MICHEL SALOFF-COSTE ET ALAIN DE VULPIAN A LA COFREMCA EN 1988 V2
De mars à juillet 1988, Michel Saloff-Coste a travaillé à la COFREMCA, où il a rencontré Alain de Vulpian. Ce dernier a profondément influencé sa vision de la complexité et de la prospective, lui transmettant une approche systémique des mutations culturelles. Saloff-Coste a ainsi développé sa méthode d’analyse socioculturelle, intégrant une lecture polyphonique de la société et une prospective orientée vers l’action.
UNE VIE
Michel Saloff-Coste
Chapitre IV · 1985–1995
MICHEL SALOFF-COSTE ET ALAIN DE VULPIAN A LA COFREMCA 1988 V2
Paris, 9 mars – 9 juillet 1988
Document de travail autobiographique · Version 2 · 20260630_1200_MSC_VULPIAN_COFREMCA_V2
Préambule
Ces quatre mois — du 9 mars au 9 juillet 1988 — constituent une période charnière dans mon parcours intellectuel et professionnel. C'est à la COFREMCA, et au sein de Sociovision, que j'ai rencontré Alain de Vulpian, une figure de la pensée prospective française qui allait profondément marquer mon approche de la complexité, de l'analyse socioculturelle et de la compréhension des mutations civilisationnelles.
Cette période, brève mais intense, m'a permis de passer d'une formation académique — philosophie, Beaux-Arts — à une pratique opérationnelle d'analyse des transformations sociales et de leur projection dans le futur. C'est ici que la théorie a rencontré le terrain, que les concepts ont été mis à l'épreuve du réel, et que le philosophe a appris à devenir prospectiviste.
I. Le Contexte : Paris, 1988. La COFREMCA et Sociovision en Effervescence
L'Institut et Son Univers
La COFREMCA — Société Française d'Études de Marché et d'Opinion — était bien plus qu'un simple cabinet d'études. C'était un lieu de convergence entre la recherche sociologique, l'intelligence stratégique et la prospective appliquée. Installée à Paris, l'institution incarnait une certaine idée de l'analyse des sociétés contemporaines : non pas réductible à des chiffres et des courbes, mais attentive aux mouvements profonds des mentalités, aux ruptures civilisationnelles, aux émergences culturelles qui ne se lisent pas dans les statistiques officielles.
En 1988, la France abordait la fin d'une décennie marquée par l'alternance politique, la modernisation économique et l'essor des grands cabinets d'études et de conseil. Les entreprises — notamment les grandes corporations — cherchaient à comprendre comment leurs marchés et leurs clientèles se transformaient en profondeur. Elles avaient besoin de boussoles intellectuelles. C'est précisément ce que la COFREMCA, et sa filiale Sociovision, prétendaient offrir : une lecture des mutations en train de se faire, une grille de déchiffrement des changements de valeurs, des aspirations émergentes, des ruptures générationnelles.
Mon Arrivée
J'ai intégré la COFREMCA comme Analyste et Consultant au printemps 1988. Mon profil était singulier : philosophe de formation (j'avais étudié sous Gilles Deleuze à Vincennes), peintre abstrait formé aux Beaux-Arts de Paris, mais aussi curieux des dynamiques collectives et des transformations sociales. Je venais de terminer une formation en gestion et management, aspirant à traduire mes préoccupations théoriques en outils d'analyse applicables aux enjeux réels des organisations et des marchés.
La COFREMCA cherchait précisément ce type de profil — des penseurs capables de circuler entre l'abstrait et le concret, entre la théorie et le terrain, entre l'analyse des chiffres et la lecture des imaginaires collectifs. C'est cette rencontre entre une institution et un parcours atypique qui a rendu possible tout ce qui allait suivre.
II. Alain de Vulpian : Le Mentor et le Passeur
Qui était Alain de Vulpian ?
Alain de Vulpian était, à cette époque, une figure centrale de la COFREMCA, tant par son rôle institutionnel que par son rayonnement intellectuel. Prospectiviste de haut vol, sociologue attentif aux mouvements de fond, il incarnait une approche singulière de la compréhension des sociétés : celle d'une pensée systémique appliquée aux mutations culturelles.
Ce qui frappait immédiatement chez Vulpian, c'était sa capacité à naviguer entre plusieurs registres de pensée : le langage des entreprises, celui des intellectuels, celui des décideurs politiques. Il ne plaquait pas une théorie prédéfinie sur le réel ; il écoutait, observait, questionnait, puis synthétisait. Sa pédagogie était inductive plutôt que déductive — il partait du fait vécu pour remonter vers la structure.
Vulpian s'intéressait particulièrement à ce qu'il appelait les « ressorts du changement » — ces dynamiques profondes, souvent invisibles, qui animent les évolutions sociales. Il refusait les lectures simplistes : ni déterminisme technologique, ni réductionnisme économique. Pour lui, les transformations passaient par les mentalités, les valeurs, les aspirations qui circulaient dans le corps social, bien avant qu'elles ne se cristallisent dans les institutions ou les comportements mesurables.
Ses Enseignements
Travailler aux côtés de Vulpian m'a transmis plusieurs éléments fondamentaux qui ont irrigué toute ma trajectoire ultérieure :
— La lecture polyphonique de la société. Vulpian ne voyait pas la société comme un bloc homogène. Il y discernait des couches, des strates, des dynamiques contradictoires qui coexistaient et s'interpénétraient. Une entreprise, une génération, une nation était toujours plurielle. Cette pluralité n'était pas une faiblesse analytique à réduire, mais la texture même du réel à décrire.
— L'articulation entre local et global. À une époque où la mondialisation s'accélérait, Vulpian insistait sur le fait que les changements globaux se lisaient toujours à travers des traductions locales, des réinterprétations, des hybridations. Le global ne uniformisait pas ; il créait de nouvelles formes de singularité.
— La prospective comme responsabilité. Vulpian ne concevait pas la prospective comme une entreprise de prédiction, mais comme une exploration des possibles destinée à éclairer les décisions présentes. C'était une pensée orientée vers l'action, toujours en gardant une distance critique vis-à-vis de la séduction du futur certain.
— L'importance de la sensibilité. Au-delà des méthodes quantitatives, Vulpian accordait une place centrale à l'intuition, à la perception nuancée, à la lecture des signaux faibles qui anticipent les ruptures. Il valorisait une forme d'écoute empathique du réel que rien ne pouvait remplacer.
Le Rapport Humain
Au-delà de l'enseignement méthodologique, c'est le rapport humain qui marqua profondément cette période. Vulpian était un mentor au sens grec du terme : il ne transmettait pas des recettes, mais il ouvrait des portes. Il créait des espaces de réflexion où on pouvait se poser des questions dérangeantes, explorer des intuitions, articuler ses propres perspectives en dialogue critique avec les siennes.
Il y avait chez lui une forme de générosité intellectuelle rare. Il ne s'agissait pas de reproduire sa pensée, mais de développer la sienne propre, en dialogue avec la sienne. C'est cette posture pédagogique qui m'a permis, ultérieurement, de construire mes propres outils — la Grille de l'Évolution, les Champs de Réalité — sans rompre avec l'héritage de cette école de pensée.
« Travailler avec Vulpian, c'était apprendre à regarder le monde comme un lecteur de partitions : les individus sont des notes, les groupes des mélodies, les civilisations des symphonies. On ne peut pas comprendre une note sans entendre ce qui l'entoure. »
III. Le Travail à la COFREMCA : Trois Terrains, Une Méthode
1. L'Analyse des Évolutions Socioculturelles en France, en Europe et dans le Monde
C'était le cœur de la mission. La COFREMCA produisait des rapports périodiques d'analyse des mutations socioculturelles, basés sur l'observation de panels représentatifs, d'entretiens qualitatifs approfondis, et surtout, d'une interprétation constructive des données.
Ce que je retenais de cette période, c'est la méthode : on ne se contentait pas de dire « 63% des Français pensent cela ». On cherchait à comprendre pourquoi, ce qui change dans les profondeurs, quels sont les ressorts souterrains de ces évolutions. Vulpian m'avait introduit à ce que j'appellerais l'herméneutique sociologique : la capacité à lire dans les récits, les aspirations et les frustrations des individus les indices d'une transformation civilisationnelle plus large.
Un malaise sur le travail, ce n'était pas juste un problème RH ; c'était peut-être l'indice d'une crise de sens plus profonde. Une aspiration croissante à l'authenticité, ce n'était pas juste une tendance marketing ; c'était peut-être l'émergence d'une nouvelle relation à soi et au monde. C'est cette amplitude de lecture qui m'a formé.
2. Étude Prospective pour Fiat : La Voiture du Futur
Fiat nous avait commandé une étude prospective ambitieuse : quel serait le profil du consommateur automobile en 2000, en 2010 ? Quelles seraient ses attentes ? Quel imaginaire porterait-il vis-à-vis de la voiture ?
C'est sur ce projet que j'ai pleinement compris l'approche Vulpianienne. Il ne s'agissait pas de prédire combien de voitures seraient vendues, ni même quelles technologies domineraient. Il s'agissait de comprendre comment la relation à la mobilité, à l'autonomie, à la liberté, à la responsabilité écologique, allait se transformer dans les profondeurs de la société.
Nous avons mené des recherches qualitatives approfondies, observé les évolutions des aspirations, esquissé des scénarios narratifs plutôt que des projections linéaires. Ce travail m'a montré comment penser à partir des transformations des valeurs plutôt qu'à partir des variables techniques ou économiques.
Rétrospectivement, on voit combien cette étude anticipait les enjeux actuels : la voiture électrique, certes, mais aussi la critique de la possession, l'émergence de la mobilité partagée, la culpabilité écologique, la redéfinition de l'autonomie individuelle à l'ère de la connectivité. Nous avions vu venir, vingt ans avant, ce qui est devenu l'évidence d'aujourd'hui.
3. Étude Sociologique pour la Banque de France : Les Attentes des Salariés
Ce projet avait une portée plus restreinte en apparence, mais révélatrice dans sa profondeur : comprendre le climat interne d'une grande institution face aux transformations économiques et sociales de l'époque.
C'était une opportunité d'expérimenter une analyse organisationnelle non pas comme un diagnostic défaillance/correction, mais comme une lecture herméneutique du sens collectif. Qu'est-ce que travailler à la Banque de France signifiait pour ses salariés ? Comment vivaient-ils les transformations du système financier, l'européanisation, la dérégulation naissante ? Quelles étaient leurs peurs, leurs espoirs, leurs ressources collectives face à un monde en mutation ?
Cette étude m'a formé à une pratique que j'ai menée tout au long de ma carrière : celle d'une approche systémique et prospective de l'intelligence organisationnelle. Une institution n'est jamais seulement un organigramme ou un système de processus ; c'est un corps vivant traversé de tensions, de créativités et d'aspirations souvent contradictoires. Comprendre cela, c'est accéder à une plus grande capacité à accompagner les transformations.
IV. Apprentissages et Trajectoires
Ce Que la COFREMCA M'a Apporté
Ces quatre mois ont été une véritable école de pensée. Ils m'ont permis de traverser plusieurs apprentissages fondamentaux :
— Traduire la philosophie en analyse opérationnelle. Mes préoccupations académiques — comment penser la complexité, l'émergence, le changement — pouvaient nourrir une pratique concrète d'aide à la décision sans perdre leur profondeur.
— Développer une sensibilité à la prospective : non pas comme prédiction, mais comme exploration des possibles, élargissement des horizons de pensée pour ceux qui décident aujourd'hui avec les données d'hier.
— Apprendre l'écoute active. Bien lire une société, c'est d'abord savoir l'écouter. C'est une forme de discipline contemplative autant qu'intellectuelle. Vulpian en était le maître.
— Articuler micro et macro. Comment une préoccupation individuelle peut exprimer une mutation civilisationnelle ; comment une transformation de grande envergure se vit au niveau des aspirations singulières — c'est cette amplitude que la COFREMCA m'a appris à tenir.
L'Héritage Vulpianien dans Mon Travail Ultérieur
La rencontre avec Vulpian et l'expérience de la COFREMCA ont imprégné tous mes développements ultérieurs de manière souterraine mais décisive.
La Grille de l'Évolution que j'ai construite plus tard s'enracine dans cette attention à la polyphonie des mondes sociaux, à la multiplicité des dimensions en jeu — économiques, culturelles, spirituelles, institutionnelles, technologiques, écologiques. Ce n'est pas un hasard : c'est la Vulpian en moi qui refusait les lectures unidimensionnelles.
L'orientation vers une prospective engagée et transformatrice — celle qui animera plus tard l'IIPE à l'Université Catholique de Lille — s'enracine dans cette conviction partagée avec Vulpian : la compréhension des mutations n'est jamais neutre. Elle est toujours au service d'une plus grande conscience collective et d'une capacité à co-créer l'avenir plutôt qu'à le subir.
V. Épilogue : La Fin d'une Époque, Le Commencement d'une Autre
Le 9 juillet 1988, j'ai quitté la COFREMCA et Sociovision. Les raisons étaient multiples : cette mission, courte et intense, touchait naturellement à son terme, mes aspirations évoluaient vers de nouvelles formes d'intervention, j'avais besoin d'explorer d'autres terrains. La prochaine étape serait Bossard Consultants, avec Jean-Christian Fauvet et une immersion dans le cœur des grandes entreprises françaises.
Mais ces quatre mois passés à la COFREMCA et chez Sociovision restent une période fondatrice. Vulpian continua son travail de prospectiviste de renom jusqu'à sa disparition en 2007. La COFREMCA poursuivit sa mission. Quant à moi, j'avais acquis quelque chose d'inestimable en un temps très court : une méthode de pensée, une posture intellectuelle, une conviction que l'analyse des mutations sociales pouvait être un levier de transformation consciente et responsable.
Aujourd'hui, en revenant sur cette période, je mesure combien ces quelques mois ont été décisifs. Ils ont cimenté la jonction entre ma formation théorique — la philosophie, les Beaux-Arts, la psychanalyse — et mes aspirations pratiques : accompagner la transformation de la conscience collective. Ils m'ont appris que la prospective était un art autant qu'une science, et que cet art reposait fondamentalement sur une éthique de l'écoute.
C'est cet héritage que je porte en avant.
COFREMCA · Sociovision · Société Française d'Études de Marché et d'Opinion · Paris, 9 mars – 9 juillet 1988. Alain de Vulpian (1941–2007) · Prospectiviste, Sociologue, Penseur systémique
UNE VIE · Michel Saloff-Coste · 20260630_1200_MSC_VULPIAN_COFREMCA_V2
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BIBLIOGRAPHIE
Pour étudier l'histoire, l'impact et la méthodologie de la Cofremca et deSociovision, il faut distinguer la littérature académique critique, les ouvrages de vulgarisation de leurs dirigeants et les publications des cabinets concurrents (comme le CCA) qui ont façonné le débat français sur les "styles de vie". [1, 2]
Voici une bibliographie sélective classée par angles d'approche :
1. Les publications des fondateurs et dirigeants (La source directe)
Ces ouvrages retracent de l'intérieur la philosophie de la Cofremca, de sa fondation en 1954 à sa mutation en Sociovision : [1, 2, 3]
- Alain de Vulpian, À l'écoute des gens ordinaires : comment ils transforment le monde, Dunod, 2004. Le livre indispensable pour comprendre comment la Cofremca a accumulé ses données pendant 50 ans et théorisé les "courants socioculturels". [1, 2]
- Alain de Vulpian et Irène Dupoux-Couturier, Homo sapiens à l'heure de l'intelligence artificielle : la métamorphose humaniste, Éditions Eyrolles, 2019. Un ouvrage qui prolonge l'approche socio-anthropologique de Sociovision face aux mutations technologiques modernes. [1, 2]
- Gérard Demuth et J.N. Neirac, « Typologie Socioculturelle et Fréquentation Média-Supports », article et travaux majeurs dans les revues de marketing (fin des années 1980). Gérard Demuth a été l'un des grands "gourous" des courants socioculturels au sein de la Cofremca. Ses écrits détaillent le système technique 3SC (Système Cofremca de Suivi des Courants Socioculturels). [1, 2, 3, 4]
2. Analyses académiques et critiques (Le regard des sociologues)
La sociologie universitaire s'est beaucoup penchée sur le phénomène de la Cofremca, oscillant entre fascination pour l'outil et critique de la marchandisation de la sociologie :
- Collectif, La consommation : courants socioculturels et styles de vie, Presses Universitaires de France (PUF). Un excellent chapitre d'histoire de la sociologie économique qui contextualise précisément l'apport d'Alain de Vulpian et le compare aux autres instituts de l'époque. [1]
- CREDOC (Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de Vie), Débat sur les styles de vie, Cahiers de recherche, 1981. Un document d'archive scientifique passionnant qui confronte l'approche qualitative / quantitative de la Cofremca (courants CSC) aux grilles d'analyses d'autres grands instituts publics et privés. [1]
- Revue Annales des Mines, « Changements socioculturels et modernité » : Entretien avec Alain de Vulpian, Gérer et Comprendre, n° 75, mars 2004. Une longue monographie sous forme d'entretien qui retrace l'histoire interne de la Cofremca, sa séparation d'avec la Cofror après Mai 68, et l'intégration de la socio-anthropologie dans le marketing.[1, 2, 3]
3. Littérature comparative : L'école concurrente (Le CCA et les Socio-styles)
Pour comprendre l'impact de la Cofremca, il est indispensable de lire les travaux du CCA (Centre de Communication Avancée) créé par Bernard Cathelat. C'est ce cabinet qui a popularisé le terme concurrent de "Socio-styles", là où la Cofremca préférait parler de "Courants socioculturels". [1, 2, 3]
- Bernard Cathelat, Les styles de vie des Français : 1978-1998, Éditions Stanké, 1977.
- Bernard Cathelat et Gérard Mermet, Vous et les Français, Éditions Flammarion, 1985. Ces deux ouvrages permettent de comprendre la "guerre des cartographies sociales" qui a agité la France des années 1980 en opposant les modèles du CCA à ceux de la Cofremca. [1, 2, 3]
4. Rapports institutionnels
- Cofremca-Sociovision / ADBS, L'évolution de la fonction information-documentation, 1999. L'un des rares rapports d'enquête sectoriels de la Cofremca-Sociovision à avoir fait l'objet d'une publication d'édition ouverte au public. [1]
L'impact d'Alain de Vulpian et de la Cofremca (devenue Sociovision) réside dans une révolution invisible mais profonde : avoir substitué une approche socio-anthropologique et dynamique (les "courants socioculturels") aux critères rigides de la sociologie classique (les classes sociales, les catégories socio-professionnelles ou CSP). [1, 2]
Pour comprendre son importance, il faut analyser son impact théorique et sa place au sein de "la guerre des styles de vie" face à des auteurs et instituts comparables, notamment Bernard Cathelat (le CCA). [3, 4]
🚀 L'impact d'Alain de Vulpian : La "Socio-Perception" et les Signaux Faibles
L'apport fondamental d'Alain de Vulpian est d'avoir conçu la société non pas comme une structure fixe, mais comme un organisme vivant en constante mutation. [5]
- L'écoute des "gens ordinaires" : Contrairement aux sociologues marxistes ou bourdieusiens pour qui les individus subissent leur conditionnement social, de Vulpian affirme que les transformations majeures de la société naissent des micro-changements de comportement, de valeurs et d'aspirations du quotidien. [6]
- Le système 3SC : Il crée le Système Cofremca de Suivi des Courants Socioculturels. Cet outil capte les "signaux faibles" (les désirs émergents) avant qu'ils ne se traduisent en votes ou en actes d'achat, permettant à des structures lourdes (comme l'État ou Shell) d'anticiper l'avenir. [7]
📊 Tableau comparatif : Alain de Vulpian vs Bernard Cathelat
Le principal "rival" intellectuel et commercial d'Alain de Vulpian dans les années 1970 à 1990 est Bernard Cathelat, fondateur du CCA (Centre de Communication Avancée). Bien que les deux approches partagent le rejet des critères CSP, leurs philosophies divergent : [3, 4]
👥 Autres auteurs et instituts comparables
Au-delà de la rivalité Vulpian/Cathelat, d'autres figures et structures partagent la même ambition de mesurer l'évolution des mentalités :
Gérard Mermet Francoscopie
- L'approche : Proche du style de de Vulpian, Gérard Mermet (qui a un temps collaboré avec le CCA) publie dès 1985 la collection d'ouvrages Francoscopie. [8]
- L'impact : Mermet utilise les données statistiques pour en faire une lecture humaine et culturelle globale. Il vulgarise pour le grand public ce que la Cofremca faisait de manière confidentielle pour les élites.
Daniel Yankelovich (États-Unis)
- L'approche : Pionnier américain des études sur les valeurs sociales, il inspire directement les premiers travaux européens.
- L'impact : Yankelovich démontre le premier (dès la fin des années 1960) que le capitalisme industriel ne peut plus se contenter de critères démographiques pour vendre, mais doit comprendre la psychologie de la libération des mœurs. [9]
Robert Rochefort (CREDOC)
- L'approche : Directeur du Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de Vie.
- L'impact : Le CREDOC apporte la caution institutionnelle et publique à la sociologie des modes de vie. Rochefort croise la rigueur mathématique des enquêtes de consommation avec l'analyse de la perte de sens et de l'individualisme contemporain. [2]
🎓 La critique universitaire de ces approches
L'impact d'Alain de Vulpian et de ses pairs a suscité de vifs débats au sein de la sociologie académique (Pierre Bourdieu, Luc Boltanski) : [10]
- Une "sociologie de pacotille" ? De nombreux universitaires ont reproché aux "Socio-styles" et aux "courants" d'être une sociologie commerciale, produisant des stéréotypes faciles (comme l'astrologie) pour plaire aux publicitaires. [11, 12]
- L'effacement des rapports de force : La critique académique reprochait à ces modèles de masquer les inégalités économiques réelles (le chômage, la pauvreté) derrière des choix de "styles de vie" prétendument libres. Un ouvrier et un cadre supérieur pouvaient partager le même intérêt pour l'écologie, mais n'avaient pas le même pouvoir d'achat. [10, 13]
L'histoire a toutefois donné raison à l'intuition d'Alain de Vulpian : aujourd'hui, l'analyse des communautés en ligne, des tribus de consommation et des mouvements sociopolitiques spontanés (sans leaders) repose entièrement sur la détection des courants socioculturels qu'il avait théorisés.
[1] https://www.tonnievanderzouwen.nl
[4] https://www.definitions-marketing.com
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