en constituent le système nerveux ; les villes, les organes de transformation ; les données, les signaux.
Mais toute métaphore biologique appliquée à la politique doit être maniée avec prudence. Un macro-organisme peut devenir l’image d’une solidarité planétaire, mais aussi celle d’une totalité exigeant la soumission de ses parties.
La question n’est donc pas seulement de savoir si le cybionte apparaîtra. Elle est de savoir quelle forme de liberté et de pluralité pourra exister en lui.
Après la civilisation de Création-Communication, il n’y aura peut-être pas une cinquième ligne dans la Grille. Il pourrait y avoir un changement d’échelle.
Les quatre premières ères décrivent les activités des humains. La mutation suivante pourrait transformer l’unité même de l’action et de la connaissance, lorsque l’intelligence devient distribuée entre les personnes, les organisations, les machines et les écosystèmes informationnels.
XIV. EPISTEMA : devenir conscient de l’évolution
Je nommerais volontiers EPISTEMA l’horizon réflexif de ce processus.
EPISTEMA ne serait pas une civilisation supplémentaire. Elle serait la capacité d’une civilisation à comprendre les conditions de sa propre transformation.
Elle serait :
la connaissance de la connaissance ;
la prospective de la prospective ;
l’intelligence de l’intelligence ;
la conscience des effets systémiques de nos choix ;
la capacité de maintenir ouvertes plusieurs représentations du futur.
Une telle réflexivité ne conférerait pas à l’humanité la maîtrise de son destin. Elle lui permettrait seulement d’être moins aveugle aux systèmes qu’elle construit.
L’université y jouerait un rôle essentiel. Non plus seulement université de transmission ou de spécialisation, mais université guidée par la prospective, capable de relier savoirs, valeurs, expériences et futurs possibles.
Conclusion
Le temps retrouvé de l’évolution
Lorsque je regarde aujourd’hui la Grille, je n’y vois plus la même chose qu’en 1990.
À cette époque, j’y voyais surtout une structure émergente, la promesse d’un passage vers une civilisation de la création, de la communication et de l’intelligence collective.
J’y vois désormais une question plus grave.
La quatrième ère n’est pas seulement celle dans laquelle l’information devient puissance. Elle est celle dans laquelle l’humanité doit apprendre à répondre de cette puissance.
Nous avons conquis la capacité de produire des signes à une vitesse presque illimitée, mais nous ne savons pas toujours produire du sens. Nous avons connecté les consciences, mais nous n’avons pas encore créé une conscience de l’interconnexion. Nous avons construit des intelligences artificielles, mais nous ne savons pas si notre intelligence collective est capable d’en orienter les finalités.
La Grille de l’Évolution demeure, à mes yeux, moins une théorie achevée qu’un instrument de perception. Elle est un cadre qui permet de voir les strates du passé dans le présent et les germes du futur dans nos contradictions.
Elle ne doit pas servir à classer les peuples, à hiérarchiser les cultures ou à annoncer une destination obligatoire. Elle doit nous aider à reconnaître la pluralité des temps qui coexistent en nous.
Car nous sommes encore chasseurs-cueilleurs lorsque nous cherchons une communauté et lisons les signes d’un environnement incertain. Nous sommes agriculteurs lorsque nous protégeons un territoire et transmettons un héritage. Nous sommes industriels lorsque nous mesurons, rationalisons et produisons. Nous devenons créateurs-communicants lorsque nous inventons, relions et partageons.
Aucune de ces dimensions ne disparaît. Elles composent ensemble notre humanité.
Peut-être le sens de l’évolution ne consiste-t-il donc pas à fuir les étapes précédentes, mais à les rendre présentes sans leur permettre de devenir tyranniques. Retrouver l’intelligence écologique du chasseur, la faculté de durée de l’agriculteur, la rigueur de l’industriel et la créativité du réseau. Les réunir sans les confondre. Les ordonner sans les soumettre à une seule logique.
L’avenir ne sera pas produit par une technologie isolée. Il naîtra de la relation entre nos techniques, nos institutions, nos valeurs, nos formes de conscience et le vivant dont nous dépendons.
Trente-cinq ans après, la Grille me revient donc moins comme la confirmation d’une ancienne certitude que comme la réapparition d’une responsabilité.
Nous avons longtemps demandé où allait l’histoire.
Nous devons désormais nous demander qui parle lorsque nous disons « nous », quelles intelligences participent à ce devenir, et quelle part du monde vivant pourra encore y trouver sa place.
Après avoir transformé son milieu, organisé les territoires, mécanisé la matière et mis en réseau ses intelligences, l’humanité rencontre enfin la question qu’aucune machine ne pourra résoudre à sa place : que veut-elle devenir ?
Bibliographie sélective
Sources primaires
- Saloff-Coste, Michel. Le Management systémique de la complexité : Entreprise, création et communication. Paris, ADITECH, 1990.
- Archives des séminaires du Centre de prospective et d’évaluation, à partir de 1985.
- Supports et versions successives de la Grille de l’Évolution.
Philosophie et sens de l’histoire
- Augustin. La Cité de Dieu.
- Braudel, Fernand. Écrits sur l’histoire.
- Condorcet, Nicolas de. Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain.
- Foucault, Michel. L’Archéologie du savoir.
- Hegel, Georg Wilhelm Friedrich. La Raison dans l’histoire.
- Kant, Emmanuel. Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique.
- Koselleck, Reinhart. Le Futur passé.
- Löwith, Karl. Histoire et salut.
- Lyotard, Jean-François. La Condition postmoderne.
- Marx, Karl, et Friedrich Engels. L’Idéologie allemande.
- Popper, Karl R. Misère de l’historicisme.
- Toynbee, Arnold J. A Study of History.
Systèmes, complexité et évolution
- Bertalanffy, Ludwig von. General System Theory.
- Capra, Fritjof. The Web of Life.
- de Rosnay, Joël. Le Macroscope.
- Gault, Susan B., et August T. Jaccaci. « Complexity Meets Periodicity ».
- Gowan, John A., et August T. Jaccaci. The Organization of Nature.
- Laszlo, Ervin. Evolution: The Grand Synthesis.
- Morin, Edgar. La Méthode.
- Prigogine, Ilya, et Isabelle Stengers. La Nouvelle Alliance.
- Wiener, Norbert. Cybernetics.
Anthropologie et sociétés de chasse-cueillette
- Clastres, Pierre. La Société contre l’État.
- Descola, Philippe. Par-delà nature et culture.
- Graeber, David, et David Wengrow. Au commencement était….
- Lee, Richard B., et Richard Daly, dir. The Cambridge Encyclopedia of Hunters and Gatherers.
- Leroi-Gourhan, André. Le Geste et la parole.
- Sahlins, Marshall. Âge de pierre, âge d’abondance.
Agriculture et premières sociétés complexes
- Bellwood, Peter. First Farmers.
- Cauvin, Jacques. Naissance des divinités, naissance de l’agriculture.
- Goody, Jack. La Raison graphique.
- Mazoyer, Marcel, et Laurence Roudart. Histoire des agricultures du monde.
- Scott, James C. Homo domesticus.
Industrie et commerce
- Hobsbawm, Eric J. L’Ère des révolutions.
- Marx, Karl. Le Capital.
- Polanyi, Karl. La Grande Transformation.
- Thompson, E. P. « Time, Work-Discipline, and Industrial Capitalism ».
- Weber, Max. L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme.
Société postindustrielle et réseaux
- Bell, Daniel. The Coming of Post-Industrial Society.
- Castells, Manuel. La Société en réseaux.
- Drucker, Peter F. Post-Capitalist Society.
- Lévy, Pierre. L’Intelligence collective.
- McLuhan, Marshall. Understanding Media.
- Toffler, Alvin. The Third Wave.
- Touraine, Alain. La Société post-industrielle.
Valeurs et conscience
- Beck, Don Edward, et Christopher Cowan. Spiral Dynamics.
- Gebser, Jean. The Ever-Present Origin.
- Graves, Clare W. « Levels of Existence ».
- Hall, Brian P. Values Shift.
- Teilhard de Chardin, Pierre. Le Phénomène humain.
- Wilber, Ken. A Theory of Everything.
Cybionte, intelligence collective et après-humain
- Bostrom, Nick. Superintelligence.
- Crawford, Kate. Contre-atlas de l’intelligence artificielle.
- de Rosnay, Joël. L’Homme symbiotique.
- Floridi, Luciano. The Fourth Revolution.
- Haraway, Donna. Manifeste cyborg.
- Hayles, N. Katherine. How We Became Posthuman.
- Lovelock, James. Gaia.
- Russell, Stuart. Human Compatible.
- Turing, Alan M. « Computing Machinery and Intelligence ».
- Zuboff, Shoshana. L’Âge du capitalisme de surveillance.
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